
La confrontation entre la Türkiye et les États-Unis (États-Unis d’Amérique, EUA) au cours de la guerre civile syrienne a révélé l’une des plus grandes divergences stratégiques de l’ère post-Guerre froide. Cette rupture a profondément remodelé la géopolitique régionale et, en fin de compte, a produit des résultats favorables pour la Türkiye.
Au début du conflit, une coalition de 60 pays appelée "Les Amis de la Syrie" avait été formée, et la Türkiye en était l’un des acteurs les plus influents. À cette période, il semblait que les EUA et la Türkiye avançaient vers des objectifs communs, mais le temps a clairement démontré à quel point leurs finalités divergeaient.
Rapidement, la politique américaine en Syrie a commencé à se façonner comme sous l’influence de la pensée iranienne. Après l’assassinat de l’ambassadeur des EUA en Libye, Washington a renoncé à l’objectif de changement de régime et s’est orienté vers une stratégie permettant à l’ancien président syrien Bachar al-Assad de continuer son chemin "en état diminué".
Le recentrage des EUA sur Daech et le PKK a créé une ligne de fracture irréversible avec la Türkiye. Cette divergence a eu un coût lourd :
Les EUA et l’Iran ont convaincu le PKK de mettre fin au processus de résolution engagé en Türkiye.
Le régime d’Assad et l’Iran ont remis une grande partie de la frontière syro-turque au PKK.
Daech, apparu du jour au lendemain, a occupé le tiers du pays.
Les États-Unis ont ensuite transféré au PKK les zones reprises à Daech.
Le PKK, Daech et FETÖ ont simultanément attaqué la Türkiye.
FETÖ a tenté de porter cette vague d’attaques à son paroxysme en déclenchant un coup d’État.
Alors que ces évolutions se déroulaient sur le front syrien, la Türkiye a vu s’effondrer le système de relations qu’elle avait construit depuis des décennies à travers les EUA. Pour n’importe quel autre pays, un tel fardeau aurait été insurmontable. Mais la Türkiye, État ancien doté d’une expérience impériale, a réussi à surmonter ce choc.
Face à cette menace d’une intensité exceptionnelle, le président Recep Tayyip Erdoğan a décidé de déployer la force militaire. Les opérations Bouclier de l’Euphrate, Rameau d’Olivier et Source de la Paix ont été menées avec succès, démontrant à la communauté internationale de quoi l’armée turque était capable même dans les conditions les plus difficiles.
Le déploiement de la marine turque en Méditerranée, les succès obtenus en Libye, la neutralisation interne du trio PKK–Daech–FETÖ, ainsi que la victoire de l’Azerbaïdjan au Karabakh ont créé une base géopolitique solide permettant à la Türkiye de reconstruire ses relations régionales.
Cette fois, aucune relation diplomatique n’a été bâtie par l’intermédiaire des EUA ou d’une autre puissance extérieure : elles ont été redéfinies directement grâce aux capacités croissantes de la Türkiye.
Peu à peu, les pays du monde ont renoué le contact avec Ankara. Dans une analyse que j’avais publiée dans Yeni Şafak, j’écrivais : "Le président Erdoğan a travaillé comme un secrétaire général des Nations unies durant les deux derniers mois." L’intensité des rencontres diplomatiques avait en effet une portée historique.
Lors de l’ouverture d’un atelier organisé à Erbil, j’avais décrit ainsi le rôle de la Türkiye dans la région :
"La Türkiye est l’héritière d’un empire. Elle possède une expérience séculaire dans la gestion des religions et des peuples. C’est un pays dont l’économie repose sur le commerce. C’est pourquoi la stabilité régionale sert directement les intérêts de la Türkiye."
Le deuxième grand pays de la région, l’Iran, adopte quant à lui une approche totalement différente. Son économie pétrolière et sa forte motivation idéologique nourrissent depuis 25 ans une "théorie du chaos" selon laquelle l’instabilité des pays voisins est essentielle à sa propre sécurité. C’est pour cette raison que l’Iran s’oppose au redressement de l’Irak, de la Syrie et du Liban.
Cette question a été débattue lors des sessions suivantes de la conférence. Un universitaire turc semble avoir mal interprété ma référence à l’expérience impériale, puisqu’il a répliqué : "M. İhsan a évoqué l’empire ; pour ma part, je souhaite dire 'Paix dans le pays, paix dans le monde'." Je n’ai toujours pas compris le but de cette intervention.
Lorsque l’Iran et la Russie ont pris la main sur le terrain syrien, leur comportement jugé comme celui d’occupants par la population a accéléré la Révolution populaire syrienne ; les Syriens n’ont pas eu de difficulté à chasser l’Iran et la Russie de leur pays.
À la suite de cette Révolution populaire syrienne, une nouvelle idée d’État unitaire germe progressivement dans la région. Israël, pour sa part, semble déterminé à poursuivre sa pression d’occupation afin d’entraver ce processus d’étatisation.
Les FDS continuent d’avancer divers prétextes pour ne pas appliquer l’Accord du 10 mars. La Türkiye a clairement affirmé qu’elle n’accepterait en aucun cas la formation d’une structure terroriste en voie d’étatisation dans le nord de la Syrie. Les déclarations du président Erdoğan sont, comme toujours, explicites : "Nous ne voulons pas d’un terroristan dans la région."
Parallèlement, les parties maintiennent leur volonté de résoudre la question par la diplomatie. L’entretien avec Abdullah Öcalan doit également être compris dans ce contexte. Car une réalité demeure inchangée pour la Türkiye : la sécurité de la Syrie est la sécurité de la Türkiye.
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