Syrie: l’équation a changé, la légitimité gagne, les instruments perdent

09:3127/01/2026, mardi
MAJ: 27/01/2026, mardi
İhsan Aktaş

Lorsque la guerre civile syrienne a commencé, l’Iran, les États-Unis et le régime d’Assad ont agi dans une forme d’équilibre tacite. Durant cette période, une partie importante de la ligne frontalière de la Türkiye a été, de facto, laissée au PKK. Le raisonnement était le suivant: "Aujourd’hui, nous utilisons le PKK, la Türkiye sera occupée; demain, lorsque les conditions changeront, nous reviendrons et reprendrons ces territoires." Au départ structuré dans l’orbite du régime d’Assad et de l’axe

Lorsque la guerre civile syrienne a commencé, l’Iran, les États-Unis et le régime d’Assad ont agi dans une forme d’équilibre tacite. Durant cette période, une partie importante de la ligne frontalière de la Türkiye a été, de facto, laissée au PKK. Le raisonnement était le suivant:

"Aujourd’hui, nous utilisons le PKK, la Türkiye sera occupée; demain, lorsque les conditions changeront, nous reviendrons et reprendrons ces territoires."

Au départ structuré dans l’orbite du régime d’Assad et de l’axe iranien, le PKK est progressivement passé, sur le plan organisationnel, sous le contrôle des États-Unis et des puissances occidentales. En invoquant la lutte contre DAECH, les États-Unis ont intégré le PKK comme un instrument opérationnel sur le terrain.

Le PKK n’a pas seulement noué des relations avec les États-Unis; dans certaines zones, il a également été en mesure d’établir des coopérations tactiques avec la Russie.

Un fait fondamental lié à la réalité du terrain a cependant été largement ignoré.


La légitimité comme critère décisif


Dans un conflit, gagner ou perdre ne dépend pas du nombre de terroristes, mais de la capacité de représentation légitime.

Après la révolution populaire en Syrie, un État est apparu de facto.
Une autorité définissant le droit, la loi et la légitimité s’est constituée. L’affirmation suivante, ambitieuse mais historiquement solide, mérite d’être rappelée:
Dans une confrontation entre un État légitime et une organisation terroriste, le vainqueur est, tôt ou tard, l’État légitime.
Aujourd’hui, qu’il soit désigné sous le nom de FDS, de PYD ou de PKK, la définition la plus juste reste celle de PYD.
Cette structure cherche, à travers les Kurdes de Syrie, à produire une dynamique de ressentiment et d’hostilité à la fois contre l’État syrien et contre la Türkiye.
Or, les Kurdes vivant en Syrie n’ont pas de problème historique avec la Türkiye.
Bien au contraire, sous le régime d’Assad, le président Erdoğan avait engagé des démarches visant à l’octroi de documents d’identité et de la citoyenneté aux Kurdes syriens.
En dehors de cela, il n’existe pas de contentieux chronique entre la Türkiye et les Kurdes.
Lors des attaques de DAECH, entre 500 000 et 700 000 citoyens kurdes ont trouvé refuge en Türkiye. Environ 300 000 d’entre eux ont été accueillis en seulement trois à cinq jours.
Aucun État au monde ne peut aisément absorber, dans un laps de temps aussi court, une population de cette ampleur tout en répondant à ses besoins en hébergement, en subsistance et en sécurité.

Une image frappante de cette période est restée dans les mémoires:

Alors que la Türkiye s’occupait de l’installation des réfugiés kurdes et de leurs besoins essentiels, certains députés du HDP se livraient à des jets de pierres contre les forces de sécurité.


Le changement de paradigme et l’isolement des instruments


Qu’une organisation terroriste, soutenue par un acteur global comme les États-Unis, parade sur le terrain peut sembler attractif à court terme. Toutefois, une récente déclaration du département d’État américain a révélé la nature réelle de cette relation:


"Nous ne leur avons fait aucune promesse. Ils ne sont pas nos alliés."


Une autre formule a particulièrement retenu l’attention:

"Ils n’auraient pas dû adopter un langage menaçant en se fondant sur cette confiance."

Les FDS/PYD, qui s’étaient un temps laissé convaincre d’un statut d’allié des États-Unis et menaçaient tous azimuts, n’ont pas su lire correctement le changement de paradigme mondial.

Aux États-Unis, un virage stratégique profond s’est opéré. Le soutien aux structures non étatiques néolibérales et fondées sur l’identité a été relégué au second plan. Les thèses de transformation des groupes ethniques en entités étatiques se sont affaiblies.

Washington cherche désormais à travailler dans la région avec des États-nations forts.
Dans ce cadre, non seulement la Türkiye, mais aussi l’Arabie saoudite, l’Égypte et le nouvel État syrien sont désormais considérés comme des interlocuteurs dans le respect de leur intégrité nationale.

La visite d’Ahmed Al-Charaa aux États-Unis et l’intégration de la Syrie à la Commission de lutte contre DAECH ont constitué un indicateur clair de la rupture effective entre les États-Unis et les FDS.

Dans la continuité, les sanctions contre la Syrie connues sous le nom de loi César ont été levées par les États-Unis. Les pays de l’Union européenne ont suivi ce mouvement.
La Syrie a commencé, étape par étape, à être acceptée au sein du système international.

Aujourd’hui, la Syrie est reconnue comme un État légitime par la Türkiye, l’Arabie saoudite, l’Égypte, les pays de l’Union européenne et les Nations unies. Cette reconnaissance a rapidement renforcé la légitimité de l’État syrien.

L’un des exemples les plus frappants de l’absence de vision politique reste l’accord du 10 mars. Le fait que Mazloum Abdi se soit assis à la table avec Ahmed Al-Charaa et ait signé un accord portant sur près d’un tiers du territoire syrien aurait, s’il avait été mis en œuvre, placé les FDS dans une position bien plus forte qu’aujourd’hui.

Cependant, la logique des organisations terroristes ne fonctionne pas comme celle de la politique.
Il est probable que les FDS n’aient pas disposé de la volonté nécessaire pour appliquer cet accord indépendamment du PKK.

Finalement, l’attitude dilatoire des FDS et les exigences déraisonnables du PKK ont conduit l’État syrien à engager des opérations militaires.


Lors des affrontements de quartiers à Alep, l’attente des FDS était la suivante:


Le monde va se lever, la Syrie sera condamnée.

Or, le silence des médias occidentaux et des acteurs internationaux a montré que la conjoncture avait profondément changé.
Les puissances impériales utilisent leurs instruments; une fois leur fonction remplie, elles les abandonnent discrètement.

Au point où l’on en est aujourd’hui, un esprit incapable de lire les équilibres mondiaux tente d’imposer de force un leadership aux Kurdes.

Même si son discours a parfois été ambigu ces derniers temps, l’approche récemment exprimée par Massoud Barzani est, en revanche, parfaitement claire:

"Les Kurdes de Syrie veulent vivre comme des citoyens légitimes au sein de leur propre État. Que le PKK les lâche."
Cette phrase résume, dans sa forme la plus simple, la réalité sociologique du terrain.
Il ne faut pas perdre de vue que la Türkiye gère les dossiers régionaux avec une patience stratégique.
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