Seconde étape : Préparation à l’intervention totale en Syrie

10:3513/01/2026, mardi
MAJ: 13/01/2026, mardi
Yahya Bostan

Je suis de près les développements en Syrie. Vous vous souvenez sans doute que j’ai écrit le 9 décembre que l’opération à Alep allait avoir lieu. Comme nous l’avions annoncé, il s’agissait bien d’une "opération limitée" qui laissait une porte ouverte à des négociations avec les Forces Démocratiques Syriennes, une opération de type "avertissement". Dans cet article, j’avais également donné quelques détails concernant la deuxième phase. Cependant, il y a eu des évolutions concernant cette seconde

Je suis de près les développements en Syrie. Vous vous souvenez sans doute que j’ai écrit le 9 décembre que l’opération à Alep allait avoir lieu. Comme nous l’avions annoncé, il s’agissait bien d’une
"opération limitée"
qui laissait une porte ouverte à des négociations avec les Forces Démocratiques Syriennes, une opération de type "avertissement".

Dans cet article, j’avais également donné quelques détails concernant la deuxième phase. Cependant, il y a eu des évolutions concernant cette seconde phase (c'est-à-dire les préparatifs pour une intervention totale). Il est donc nécessaire de rédiger une nouvelle analyse pour finaliser cette question.


Le PKK et ses alliés ne peuvent pas être une exception


Constat 1:
Il n'y a plus de place pour les groupes armés non étatiques dans la région. Le fait qu’Ankara et les États-Unis soient sur la même longueur d’onde facilite les choses. Dans un contexte où l’on discute de la démobilisation de groupes comme le Hamas (une fois qu’un État palestinien sera établi dans le cadre de la solution à deux États), le Hezbollah (dont le gouvernement libanais a annoncé que le processus de désarmement dans le sud du pays est désormais terminé) et même des milices comme les Hachd al-Chaabi, le PKK et ses connexions ne peuvent rester à l’écart de ce processus.

Constat 2 :
Tant Ankara que Damas veulent la stabilité et la paix dans la région. Personne ne cherche à verser du sang. Même si le groupe terroriste a un passé terni, cela fait un an que l’on tente de convaincre les Forces Démocratiques Syriennes de rejoindre une solution pacifique. C’est un signe de cette volonté de parvenir à une solution pacifique.

Constat 3 :
Damas agit avec une maturité étatique. La professionnalisation et l’équipement de l’armée syrienne bénéficient de contributions substantielles de la Turquie et d’autres pays alliés.

Constat 4 :
Les conflits des 30 dernières années ont prouvé ceci : la Turquie est la sœur de tous les peuples de la région. C’est l’amie des mauvais jours. Chaque Turc, chaque Kurde, chaque Arabe au-delà des frontières de la Turquie, ainsi que nos frères et sœurs dans les Balkans et le monde turc, sont sous la protection de la Turquie. Cette approche positive, calme, expérimentée et constructive ne connaît aucune exception. Le PKK, le YPG et les Forces Démocratiques Syriennes, lorsqu’ils déposeront les armes et reviendront à la raison, feront partie de ce nouveau climat de prospérité.


Comment les acteurs ont pris position ?


L’approche des différents acteurs vis-à-vis de l’opération à Alep nous donne également des indices importants sur ce qui va se passer par la suite.


Les États-Unis :
Ils ont assumé un rôle de médiateur, soulignant dans leurs déclarations l’importance d’avoir "une seule armée, un seul État" en Syrie. Cela constitue un message clair à destination des Forces Démocratiques Syriennes.

La Russie :
Elle mène des "négociations de déploiement" avec le gouvernement de Damas. Elle a accueilli l’opération dans un silence total.

L’Union Européenne :
Le jour même du début de l’opération, une délégation de haut niveau était à Damas. Ils n’ont pas abordé la question d’Alep, mais leur présence en Syrie montre un soutien tacite à Damas.

L’Iran :
Bien qu’il ait été impliqué dans les événements récents à Lattaquié, les turbulences internes en Iran l’ont empêché de prendre une position plus active à Alep.

