Groenland, Somaliland et Yémen

09:4415/01/2026, Perşembe
MAJ: 15/01/2026, Perşembe
Süleyman Seyfi Öğün

À première vue, la carte fait apparaître deux bassins géographiques sans lien direct. Certes, le Somaliland et le Yémen sont proches l’un de l’autre, mais le Groenland en est très éloigné. Un tel titre peut donc sembler déroutant. Pourtant, en peu de temps, les événements survenus dans ces différentes régions ont fait émerger des tableaux profondément liés et particulièrement révélateurs. Le déclencheur de cette dynamique a été la reconnaissance par Israël de l’indépendance du Somaliland, un territoire

À première vue, la carte fait apparaître deux bassins géographiques sans lien direct. Certes, le Somaliland et le Yémen sont proches l’un de l’autre, mais le Groenland en est très éloigné. Un tel titre peut donc sembler déroutant. Pourtant, en peu de temps, les événements survenus dans ces différentes régions ont fait émerger des tableaux profondément liés et particulièrement révélateurs.

Le déclencheur de cette dynamique a été la reconnaissance par Israël de l’indépendance du Somaliland, un territoire auquel personne n’accordait jusque-là de légitimité internationale. Il s’agissait d’une opération conjointe menée par Israël et les Émirats arabes unis. En s’emparant du Somaliland, issu du démembrement de la Somalie, ce duo pensait avoir achevé l’un des volets de l’opération qu’il conduisait depuis longtemps en mer Rouge.
Le groupe d’îles de Socotra avait déjà été transformé en base leur étant acquise ; l’entrée au Somaliland venait compléter le flanc occidental de la région.

Ils ne se sont pas arrêtés là. À l’est, ils ont également agi au Yémen, en activant des éléments yéménites liés à eux et centrés sur Aden. Cette manœuvre visait aussi à prendre le contrôle de la rive orientale de la mer Rouge. L’objectif final était d’affaiblir La Türkiye, qui dispose d’une présence solide en Somalie et, en particulier, sur l’île de Suakin, grâce à des accords forts. Ainsi, le contrôle de la mer Rouge aurait été achevé.

La réaction saoudienne et l’effondrement du plan

Ces développements ont provoqué une vive colère de Arabie saoudite. Alors qu’elle était pressentie pour rejoindre les accords d’Abraham, l’Arabie saoudite a rapidement pris position et s’est éloignée de cet objectif. Elle s’est opposée avec fermeté à une présence israélienne aussi active à ses frontières méridionales. Plus encore, cette évolution jugée inacceptable a entraîné une rupture avec les Émirats arabes unis, pourtant alliés dans la lutte contre les Houthis. Des sources saoudiennes ont accusé ouvertement Abou Dhabi. Les forces liées au Conseil de transition du Sud, agissant de concert avec Israël et les Émirats, ont été frappées et dispersées. Riyad a annoncé qu’il n’accepterait jamais une présence israélienne au Yémen. À Aden, le contrôle est revenu aux forces du gouvernement yéménite légitime soutenu par l’Arabie saoudite.
Les Émirats ont alors plié bagage et quitté le pays. En résumé, le plan conjoint Israël-Émirats s’est effondré et a été enterré.

L’Arabie saoudite figure parmi les deux États arabes ayant réagi le plus vivement à la reconnaissance du Somaliland par Israël. L’autre est Égypte. Le Caire est conscient du danger que représenterait, à moyen terme, le passage du contrôle de la mer Rouge entre les mains du duo Israël-Émirats. Il sait que l’intention israélienne est d’ouvrir un nouveau canal alternatif à Suez. C’est pourquoi l’Égypte refuse catégoriquement de voir la mer Rouge passer sous ce contrôle et a soutenu la position saoudienne.

Nouveaux équilibres régionaux et implications globales

Les princes saoudien et émirati, alliés de circonstance face au danger iranien mais se supportant à peine, semblent être arrivés au terme de leur parcours commun. Les Émirats ont longtemps invoqué les menaces iranienne et des Frères musulmans pour pousser Riyad à rejoindre les accords d’Abraham, sans réel succès. Entre-temps, Chine et Qatar sont parvenus à normaliser les relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Ce rapprochement a même fini par influencer les Émirats, sans toutefois les détourner de leur choix final : s’aligner sur l’axe Inde-Israël. Tandis que Riyad se détourne, Abou Dhabi se rapproche de l’Inde.

L’évolution la plus marquante reste cependant les accords militaires signés entre l’Arabie saoudite et le Pakistan, seul État musulman doté de l’arme nucléaire. Ces accords instaurent un mécanisme comparable à l’article 5 de l’OTAN, selon lequel toute agression contre l’un des deux pays serait considérée comme dirigée contre l’autre, impliquant une riposte commune. C’est précisément ce point qui met Israël en difficulté.
Si Israël parvenait, ce qui est loin d’être acquis, à attaquer l’Iran, il est déjà possible de prévoir que le Pakistan deviendrait la cible suivante, une perspective encore plus complexe.
Les événements sur l’axe Yémen-Somaliland ont également un impact direct sur la Türkiye. Les discussions de haut niveau qui se sont intensifiées entre Ankara et Riyad en témoignent. La Türkiye semble avoir saisi une opportunité majeure.
Les perspectives d’intégration d’Ankara à l’alliance Arabie saoudite-Pakistan sont aujourd’hui largement ouvertes.
Si cette alliance venait à se concrétiser, Israël se retrouverait dans une position extrêmement délicate.
Un autre élément facilitateur vient du Groenland. Les États-Unis affichent clairement leur intention de s’en emparer, par la manière douce ou par la force. L’Europe est profondément déstabilisée et envisage de recourir à l’OTAN pour s’opposer à une telle occupation.
Une situation pour le moins paradoxale : tenter d’activer l’OTAN contre la principale puissance de l’OTAN elle-même.
Si le Groenland devait être occupé par les États-Unis, l’OTAN ne connaîtrait pas seulement une mort cérébrale, mais une disparition physique. Dans ce vide, chaque État serait alors en droit de rechercher son propre dispositif de sécurité.
C’est précisément ce contexte qui renforcerait les bases d’une alliance Türkiye-Arabie saoudite-Pakistan.
Cette alliance pourra-t-elle développer une politique commune dans tous les domaines ? Je n’en suis pas convaincu. Mais son existence même serait déjà d’une importance capitale. Si elle voyait le jour, je pense que l’Égypte pourrait, avec le temps, lui apporter un soutien indirect.
À l’heure actuelle, la diplomatie turque doit redoubler d’efforts pour améliorer encore les relations entre l’Égypte et la Türkiye
. Dans les dossiers somalien, soudanais, éthiopien et libyen de la politique mondiale, un renforcement de la coopération turco-égyptienne serait vital pour les deux pays.

N’est-ce pas étrange ? Avant même que le jour ne se lève, tant de choses voient le jour… Les lourdes erreurs commises par les États-Unis au Groenland, et par Israël au Somaliland et au Yémen, entraînent des conséquences qui dépassent largement leurs intentions initiales.

#Groenland
#Somaliland
#Yémen
#Israël
#Émirats arabes unis
#Arabie saoudite
#La Türkiye
#Pakistan
#mer Rouge
#Turquie