Maduro et la nouvelle stratégie américaine

10:117/01/2026, mercredi
Kadir Üstün

Les méthodes de pression et de blocus exercées par l’administration Trump contre le Venezuela ont pris une dimension inédite. En frappant Maduro directement, jusque dans son domicile, Washington a matérialisé son message selon lequel les États-Unis considèrent l’hémisphère occidental comme leur "arrière-cour" . Cette démonstration de force s’est accompagnée de violations flagrantes du droit international et des normes en vigueur. Dans son document de stratégie de sécurité nationale, le gouvernement

Les méthodes de pression et de blocus exercées par l’administration Trump contre le Venezuela ont pris une dimension inédite. En frappant Maduro directement, jusque dans son domicile, Washington a matérialisé son message selon lequel les États-Unis considèrent l’hémisphère occidental comme leur
"arrière-cour"
. Cette démonstration de force s’est accompagnée de violations flagrantes du droit international et des normes en vigueur.

Dans son document de stratégie de sécurité nationale, le gouvernement américain a annoncé vouloir appliquer une version actualisée de la Doctrine Monroe. Grisé par ce qu’il présente comme une
"réussite"
opérationnelle, Trump tente de transformer cette action en gain géopolitique. À travers des déclarations qui relèvent presque de l’ivresse de la victoire, il a également proféré des menaces contre l’Amérique latine, le Groenland et l’Iran.

Trump a clairement affirmé que, sans se lancer dans une invasion totale du Venezuela, l’opération contre Maduro lui permettait de mettre la main sur les richesses pétrolières du pays. Il a ainsi montré sa détermination à maintenir l’Amérique dans une posture de puissance régionale dominante au lieu d’un leadership mondial. Sa politique étrangère nationaliste reflète une stratégie qui divise le monde en zones d’influence contrôlées par les grandes puissances.


Cette orientation comporte cependant des risques majeurs. Elle pourrait encourager la Russie et la Chine à agir plus librement dans leurs propres sphères d’influence. Les messages envoyés par Trump suggèrent implicitement que ces acteurs pourront opérer plus confortablement dans leurs "arrière-cours", ouvrant la voie à un nouvel équilibre incertain.


Les grandes puissances et un modèle fondé sur la loi du plus fort


Les premières analyses laissent penser que Trump cherche avant tout à renforcer son autorité sur les acteurs de la région. Les menaces visant Cuba, le Mexique ou la Colombie montrent que Washington se perçoit comme un hégémon régional. Une telle approche, où le puissant décide seul des règles, ne promet ni stabilité ni justice durable.


Trump semble avoir renoncé à défendre un système libéral international basé sur des règles. En se
"contentant"
d’un contrôle régional, il pourrait mettre fin à une période d’imprévisibilité. Mais cette nouvelle phase ne garantit pas pour autant un ordre apaisé. Au contraire, un monde régi par les domaines d’influence et par la force brute risque de créer de nouvelles zones de conflit.

Les opérations possibles de la Russie ou de la Chine dans leurs propres régions, et la simple condamnation verbale des États-Unis face à ces actions, pourraient entraîner les grandes puissances dans des impasses dont elles ne sortiront pas facilement. Un système où le fort a toujours raison produira inévitablement rivalités, tensions et désordre.


Mise à jour des doctrines et effacement du cadre juridique


L’opération contre Maduro constitue une violation directe des principes les plus fondamentaux du système international, notamment le respect de la souveraineté nationale et l’interdiction de l’usage de la force en dehors du cas de légitime défense. Le choix américain d’ignorer ouvertement le droit international envoie un signal inquiétant à d’autres acteurs susceptibles d’adopter des comportements aventureux.


Les États-Unis n’ont ressenti le besoin d’aucune approbation, ni du Congrès ni du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette attitude montre que Washington revendique désormais un usage totalement arbitraire de sa puissance.
Trump donne le message suivant : lorsque je le décide, je peux punir qui je veux, comme je veux.

Personne ne doute des capacités militaires américaines. Mais en agissant ainsi, Washington renonce à la légitimité, même relative et formelle, que procure un cadre légal. Le refus de chercher une justification juridique à cette opération, et la volonté d’en faire un message politique dur, démontrent que l’administration Trump a basculé dans un nouveau mode d’action.


Si ce glissement vers un usage décomplexé de la force se poursuit, nous pourrions entrer dans une époque où les grandes puissances normalisent de plus en plus les interventions arbitraires. L’opération Maduro apparaît alors non seulement comme une démonstration de puissance, mais comme l’annonce d’un monde où le droit cède définitivement la place à la contrainte.

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