Entre le cœur turc et la graine israélienne…

10:021/04/2026, mercredi
MAJ: 1/04/2026, mercredi
Nedret Ersanel

Jerusalem Times (Israël) : "L’équilibre mondial des puissances connaît une nouvelle fracture centrée sur le Moyen-Orient et l’Asie. Le nouveau bloc, façonné par l’élan technologique et politique de la Türkiye et de l’Égypte, la puissance nucléaire du Pakistan et la capacité financière de l’Arabie saoudite, s’élève face à l’axe Israël-Émirats arabes unis-Inde"… Selon Marco Rubio, l’Iran est aujourd’hui un pays plus faible qu’il ne l’a été au cours de la dernière décennie. Le constat du secrétaire

Jerusalem Times (Israël) :
"L’équilibre mondial des puissances connaît une nouvelle fracture centrée sur le Moyen-Orient et l’Asie. Le nouveau bloc, façonné par l’élan technologique et politique de la Türkiye et de l’Égypte, la puissance nucléaire du Pakistan et la capacité financière de l’Arabie saoudite, s’élève face à l’axe Israël-Émirats arabes unis-Inde"…

Selon Marco Rubio, l’Iran est aujourd’hui un pays plus faible qu’il ne l’a été au cours de la dernière décennie. Le constat du secrétaire d’État est juste. Sa validité repose sur les plus de 10 000 pertes enregistrées depuis le 28 février, mais pour comprendre la situation actuelle, il faut commencer par la phase d’érosion de Téhéran en Syrie…


Jusqu’au changement de pouvoir à Damas, l’Iran avait élargi son influence géopolitique dans toute la région. Je me souviens très bien avoir consigné cela à travers différentes émissions et analyses…

Israël en avait probablement la perception la plus aiguë, et avec l’arrivée de Trump au pouvoir, le plan visant à réduire également l’Iran sur son propre territoire s’est développé dans ce sens.


Aujourd’hui, l’Iran est un
"pays amoindri"
et, même si cela ne correspond pas à l’objectif final idéal des États-Unis et d’Israël, il a été repoussé dans le temps. Même si cette guerre injuste prenait fin aujourd’hui, un long et difficile processus de reconstruction l’attend. Cela signifie des pertes considérables en temps et en ressources…

Une initiative turque face au vide régional


Avez-vous remarqué que, durant le premier mois de la guerre contre l’Iran, le seul pays à produire des plans concrets et à formuler des propositions a été la Türkiye ? Que ces propositions soient acceptées ou non relève de chaque État, mais lorsque l’on demande
"quel est votre plan ?"
, beaucoup restent sans réponse…

Nous sommes une fois encore allés à Islamabad, au Pakistan, avec des propositions concrètes sur la manière de résoudre techniquement la question du détroit d’Ormuz, à destination de l’Iran et des États-Unis…

Tout cela constitue la preuve de la sincérité d’Ankara dans la recherche de la paix. Mais c’est aussi une tentative d’empêcher que la guerre ne s’étende et que la
"fitne" (discorde interne au sein de la communauté musulmane)
ne se propage. En parallèle, on observe qu’une dynamique d’alliance régionale se développe à la faveur de cette guerre…

Nous avons retrouvé récemment cette approche dans les propos du ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan :
"La région avance pas à pas vers le scénario (catastrophique) écrit par Israël… Une graine de fitne est semée pour empêcher l’unité des musulmans… La crise d’Ormuz pourrait pousser ces pays vers le camp américain"
, etc.

L’idée d’une
"armée islamique"
avait déjà été évoquée lors des moments les plus violents du génocide à Gaza. Elle a été reformulée sous différentes appellations, comme
"OTAN du Moyen-Orient"
ou
"OTAN islamique
". À l’époque, ces initiatives n’avaient pas abouti, et l’on avait constaté un double discours de la part de certains États : critiques publiques d’Israël, mais dispositions implicites à sacrifier la Palestine.

Certains ont même laissé entendre qu’un Moyen-Orient sans la question palestinienne serait plus stable. Mais personne ne s’est levé pour dire :
"Ne serait-ce pas mieux sans Israël ?"

Une série de réunions a seulement permis d’atténuer l’intensité des violences, sans jamais les arrêter…


Une tentative d’alliance face à l’ordre imposé


Si ces événements doivent être rappelés aujourd’hui, c’est pour comprendre si la région a tiré des leçons face à une guerre qui avance
"bataille après bataille"
. La plus grande crainte d’Israël, et la source de son hostilité envers la Türkiye, réside dans le fait qu’Ankara soutient l’idée que les pays de la région puissent s’unir et gérer leurs propres problèmes.

Hakan Fidan l’a résumé ainsi :
"Nous n’avons qu’une seule voie de sortie : la Türkiye agit en coordination avec ses partenaires régionaux pour des solutions diplomatiques."

Pour Tel Aviv, cette perspective constitue un véritable cauchemar.
Toute son histoire géopolitique vise à empêcher une telle convergence. Le mot
"fitne"
résume à lui seul cette logique…

Revenons au point de départ…


Jerusalem Times (Israël) : "
Un nouveau bloc, structuré par la Türkiye, l’Égypte, le Pakistan et l’Arabie saoudite, s’élève face à l’axe Israël-Émirats arabes unis-Inde
"…

Une analyse concise, mais tardive. Cette lecture stratégique existe depuis longtemps. Elle inclut d’autres paramètres et d’autres pays.
Une population de 500 millions d’habitants, sans compter les espaces liés à la Türkiye, suffit à susciter l’intérêt ou l’inquiétude…

Si ces analyses apparaissent aujourd’hui dans la presse occidentale et israélienne, c’est en raison de la réunion des ministres des Affaires étrangères de ces quatre pays à Islamabad pour trouver une solution à la guerre contre l’Iran.


La diffusion de cette image commune dans les médias mondiaux pose naturellement la question :
"Et ensuite ?"

L’approche d’Ankara, fondée sur des alliances, cherche une large coalition. Ces quatre pays représentent déjà une projection de puissance, mais se réunir pour résoudre un problème commun n’est pas équivalent à former une alliance sécuritaire et de renseignement…


L’objectif est clair :
"Résolvons nos propres problèmes", "qu’ils ne puissent plus intervenir".
Autrement dit :
Que les États-Unis, l’Europe, le Royaume-Uni et Israël ne soient plus décisionnaires dans cette région.


Il s’agit d’un défi assumé. Et il est légitime.

Mais qu’en est-il des relations de ces pays avec ces mêmes puissances ? Égypte ? Arabie saoudite ? Émirats arabes unis ?


Et le regard des grandes puissances ? Si la Chine soutient ? Si la Russie appuie ? Et si, de manière inattendue, les États-Unis eux-mêmes soutiennent ?

Il existe ici un potentiel réel. Mais si cette alliance vise à contenir les États-Unis et Israël, alors chacun devra s’engager pleinement et établir une confiance totale.


Si, en revanche, il ne s’agit que de médiation pour dépasser la crise iranienne, alors le problème reste entier… jusqu’aux prochaines guerres.
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