La région du Kurdistan irakien :
Le premier message de Mesut Barzani était qu’il s’agissait d’une
"menace de nettoyage ethnique contre les Kurdes
". (Nous avons précédemment mentionné la politique de Barzani, qui a irrité Ankara au sujet des Forces Démocratiques Syriennes ; est-ce que la seule source de conflit avec Barzani vient des images qui ont émergé lors de sa visite du 4 décembre 2025 ?) Après cela (probablement après avoir reçu un avertissement), il a discuté avec Şara par téléphone. Il a ensuite souligné, dans une nouvelle déclaration, son appréciation pour la vision de Şara.

Israël :
La seule déclaration de soutien explicite au groupe terroriste a été faite par le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar. Dans une déclaration à Imralı, il avait mis en garde contre les projets d’Israël pour la région. On dirait que les Forces Démocratiques Syriennes et Kandil n’ont pas prêté attention à cet avertissement.

Y a-t-il une séparation entre Kandil et les Forces Démocratiques Syriennes ?


Selon des sources de sécurité… Il existe une division entre Kandil et Mazlum Abdi, le leader des Forces Démocratiques Syriennes. Abdi, qui prône les négociations, serait en désaccord avec les instructions venant de Kandil, ce qui a conduit à la reprise des combats à Alep. L’analyse des sources de sécurité peut être qualifiée de
"travail de précision".
Elle a un objectif : en maintenant les Forces Démocratiques Syriennes à la table des négociations tout en menant l’opération à Alep, les tensions ont été contenues et les conflits évités. Il faut rendre hommage à cette précision stratégique.

Cependant, ce tableau ne blanchit pas la direction des Forces Démocratiques Syriennes et Abdi. Cela fait un an que non seulement Kandil, mais aussi Mazlum Abdi, traînent les pieds dans les négociations. J’ai entendu, lors d’une rencontre en novembre, d’une source de sécurité que Abdi reçoit des instructions directes de Kandil.


En effet, des informations provenant des médias régionaux indiquent qu'il y a eu des mouvements dans les zones contrôlées par les Forces Démocratiques Syriennes. Des camions transportant des armes et des munitions auraient été envoyés dans la région des tunnels à Raqqa, pour décharger leur cargaison. Autrement dit, "ils se préparent à une guerre de longue haleine".


La raison en est la panique au sein de l’organisation. Dans mon précédent article, j’avais mentionné que des signes de déclin commençaient à apparaître au sein des Forces Démocratiques Syriennes, avec des désertions collectives et des informations qui devraient émerger dans les prochains jours. J’ai lu des informations supplémentaires dans la colonne d’Özay Şendir, rédacteur en chef de Milliyet : des terroristes du YPG, affectés au camp d’El Hol, ont effectué des désertions collectives, obligeant les Forces Démocratiques Syriennes à réorganiser leurs équipes. Ce phénomène s’étendra probablement, notamment au niveau des tribus arabes.


La rupture du "Corridor de David"


Nous approchons du point de rupture. Après Alep, les Forces Démocratiques Syriennes arriveront à la table des négociations avec des cartes plus faibles. Les négociations, centrées sur l’intégration des Forces Démocratiques Syriennes, devraient se poursuivre jusqu’au mois de mars, mais elles ne dureront pas plus longtemps. Dans ce processus :


1. La visibilité de l’armée turque dans le cadre de l’accord de sécurité entre la Turquie et la Syrie augmentera.

2. Le "Corridor de David", rêvé par Israël, sera divisé par l’est (cela doit être fait pour garantir la sécurité de l’intervention totale).

3. Les tribus arabes prendront leurs distances avec les Forces Démocratiques Syriennes, et le YPG sera coincé entre Qamichli et Hassaké.

4. Si l’organisation ne dépose toujours pas les armes, il ne restera plus beaucoup d’options. C’est ce que nous voyons actuellement. Mais notre espoir réside dans le retour à la raison des Forces Démocratiques Syriennes. Il n'y a plus de place pour les groupes armés non étatiques dans cette région.

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