Afrique–États-Unis: nouvelle donne commerciale et position de la Türkiye

16:0614/02/2026, samedi
Ömer Faruk Doğan

À la suite de la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine de janvier 2025 et de sa prise de fonctions, une nouvelle phase s’est ouverte dans le commerce mondial. À travers une stratégie de réorganisation du commerce international fondée sur les droits de douane, un processus affectant environ 184 pays a été engagé. Cette nouvelle confrontation commerciale mondiale, initiée principalement pour réduire la pression exercée par la Chine sur l’économie et le marché américains et

À la suite de la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine de janvier 2025 et de sa prise de fonctions, une nouvelle phase s’est ouverte dans le commerce mondial. À travers une stratégie de réorganisation du commerce international fondée sur les droits de douane, un processus affectant environ 184 pays a été engagé.

Cette nouvelle confrontation commerciale mondiale, initiée principalement pour réduire la pression exercée par la Chine sur l’économie et le marché américains et pour relancer l’économie des États-Unis, a également commencé à impacter le continent africain.

En mai 2025, le président Trump a annoncé l’instauration de nouveaux droits de douane majorés concernant 30 pays africains, applicables jusqu’au 30 septembre 2025. Le cas du Lesotho, petit royaume d’Afrique australe, est particulièrement frappant : le pays a été soumis à un droit de douane de 50 %, alors même que son PIB par habitant était inférieur à 920 dollars en 2023. Son économie repose essentiellement sur les exportations textiles vers le marché américain et sur l’aide extérieure, ce qui en fait l’un des pays les plus pauvres du continent.

Outre le droit de douane minimal de 10 % imposé à l’ensemble des partenaires commerciaux des États-Unis, les mesures annoncées en mai 2025 prévoient des droits additionnels pouvant atteindre 50 % pour 56 pays, dont 20 pays africains. Parmi eux figurent Madagascar et l’île Maurice (droits portés respectivement à 47 % et 40 %), ainsi que le Botswana (37 %), l’Angola (32 %), la Libye (31 %), l’Algérie (30 %) et l’Afrique du Sud (30 %).

Bien que ces nouveaux droits de douane soient officiellement présentés comme un moyen de contraindre les pays affichant un excédent commercial avec les États-Unis à rééquilibrer leurs échanges, il apparaît clairement que la situation économique et les difficultés structurelles de nombreux pays n’ont pas été suffisamment prises en compte. Des économistes africains reconnus soulignent que des pays comme le Lesotho et Madagascar, dont les exportations vers les États-Unis se limitent essentiellement au textile ou à la vanille, risquent une grave récession économique. À la veille de leur processus d’industrialisation, ces pays ne disposent pas d’alternatives économiques viables en dehors de l’exportation.

Lorsque l’on considère que les importations totales des États-Unis en provenance d’Afrique se sont élevées à seulement 39 milliards de dollars en 2024, il est possible d’affirmer que ces mesures ne provoqueront pas un choc immédiat d’une ampleur extrême pour le continent. En revanche, elles risquent de pousser davantage les pays africains vers la Chine, qui constitue en réalité la véritable cible de cette stratégie américaine.

Il convient également de noter que le pétrole brut, le gaz naturel et les minerais stratégiques ont été exemptés de ces droits de douane élevés, ce qui mérite une analyse spécifique. Un autre point important concerne les produits sans alternative d’approvisionnement pour le marché américain, comme la vanille : dans ces cas précis, ce sont essentiellement les consommateurs américains qui se trouvent pénalisés par une hausse des coûts.

L’approche consistant à remodeler le commerce mondial par le biais des droits de douane est susceptible de provoquer un ralentissement global des échanges. En raison du fléchissement attendu des exportations chinoises, un tassement, voire une baisse des prix des matières premières pourrait intervenir. Cette situation affecterait de manière particulièrement intense les pays africains dont l’économie repose presque exclusivement sur l’exportation d’un nombre très limité de produits, et compliquerait leurs efforts pour attirer de nouveaux investissements étrangers. Autrement dit, les pays africains seront contraints de rechercher de nouveaux marchés, de nouveaux partenaires économiques et des relations commerciales plus équilibrées.

