Contrôle au faciès: "Je vais te contrôler parce que tu es Noir"

David Bizet
17:5611/02/2026, mercredi
Yeni Şafak

À la porte de Saint-Ouen, à Paris, Ousmane témoigne d’un contrôle policier qu’il qualifie de contrôle au faciès. Alors qu’il attendait le tramway avec sa mère, il observe plusieurs contrôles ciblant des hommes noirs et maghrébins. En interpellant les policiers sur leurs motivations, il est lui-même contrôlé après qu’un agent lui déclare que sa couleur de peau justifie l’intervention. Filmée et partagée, la scène relance les accusations de pratiques discriminatoires et d’impunité policière.

Un contrôle policier filmé par un jeune homme noir relance le débat sur les contrôles au faciès en France. Ousmane témoigne d’une scène vécue alors qu’il attendait le tramway avec sa mère. Son récit met en lumière des pratiques dénoncées depuis des années par les associations antiracistes.


Un contrôle policier sans motif apparent devant des témoins


Les faits se déroulent en plein jour, à la porte de Saint-Ouen, dans le nord de Paris. Ousmane attend le tramway avec sa mère, en route pour un rendez-vous. Tout se passe normalement jusqu’à l’arrivée de deux policiers sur le quai.


"J’étais avec ma mère, on attendait le tram tranquillement"
, raconte-t-il. À distance, il observe les agents contrôler un homme maghrébin. Sans explication détaillée, ils procèdent à une fouille. Peu après, un homme noir, situé à proximité, est à son tour sommé de se mettre sur le côté pour un contrôle.

Pour Ousmane, la scène interpelle immédiatement.
"Je me suis dit qu’ils contrôlaient à l’œil, au faciès"
, explique-t-il. Il décide alors d’interpeller calmement les policiers pour comprendre la raison de ces contrôles successifs.

"Vu que tu es noir, on va te contrôler aussi"


Lorsqu’il demande aux policiers pourquoi seuls des hommes noirs et maghrébins sont contrôlés, l’un des agents évoque l’existence d’un décret du procureur. Ousmane insiste. Il explique avoir constaté une répétition ciblée des contrôles, sans motif visible.


"Je leur ai dit que j’avais vu un maghrébin, puis un noir, contrôlés sans raison apparente. Pourquoi eux ?"
, rapporte-t-il. La réponse d’un policier est brutale.
"Ah bah toi aussi on va te contrôler, vu que tu es noir."

Ousmane conteste immédiatement. "Je lui ai dit que ça ne pouvait pas se passer comme ça, qu’on ne pouvait pas me contrôler pour ça." L’agent le saisit alors et le pousse sur le côté. La scène choque plusieurs usagers présents sur le quai, qui manifestent leur indignation.


Une vidéo pour documenter ce qu’il qualifie d’injustice


Face à la situation, Ousmane sort son téléphone et commence à filmer. Son objectif est clair.
"Je voulais montrer qu’ils n’avaient aucun motif."
Dans la vidéo, il interroge à plusieurs reprises les policiers sur la raison précise de son contrôle.

Aucune réponse claire ne lui est donnée. Il se tourne alors vers l’agent qu’il juge
"le plus sensé des deux"
. Celui-ci évoque un contrôle général visant à vérifier la présence éventuelle d’armes ou de stupéfiants. Ousmane insiste.
"Mais moi, c’est quoi le motif du contrôle pour moi ?"
, demande-t-il. La question reste sans réponse.

"C’est là que j’ai souri"
, explique-t-il.
"Ce n’était pas honnête."
Pour lui, le silence des policiers confirme l’absence de base légale individualisée.

Des contrôles répétés, une routine dénoncée


Ousmane affirme que ce n’est pas un cas isolé.
"J’ai déjà vécu plusieurs contrôles moi-même"
, confie-t-il. Il décrit une pratique répétitive, presque mécanique.
"On marche avec des amis, on se fait contrôler. C’est la routine."

Sur le quai, un autre homme intervient pour dénoncer la situation. Il affirme que le contrôle vise Ousmane uniquement parce qu’il est noir. La réaction policière est immédiate.
"Dès qu’il a dit ça, ils l’ont pris et l’ont mis sur le côté. Ils lui ont dit qu’ils allaient le contrôler aussi."

Pour Ousmane, ces scènes illustrent une logique discriminatoire assumée.
"À chaque fois, ils marchaient, ils pointaient quelqu’un et disaient ‘toi sur le côté’."

"Ils savent qu’ils sont impunis"


Ousmane précise qu’il n’a déposé ni plainte ni signalement. Son objectif n’était pas judiciaire.
"J’ai voulu juste mettre ça en lumière"
, affirme-t-il. Il dit être lassé de ces contrôles qu’il juge injustifiés et humiliants.

Lorsqu’il filme, un policier lui tient des propos qui le marquent durablement.
"Il m’a dit clairement que je pouvais l’envoyer au procureur, le mettre sur TikTok ou sur Instagram."
Pour Ousmane, cette remarque est révélatrice.

"Ils savent très bien qu’ils sont impunis. Ils le savent et ils en jouent."

Son témoignage, largement relayé sur les réseaux sociaux, relance le débat sur les contrôles au faciès en France, une pratique pourtant régulièrement condamnée par des ONG, des chercheurs et des institutions internationales.


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