
La candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall pour succéder à António Guterres à la tête de l’ONU en 2027 suscite déjà de nombreux débats diplomatiques. Déposée par le Burundi, qui assure la présidence de l’Union africaine, cette candidature met en lumière un paradoxe politique : un soutien continental affirmé mais l’absence, pour l’instant, d’un appui officiel du Sénégal. Dans un contexte de compétition internationale intense et de négociations au Conseil de sécurité, la question demeure ouverte : l’Afrique peut-elle peser dans le choix du prochain Secrétaire général des Nations unies ?
La succession de l’actuel Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, António Guterres, dont le mandat prendra fin le 31 décembre 2026, commence déjà à alimenter les débats diplomatiques. Parmi les candidatures évoquées figure celle de l’ancien président du Sénégal, Macky Sall.
Un élément attire toutefois immédiatement l’attention des observateurs : la candidature n’a pas été déposée par le Sénégal lui-même. Elle l’a été officiellement par le Burundi, qui assure actuellement la présidence tournante de l’Union africaine.
Ce détail diplomatique, loin d’être anodin, soulève des interrogations à la fois sur la stratégie continentale africaine et sur la situation politique interne au Sénégal.
Une candidature portée par l’Union africaine, mais pas par Dakar
Ancien chef d’État du Sénégal entre 2012 et 2024, Macky Sall dispose d’une expérience internationale significative. Durant son mandat, il a également présidé l’Union africaine entre 2022 et 2023, période durant laquelle il s’est impliqué dans plusieurs dossiers diplomatiques majeurs concernant le continent africain, notamment les questions de financement du développement, de gouvernance économique mondiale et de représentation africaine dans les institutions internationales.
À travers sa candidature, l’ancien président sénégalais met en avant son ambition de porter davantage la voix de l’Afrique dans les grandes enceintes internationales.
Cependant, la dynamique autour de cette candidature reste marquée par une particularité politique : l’absence, à ce stade, d’un soutien officiel clair du Sénégal.
Depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence du pays en 2024 et la nomination d’Ousmane Sonko au poste de Premier ministre, le paysage politique sénégalais a connu une recomposition importante. Les nouvelles autorités ont notamment évoqué plusieurs zones d’ombre concernant la gestion économique du précédent pouvoir, en particulier autour de la dette publique et de la situation budgétaire.
Dans ce contexte politique encore sensible, le silence des autorités sénégalaises sur la candidature de Macky Sall à la tête de l’ONU ne passe pas inaperçu. Plusieurs analystes y voient un signal révélateur des tensions persistantes entre l’ancien pouvoir et les nouvelles institutions.
Malgré ces incertitudes, le soutien exprimé par le Burundi traduit une volonté de porter une candidature africaine dans la compétition internationale.
Une compétition diplomatique déjà très ouverte
La désignation du Secrétaire général de l’ONU obéit à un processus diplomatique complexe. Si l’Assemblée générale des Nations unies procède formellement à la nomination, la décision se joue en réalité au Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto : les États-Unis, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni et la France.
Toute candidature doit donc parvenir à obtenir un consensus minimal entre ces puissances, ce qui rend la compétition particulièrement stratégique.
Plusieurs personnalités internationales sont déjà mentionnées dans les discussions diplomatiques. L’ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet, figure parmi les noms régulièrement évoqués. Forte d’une longue expérience politique et diplomatique, elle a notamment dirigé le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.
Le diplomate argentin Rafael Grossi est également considéré comme un candidat potentiel. Actuel directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, il bénéficie d’une forte visibilité dans les cercles diplomatiques internationaux.
Par ailleurs, la tradition de rotation géographique qui influence souvent la désignation du Secrétaire général pourrait cette fois favoriser l’Amérique latine. Plusieurs États plaident également pour qu’une femme dirige pour la première fois l’Organisation des Nations unies, un argument susceptible de peser dans les négociations.
Dans ce contexte, la candidature d’un ancien chef d’État africain représente à la fois une opportunité et un défi diplomatique.
L’Afrique peut-elle peser dans le choix du prochain secrétaire général ?
La question de la représentation africaine dans les grandes institutions internationales demeure un sujet récurrent dans les débats diplomatiques. Depuis la création de l’ONU en 1945, aucun Africain n’a occupé la fonction de Secrétaire général.
Pour certains responsables politiques et analystes africains, la candidature de Macky Sall pourrait symboliser une tentative de repositionnement du continent dans la gouvernance mondiale.
Toutefois, la capacité de l’Afrique à peser dans ce type de décision dépend largement de sa capacité à présenter une position unifiée. L’histoire diplomatique montre que les divisions internes du continent ont souvent limité son influence dans les grandes négociations internationales.
Dans le cas présent, la question centrale reste celle du soutien politique. Une candidature portée uniquement par quelques États africains risque de manquer de poids face aux équilibres géopolitiques du Conseil de sécurité.
À l’inverse, une mobilisation diplomatique plus large de l’Union africaine pourrait renforcer la crédibilité d’une candidature africaine dans la compétition.
La campagne diplomatique pour la succession d’António Guterres ne fait que commencer. Les prochains mois devraient voir émerger de nouvelles candidatures et de nouvelles alliances diplomatiques.
Dans cette équation complexe, Macky Sall devra non seulement convaincre les grandes puissances du Conseil de sécurité, mais aussi clarifier le niveau de soutien dont il dispose au sein même de son pays.
La question reste donc ouverte : l’ancien président sénégalais peut-il convaincre la communauté internationale avant de convaincre Dakar ?