Dans un continent où la Chine occupe une position extrêmement dominante, cette approche américaine risque d’entraîner de nombreux effets négatifs imprévus, en poussant les pays africains vers un partenaire économiquement plus puissant et plus attractif. Anticipant cette évolution, les États-Unis ont réactivé un accord commercial provisoire avec environ 30 pays africains : l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). Cet accord, lancé en 2000 et permettant à de nombreux produits africains d’entrer sur le marché américain sans droits de douane, a été approuvé le mardi 3 février par la Chambre des représentants et prolongé jusqu’à la fin de l’année 2026. Ainsi, les exonérations fiscales prévues dans le cadre de l’AGOA s’appliqueront rétroactivement jusqu’à cette date pour de nombreux produits africains importés aux États-Unis.

Sous réserve du respect d’un certain nombre de conditions préalables (pluralisme politique, respect des droits de l’homme, lutte contre la corruption, etc.), les pays africains pourront exporter vers le marché américain sans droits de douane. Cet accord, qui couvre théoriquement 30 des 54 pays du continent, englobe un large éventail de produits allant du textile à certains produits agricoles, aux aliments pour animaux et aux véhicules. Il comporte toutefois de nombreuses conditions politiques et prévoit également une préférence pour les produits américains.

La question de savoir dans quelle mesure les pays africains, attachés à la reconquête de leur identité et à la préservation de leur indépendance, accepteront cette nouvelle approche reste ouverte. Il convient de rappeler que le discours de Son Excellence le Président de la République, "le monde est plus grand que cinq", a rencontré un écho considérable sur le continent africain. En réaction, la Chine a développé le concept des "cinq non" en Afrique, reposant sur le refus d’intervenir dans l’indépendance des pays africains, leurs affaires intérieures, leurs modes de relation et leurs valeurs identitaires. Dans ce contexte, l’acceptabilité des règles politiques imposées par les États-Unis sous couvert d’exonérations douanières et de promotion de la démocratie constitue un sujet de débat à part entière.

À l’inverse, la Türkiye a adopté depuis 2003 une position claire et cohérente dans le cadre de la nouvelle "Stratégie africaine" définie par Son Excellence le Président de la République. Sans exiger de concessions politiques ni porter atteinte aux valeurs propres des pays africains, La Türkiye a démontré qu’un nouveau modèle de relations, fondé sur l’égalité, le respect mutuel et une coopération d’égal à égal, pouvait être établi et durablement maintenu selon le principe du "gagnant-gagnant". Ce modèle a été mis en œuvre avec succès.

Sur cette base, de nombreux pays africains et sahéliens ont entrepris des démarches sérieuses en faveur d’une véritable indépendance économique, tout en développant une attitude plus prudente à l’égard des approches alternatives. Les discours négatifs de certains milieux occidentaux à l’encontre de La Türkiye et, en particulier, de Son Excellence le Président de la République, doivent être analysés à la lumière de cette réalité.

Dans le cadre de cette relation fondée sur le respect mutuel et le bénéfice partagé, les investissements de nos entreprises de construction en Afrique ont fortement augmenté, tout comme notre volume d’échanges commerciaux. En 2025, nos exportations vers le continent ont progressé de 16,6 % pour atteindre environ 25 milliards de dollars, tandis que notre volume commercial total s’est rapproché du seuil des 40 milliards de dollars. Dans une période marquée par le ralentissement du commerce mondial et de multiples turbulences économiques, cette hausse significative des échanges avec l’Afrique s’explique avant tout par une approche fondée sur le respect, l’égalité et le partenariat.

L’acceptation, par les pays africains, de la nouvelle approche américaine conditionnelle en matière d’exonérations douanières demeure une question centrale. Malgré tous ses efforts, la Chine n’est pas parvenue à obtenir les résultats escomptés, principalement en raison des différences culturelles, de valeurs et de conception des relations, qui compliquent l’émergence de principes réellement communs. Par ailleurs, l’intérêt unilatéral de la Chine pour les ressources minières africaines est bien connu et suscite une certaine réserve sur l’ensemble du continent, ce qui renforce considérablement la valeur et l’attractivité de La Türkiye aux yeux des pays africains.

Par sa présence sur le continent, La Türkiye n’a pas seulement développé des relations commerciales, mais a également proposé un nouveau modèle politique et économique favorable à l’Afrique, contribuant ainsi à renforcer la place et la valeur du continent africain et de ses peuples sur la scène internationale.

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