Contre le sionisme, un réveil chrétien aux États-Unis

11:0215/02/2026, воскресенье
Abdullah Muradoğlu

Aux États-Unis, les soutiens les plus dogmatiques d’Israël sont les "chrétiens évangéliques blancs". Se définissant comme des "chrétiens sionistes", ce courant joue un rôle déterminant dans la poursuite, par les administrations républicaines, de politiques de soutien inconditionnel à Israël. Or, comme chez l’ensemble des jeunes Américains, le soutien à Israël est au plus bas chez les jeunes évangéliques. Le génocide commis par Israël à Gaza a accéléré de manière bien plus brutale encore cette chute

Aux États-Unis, les soutiens les plus dogmatiques d’Israël sont les "chrétiens évangéliques blancs". Se définissant comme des "chrétiens sionistes", ce courant joue un rôle déterminant dans la poursuite, par les administrations républicaines, de politiques de soutien inconditionnel à Israël. Or, comme chez l’ensemble des jeunes Américains, le soutien à Israël est au plus bas chez les jeunes évangéliques. Le génocide commis par Israël à Gaza a accéléré de manière bien plus brutale encore cette chute du soutien.

Israël avait misé sur les chrétiens sionistes pour garantir la continuité du soutien américain. Mais les jeunes évangéliques commencent à remettre en question les prétendues justifications religieuses de ce soutien. Le fait qu’Israël ait fait venir, l’an dernier, plus d’un millier de leaders évangéliques dans le pays pour leur donner des "devoirs à faire" montre que l’inquiétude a atteint un niveau critique.

Le soutien affiché des chrétiens sionistes au génocide, marqué par le massacre de dizaines de milliers d’enfants à Gaza, a également mobilisé des chrétiens non évangéliques. Ce mouvement, né de l’idée que le sionisme chrétien a corrompu les enseignements du christianisme, est parfois qualifié de "réveil chrétien". Ce nouvel éveil se développe comme une action visant à mettre fin à la justification religieuse du soutien à Israël. Par ailleurs, certaines communautés évangéliques récemment créées demandent désormais à leurs membres de purifier leur foi de toute influence sioniste.

Le commentateur conservateur trumpiste Tucker Carlson, suivi par des millions de jeunes, avait qualifié le sionisme chrétien de déviance. Réagissant au génocide à Gaza, Carlson soulignait qu’Israël ciblait également les chrétiens palestiniens et déclarait : "Si vous vous réveillez un matin en décidant que votre foi chrétienne vous oblige à soutenir un gouvernement étranger qui fait exploser des églises et tue des chrétiens, alors, à mon avis, vous avez perdu toute raison."

En janvier dernier, une déclaration signée par les "Patriarches et Chefs des Églises de la Terre Sainte" qualifiait le sionisme chrétien d’idéologie nuisible. Ce texte représentait des Églises établies telles que l’Église catholique latine, l’Église orthodoxe grecque, l’Église apostolique arménienne, les Églises anglicane et luthérienne. La déclaration exprimait l’inquiétude suscitée par certaines tentatives de militants chrétiens liés à l’armée israélienne visant à associer le christianisme au sionisme, et précisait clairement que ces militants ne bénéficiaient d’aucun soutien de la part des Églises historiques.

Un autre épisode s’est produit la semaine dernière au sein de la "Commission de la liberté religieuse de la Maison-Blanche". Dans cette commission, dont les membres ont été nommés par Trump, de violentes controverses ont éclaté autour de la définition de l’antisémitisme. Carrie Prejean Boller, connue pour sa proximité avec Trump, s’opposait aux membres juifs sionistes qui assimilaient toute critique du sionisme à de l’antisémitisme.

Ancienne évangélique devenue catholique, Boller déclarait : "Je suis catholique, et les catholiques n’adhèrent pas au sionisme. Selon vous, tous les catholiques seraient-ils donc antisémites ?" Une question restée sans réponse. Boller contestait également l’étiquetage de toute critique du génocide israélien comme une forme de haine antijuive.

Les sionistes chrétiens et juifs ont à leur tour qualifié Boller d’"antisémite". Sous la pression, le président de la Commission, le lieutenant-gouverneur du Texas Dan Patrick, a annoncé l’exclusion de Boller. Celle-ci a toutefois répliqué sur son compte "X" qu’elle avait été nommée par Trump et que seul Trump avait le pouvoir de la révoquer, ajoutant qu’elle serait présente à la prochaine réunion de la Commission. Accusant Dan Patrick de suivre un agenda sioniste politique, Boller affirmait qu’elle ne se soumettrait pas à l’État d’Israël.

Ces débats illustrent une rupture profonde et de plus en plus visible entre les chrétiens et le sionisme chrétien. Candace Owens, commentatrice conservatrice suivie par des millions de jeunes et elle aussi qualifiée d’"antisémite" par le "lobby israélien", a soutenu Boller dans un message publié sur "X" : "Votre décision contribuera à faire avancer encore davantage l’éveil chrétien qui traverse ce pays. Nous vous en remercions."

Au Royaume-Uni, Aaron David Fruh, chercheur à l’Institute for the Study of Global Antisemitism and Policy (ISGAP) de l’Université de Cambridge et président de "Israel’s International Advocates" (ITAI), analysait en décembre 2025, dans la revue pro-israélienne Middle East Quarterly, les raisons de l’opposition croissante des jeunes évangéliques à Israël.

En conclusion, Fruh constatait une chute brutale du soutien des évangéliques américains à Israël et avertissait que, si cette tendance était ignorée, le mouvement évangélique américain pourrait, d’ici dix à vingt ans, se retourner massivement contre Israël.

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