Se découvrir dans le miroir du "Kâfir"

09:3013/04/2026, lundi
MAJ: 13/04/2026, lundi
Aydın Ünal

Le président américain Donald Trump, à son image, s’est entouré d’un cabinet composé de personnalités pour le moins singulières. Le secrétaire à la Défense, autrement dit le "ministre de la Guerre", Pete Hegseth, fait partie de ces figures atypiques. Né en 1980, diplômé d’une université prestigieuse comme Princeton, il rejoint ensuite l’armée. Il sert d’abord à Guantánamo, puis en Irak et en Afghanistan. De retour aux États-Unis, il devient réserviste dans la Garde nationale. Il se fait connaître

Le président américain Donald Trump, à son image, s’est entouré d’un cabinet composé de personnalités pour le moins singulières.


Le secrétaire à la Défense, autrement dit le "ministre de la Guerre", Pete Hegseth,
fait partie de ces figures atypiques. Né en 1980, diplômé d’une université prestigieuse comme Princeton, il rejoint ensuite l’armée. Il sert d’abord à Guantánamo, puis en Irak et en Afghanistan. De retour aux États-Unis, il devient réserviste dans la Garde nationale. Il se fait connaître grâce à ses commentaires durs et radicaux sur des chaînes de télévision, notamment Fox News. C’est ainsi qu’il attire l’attention de Donald Trump, qui le propose comme secrétaire à la Défense.
Alors même qu’il était sur le point d’être écarté en raison d’accusations de détournement de fonds d’une association d’anciens combattants et de harcèlement sexuel, il est finalement nommé sous la pression de Trump.

La sympathie dont Hegseth bénéficie auprès de Trump et de son électorat tient principalement à ses convictions. Hegseth est un
"Kâfir"
acharné. Il porte un grand tatouage de croix sur la poitrine. Sur son bras figure l’inscription
"Deus Vult"
, slogan des Croisés signifiant
"Dieu le veut"
, aujourd’hui également repris par des milieux d’extrême droite. Il a également fait tatouer le mot "Kâfir" en arabe qui veut dire
"mécréant".
Dans son livre
"American Crusade"
, il exprime une hostilité profonde à l’égard des musulmans. Il affirme que la civilisation occidentale actuelle est l’héritière des Croisés, que l’islam constitue l’ennemi naturel et historique de l’Occident, que l’Europe, notamment l’Angleterre, serait aujourd’hui
"occupée"
par les musulmans, et que ces derniers menacent la civilisation occidentale aux États-Unis et en Europe. Selon lui, aucune tolérance ne doit leur être accordée.

Hegseth soutient également que les musulmans aux États-Unis coopèrent avec les mouvements de gauche pour affaiblir le pays.
Il affirme que le christianisme est lui aussi menacé, que la tolérance accordée aux mouvements islamiques ne s’applique pas aux chrétiens, que le christianisme décline aux États-Unis tandis que l’islam progresse, et que le pays doit revenir à ses racines chrétiennes. Dans cette logique, il favorise notamment l’enseignement du christianisme au sein de l’armée américaine, qu’il dirige. Il défend également l’idée que la civilisation occidentale est une civilisation judéo-chrétienne. Dans le prolongement de ces positions,
il estime que, dans les guerres contre les musulmans, aucune règle ne doit s’appliquer, que tous les moyens sont légitimes pour les éliminer, et que la liberté d’expression ne doit pas leur être accordée. Il considère par ailleurs le génocide à Gaza comme justifié et légitime.

Hegseth est déjà accusé de crimes de guerre, non seulement en raison de ses idées, mais aussi de certaines décisions liées à des politiques visant les migrants, les trafiquants de drogue, le Venezuela, Gaza, et plus récemment l’Iran.


Hegseth peut apparaître comme un homme
"terrifiant" à travers cette colère, cette hostilité, ces idées et ces actions.
Pour ma part, je ne le pense pas. Au contraire, il incarne un ministre de la Guerre américain franc, direct et sincère. On pourrait même parler d’un
"ennemi loyal".
Contrairement à d’autres, il ne fait pas preuve d’hypocrisie, ne tient pas un double discours, ne trompe pas les musulmans et ne feint pas la tolérance. Il connaît les véritables fondements de la civilisation occidentale et les défend ouvertement. Il reflète les sentiments profonds de l’Occident, des États-Unis et en particulier de l’électorat de Trump. Il ne dissimule rien : il affirme ouvertement
"je suis croisé"
,
"je suis un Kâfir"
, et déclare sans détour qu’aucune compassion ne doit être accordée aux musulmans, qu’ils n’ont aucun droit. Cette posture lui vaut une réelle popularité.

Hegseth n’est pas non plus un ignorant ; c’est un
"Kâfir"
instruit. Il connaît bien les musulmans. Dans son ouvrage, il écrit que
"les islamistes (par quoi il désigne l’ensemble des musulmans)
disposent de 1400 ans de textes, d’un héritage équivalent, de dirigeants, ainsi que d’une conscience historique et d’une cause profondément enracinées et inébranlables"
. Il souligne ainsi que l’islam, qui constitue une menace pour la civilisation judéo-chrétienne, ne doit pas être sous-estimé, et que ce sont en réalité le judaïsme et le christianisme qui sont en position de vulnérabilité.

On pourrait souhaiter qu’il y ait davantage de
"Kâfir"
aussi radicaux mais cohérents que Hegseth. Car en cherchant à réveiller les chrétiens, Hegseth tend en réalité un miroir aux musulmans. Il leur rappelle ce qu’ils sont. À ceux qui espèrent encore voir émerger de l’Occident une civilisation fondée sur le droit, la démocratie ou les droits humains, il oppose une réalité brutale : l’essence même de l’Occident repose sur l’héritage des Croisades. Pour lui, le meilleur musulman est un musulman mort.
Il renvoie cette vérité comme un choc à ceux qui, qu’ils se définissent comme nationalistes, laïques, kémalistes ou de gauche, restent admiratifs de l’Occident mais sont perçus comme "islamistes" à ses yeux.

Le secrétaire à la Défense américain, en tant que
"kâfir"
observant de l’extérieur, rappelle une vérité que beaucoup ont oubliée : malgré les massacres, les occupations, les destructions et les souffrances dans le monde musulman, les musulmans demeurent dynamiques grâce à leur attachement à Allah, au Coran et au Prophète, ainsi qu’à la conscience collective que cela engendre.
Ils disposent d’une théorie solide, éprouvée à maintes reprises, d’une foi inébranlable et d’un espoir intact.

Les inquiétudes de Hegseth ne sont pas infondées. Puissent ceux qui comprennent cela être plus nombreux.

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