Que veut Washington d’Ankara concernant l’Iran ?

09:3330/01/2026, الجمعة
Yahya Bostan

Türkiye s’oppose à une éventuelle attaque contre l’Iran, estimant qu’elle provoquerait une grave instabilité dans la région. Ankara multiplie les navettes diplomatiques pour gérer la crise. L’entretien du président Erdoğan avec le président américain Trump est suivi des contacts du ministre des Affaires étrangères Fidan avec ses homologues iraniens (le ministre iranien des Affaires étrangères se rend aujourd’hui en Türkiye). Une intense activité diplomatique se déroule actuellement en coulisses.

Türkiye s’oppose à une éventuelle attaque contre l’Iran, estimant qu’elle provoquerait une grave instabilité dans la région. Ankara multiplie les navettes diplomatiques pour gérer la crise. L’entretien du président Erdoğan avec le président américain Trump est suivi des contacts du ministre des Affaires étrangères Fidan avec ses homologues iraniens (le ministre iranien des Affaires étrangères se rend aujourd’hui en Türkiye).


Une intense activité diplomatique se déroule actuellement en coulisses. Que se passe-t-il ? Quels messages Ankara adresse-t-elle à Washington et à Téhéran ? Qu’attendent les États-Unis de la Türkiye ? Ces points seront analysés, mais certains éléments doivent d’abord être soulignés…

Lors de la guerre des 12 jours (juin 2025), les États-Unis avaient ciblé les installations nucléaires iraniennes. Même si Trump a affirmé avoir
"éliminé pour toujours la capacité nucléaire"
, ni la CIA ni le MOSSAD ne partageaient cette analyse. Selon le MOSSAD,
"le programme nucléaire a été retardé d’un an"
(pour les détails, voir : Les signes d’une nouvelle attaque contre l’Iran, 2 septembre 2025). Il reste près de cinq mois avant l’expiration de ce délai d’un an. À défaut d’un accord avec l’Iran, Washington et Tel-Aviv sont connus pour envisager de reprendre pour cible l’Iran d’ici juin 2026.

PEUT-ÊTRE UNE SEMAINE, PEUT-ÊTRE DIX JOURS


Netanyahu est revenu les mains vides de sa rencontre du 29 décembre à la Maison-Blanche sur les dossiers syrien et gazoui, mais il reste aligné avec Trump sur l’Iran. C’est précisément à ce moment que les manifestations de rue en Iran ont pris les États-Unis au dépourvu. Souhaitant transformer ces troubles en opportunité et légitimer une attaque contre l’Iran, Trump aurait envisagé une frappe le mercredi soir 14 janvier, avant d’y renoncer en raison de la faiblesse du dispositif opérationnel américain dans la région.


Les efforts des pays de la région, en premier lieu la Türkiye, auraient également influencé cette décision. Il est même avancé qu’Israël a adopté une position similaire, ayant consommé 70 % de ses systèmes de défense aérienne lors de la guerre des 12 jours sans pouvoir les remplacer.

Même s’il a reporté l’attaque, Trump n’a pas renoncé à son objectif. Il dispose d’informations de renseignement suggérant que l’Iran est plus affaibli que jamais en raison des manifestations et des tensions internes. Juin 2026 approche. Tout en maintenant une forte pression, il procède à un important déploiement militaire. Des porte-avions et des escadrons d’attaque sont positionnés dans la région. L’installation des systèmes de défense aérienne pourrait prendre une semaine à dix jours. Le chronomètre commencera probablement à tourner ensuite.


QUE VEUT EXACTEMENT FAIRE TRUMP EN IRAN ?


Le soir du 14 janvier, à Ankara, il se disait que les États-Unis
"passeraient leur tour"
concernant l’attaque. L’analyse dominante était que Washington ne cherchait pas un changement de régime en Iran, que l’opposition souffrait d’un problème de leadership et que la
"formule vénézuélienne"
stimulait l’intérêt de Trump. Il était envisagé qu’une initiative similaire en Iran puisse viser la direction religieuse iranienne, les hauts responsables des Gardiens de la révolution, ainsi que les installations nucléaires et les capacités balistiques (ces analyses avaient été abordées le 16 janvier dans l’émission Sağır Oda publiée par gdh).

Les développements semblent confirmer cette lecture faite à Ankara. La presse occidentale évoque désormais la formule vénézuélienne. Selon l’analyse la plus récente entendue à Ankara, les États-Unis mènent actuellement une politique de dissuasion vis-à-vis de l’Iran. Quatre exigences sont formulées : un, détruire l’uranium enrichi ; deux, démanteler les missiles balistiques ; trois, cesser de maintenir des forces par procuration dans la région, notamment en Irak et en Syrie ; quatre, ne plus constituer une menace pour Israël. En cas de refus de Téhéran, une frappe contre l’Iran est envisagée.


LES MESSAGES D’ANKARA À TÉHÉRAN ET À WASHINGTON


Entre les lignes des déclarations officielles, Ankara adresse des messages aux deux parties. Le message à l’Iran est clair : un, négocier avec les États-Unis pour empêcher l’escalade et résoudre la question nucléaire ; deux, améliorer les relations avec les pays de la région. Les messages destinés aux États-Unis apparaissent dans les déclarations du ministre Fidan. La Türkiye dit à Washington:
"N’en faites pas un second Venezuela."
Elle souligne que l’Iran est prêt à négocier (26 janvier). Elle propose également une feuille de route sur le format des négociations:
"Traitez les dossiers séparément avec les Iraniens. Commencez par le nucléaire, clôturez-le, puis passez aux autres…"
(28 janvier).

L’approche d’Ankara consistant à
"séparer les dossiers"
semble trouver un écho. Dans son dernier message ferme sur l’Iran, Trump en a donné un signal:
"J’espère que l’Iran viendra rapidement à la table. Il n’y a pas de place pour l’arme nucléaire."
Autrement dit, il a dissocié les dossiers. Il laisse entendre qu’un accord sur le nucléaire pourrait stopper la crise. À noter: les développements en Irak serviront aussi d’indicateur pour Washington. Si Maliki refuse de renoncer au poste de Premier ministre, cela pourrait être interprété comme un signe que l’Iran ne recule pas.

QUE VEUT WASHINGTON D’ANKARA ?


D’après les analyses effectuées, l’impression est la suivante : un, les États-Unis souhaitent que la Türkiye encourage l’Iran à s’asseoir à la table des négociations ; deux, ils attendent d’Ankara qu’elle reste neutre en cas d’attaque ; trois, lors de la guerre des 12 jours, les espaces aériens syrien et irakien avaient été utilisés. La Türkiye est désormais très active sur le terrain et dans les airs en Syrie. Washington souhaite que cela ne constitue pas un obstacle pour ses opérations.

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