
Le chef de l’appareil judiciaire iranien, Mohseni Ejei, a affirmé lundi qu’il n’y aurait "aucune indulgence" envers ceux qu’il qualifie d’"émeutiers" accusés d’alimenter les troubles, alors que le pays est secoué par des manifestations persistantes liées à la dégradation de la situation économique.
Prenant la parole lors d’un événement à Téhéran, Ejei a déclaré que les autorités demeuraient disposées à entendre les revendications des manifestants concernant leurs conditions sociales et économiques.
Une nouvelle vague de rassemblements a été signalée dimanche à Téhéran ainsi que dans plusieurs grandes villes du pays, sur fond de crise économique. Le mouvement a débuté le mois dernier au Grand Bazar de Téhéran, centre névralgique du commerce de la capitale, avant de s’étendre à d’autres régions.
Si la majorité des manifestations se sont déroulées pacifiquement, certaines ont dégénéré en violences. Selon plusieurs sources, plus d’une douzaine de personnes, manifestants et membres des forces de sécurité confondus, auraient perdu la vie.
À l’origine de la colère populaire figure l’effondrement spectaculaire du rial iranien, tombé à un niveau record de 1 390 000 rials pour un dollar américain, tandis que l’euro s’échange autour de 49 322 rials. Cette chute de la monnaie nationale a entraîné une inflation sans précédent et une hausse vertigineuse des prix des produits de première nécessité et du logement.
Bien que les médias locaux rapportent un reflux des protestations à Téhéran ces derniers jours, notamment après une vague d’arrestations, les rassemblements se poursuivent dans plusieurs autres villes. Dans la capitale, qui compte près de dix millions d’habitants, les manifestations ont principalement été observées dans les quartiers nord-est et nord-ouest.
Les provinces de l’ouest du pays ont été les plus durement touchées, certains manifestants s’en prenant à des bâtiments publics, à des postes de police et affrontant les forces de l’ordre dans les rues.
Mohseni Ejei a également accusé les États-Unis et Israël de soutenir "ouvertement et explicitement" les troubles. Il a ordonné aux autorités judiciaires d’examiner rapidement et avec précision les dossiers des personnes accusées d’autres infractions lors des manifestations, notamment le port d’armes à feu ou d’armes blanches, et a demandé la création de juridictions spécialisées dans les provinces pour traiter ces affaires.
Dans la province occidentale du Lorestan, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a averti que toute "tolérance" envers les organisateurs des manifestations avait pris fin.
Le chef de la police iranienne, Ahmad-Reza Radan, a déclaré que les protestations avaient d’abord pris la forme de revendications économiques légitimes émanant des commerçants du bazar, avant de se transformer progressivement en "émeutes de rue". Il a annoncé l’arrestation de plusieurs "meneurs", y compris des individus actifs sur les réseaux sociaux accusés d’attiser les tensions.
Selon des sources locales, la majorité des manifestants seraient des jeunes. Beaucoup auraient été relâchés après des avertissements, tandis que les organisateurs présumés restent détenus.
L’Iran dénonce une "guerre douce" venue de l’étranger
Les autorités iraniennes ont attribué ces manifestations, les plus importantes depuis 2022, à des ingérences étrangères, pointant notamment le Mossad israélien. Lors de son point presse hebdomadaire, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a accusé Israël de chercher à exploiter toute occasion pour semer la discorde au sein du pays.
Il a condamné les prises de position de responsables israéliens et américains, les accusant d’encourager la violence et le terrorisme. De son côté, Ali Larijani, haut responsable de la sécurité iranienne, a averti qu’une ingérence américaine risquerait de déstabiliser l’ensemble du Moyen-Orient et de porter atteinte aux intérêts de Washington, en réaction aux propos du président américain Donald Trump évoquant un soutien aux manifestants.
Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a reconnu la nécessité d’entendre les doléances de la population, tout en appelant à une réponse ferme contre les éléments liés à des services de renseignement étrangers.
Enfin, le chef d’état-major des forces armées iraniennes, le général Abdolrahim Mousavi, a accusé Israël et les États-Unis de mener une "guerre douce" visant à fragiliser l’Iran.









