Les clés du sommet Trump–MBS

10:2628/11/2025, vendredi
MAJ: 28/11/2025, vendredi
Kadir Üstün

La visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) à Washington s’est conclue par des déclarations importantes sur la stabilité des relations américano-saoudiennes. Mais aucun signe d’avancée n’est apparu concernant les dossiers géopolitiques les plus sensibles du Moyen-Orient. L’annonce du statut de "principal allié non membre de l’OTAN" pour l’Arabie saoudite et la promesse de Trump de vendre des F-35 à Riyad malgré les réserves israéliennes ont dominé les échanges. En affirmant

La visite du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) à Washington s’est conclue par des déclarations importantes sur la stabilité des relations américano-saoudiennes. Mais aucun signe d’avancée n’est apparu concernant les dossiers géopolitiques les plus sensibles du Moyen-Orient.


L’annonce du statut de
"principal allié non membre de l’OTAN"
pour l’Arabie saoudite et la promesse de Trump de vendre des F-35 à Riyad malgré les réserves israéliennes ont dominé les échanges. En affirmant que les investissements prévus passeraient de 600 milliards à 1 000 milliards de dollars,
MBS a aussi flatté Trump avec les chiffres spectaculaires qu’il affectionne.

Pour autant, MBS n’a laissé entrevoir aucune accélération sur la normalisation avec Israël, rappelant que tout progrès dépend de la création d’un État palestinien. Une position qui tempère l’ambition de Trump de s’ériger en "président de la paix". L’absence de position claire sur Gaza montre également que Riyad adopte une attitude attentiste face aux plans de Trump sur ce dossier. Interpellé sur l’affaire Khashoggi lors de la conférence de presse, Trump s’est agacé, tandis que MBS a esquivé la question avec un langage diplomatique, consolident ainsi les liens bilatéraux autour d’accords de défense et de partenariats économiques. Cela confirme qu’en dépit de la politique pro-israélienne de Washington sous Trump, le poids stratégique des pays du Golfe ne cesse de s’affirmer.


Washington pourrait-il vendre des F-35 à Riyad malgré Israël ?


Malgré l’assurance donnée par Trump, la vente des F-35 dépend in fine du Congrès, ce qui ramène inévitablement la question israélienne au premier plan. La législation américaine impose que tout transfert d’armes dans la région préserve
"l’avantage militaire qualitatif"
d’Israël. Concrètement, cette règle donne à Israël un quasi-droit de veto sur les ventes d’armes américaines au Moyen-Orient. Le président doit prouver que l’équilibre stratégique d’Israël ne sera pas affecté.

Le souhait de Trump de lier la vente des F-35 à une normalisation israélo-saoudienne découle de ce cadre. Or Riyad ne rejette pas l’idée d’une normalisation, mais conditionne toute avancée à une feuille de route crédible menant à un État palestinien. Cela confirme que l’objectif de Trump de
"régler rapidement"
la question n’est pas réaliste.

Ses pressions sur Netanyahu pour obtenir un cessez-le-feu à Gaza montrent néanmoins que Trump se sent, dans certains cas, assez libre pour infléchir la position israélienne. La domination républicaine dans les deux chambres du Congrès facilite aussi la tâche d’un président marchand qui voit dans les ventes d’armes un levier financier majeur. Il ne fera probablement pas preuve d’hésitation pour convaincre Israël et le Congrès de valider la vente aux Saoudiens.


Mais rien n’indique que Trump soit prêt à présenter une véritable feuille de route pour un État palestinien, telle que réclamée par Riyad. L’expérience montre qu’il n’a jamais fait un geste en faveur de la Palestine sauf lorsqu’il y était contraint, comme après l’attaque israélienne contre la délégation du Hamas au Qatar. Il peut vouloir vendre les F-35 malgré Israël et le Congrès, mais créer les conditions pour y parvenir sera autrement plus difficile.


Le poids croissant du Golfe


Sous la direction de MBS, l’Arabie saoudite cherche depuis plusieurs années à réduire sa dépendance à la politique américaine en matière de sécurité. Après avoir longtemps tenté – avec Israël – d’entraîner Washington dans une logique d’affrontement total avec l’Iran, Riyad a finalement choisi une stratégie d’apaisement pour gagner en marge de manœuvre. MBS a poursuivi ses réformes économiques tout en veillant à ne pas négliger la relation stratégique avec les États-Unis. Il a également diversifié ses partenariats, y compris avec la Chine, renoué avec le Qatar et La Türkiye, et réduit progressivement son implication dans la coûteuse guerre au Yémen. L’Arabie saoudite s’est ainsi recentrée sur ses intérêts nationaux.


Cette évolution a produit un changement majeur : Riyad ne porte plus seul le poids de la question palestinienne. À la veille du 7 octobre, l’Arabie saoudite semblait proche d’un accord de normalisation avec Israël. Mais après l’offensive israélienne à Gaza et une politique largement perçue comme punitive envers les Palestiniens, Riyad a réaffirmé de manière constante que toute normalisation exige la création d’un État palestinien. De plus, les Saoudiens ne se sont pas montrés hostiles à la médiation jouée par le Qatar et La Türkiye dans le dossier de Gaza.


Après l’attaque israélienne visant la direction du Hamas au Qatar, la pression combinée des pays du Golfe a forcé Trump à exiger un cessez-le-feu de Netanyahu. En surexploitant son influence à Washington, Israël a paradoxalement rapproché l’administration américaine des États du Golfe, qui investissent massivement aux États-Unis et se montrent prêts à des coopérations multiples.


Les annonces du sommet Trump-MBS montrent que la relation américano-saoudienne n’est plus centrée sur les prix du pétrole. Riyad confirme sa volonté de s’appuyer sur Washington pour ses acquisitions de défense, et les États-Unis se disent ouverts aux demandes saoudiennes en matière sécuritaire. Si le dossier palestinien a perdu de son importance dans l’équation bilatérale, l’influence persistante d’Israël au Congrès pourrait freiner la consolidation de cette coopération militaire. Pour maintenir un tel niveau d’engagement, Trump s’attendra à plus que de simples promesses d’investissements saoudiens. En clair, même s’il souhaite hisser la relation à un niveau inédit, Israël demeure un frein structurel. Malgré cela, l’Arabie saoudite de MBS continue de défendre ses intérêts régionaux tout en consolidant ses liens avec Washington.

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