Deux réalités

09:454/03/2026, mercredi
MAJ: 4/03/2026, mercredi
Taha Kılınç

La forte tension qui règne au Moyen-Orient depuis plusieurs jours possède de nombreuses dimensions qui mériteraient chacune d’être longuement analysées. Cependant, deux éléments étroitement liés apparaissent déjà comme des faits indiscutables. Le premier concerne l’assassinat ciblé du guide religieux iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ainsi que de membres de sa famille. Cette opération révèle que les failles du système de renseignement iranien sont bien plus profondes qu’on ne l’imaginait. Ces dernières

La forte tension qui règne au Moyen-Orient depuis plusieurs jours possède de nombreuses dimensions qui mériteraient chacune d’être longuement analysées. Cependant, deux éléments étroitement liés apparaissent déjà comme des faits indiscutables.

Le premier concerne l’assassinat ciblé du guide religieux iranien,
l’ayatollah Ali Khamenei,
ainsi que de membres de sa famille.
Cette opération révèle que les failles du système de renseignement iranien sont bien plus profondes qu’on ne l’imaginait.
Ces dernières années, de nombreux scientifiques du programme nucléaire et plusieurs universitaires ont déjà été assassinés dans différentes villes d’Iran. Après la mort suspecte d’Ismail Haniyeh, chef du bureau politique du mouvement de résistance palestinien Hamas, tué à Téhéran le 31 juillet 2024,
il est apparu que "des dizaines" de responsables de l’armée et du renseignement iraniens avaient été arrêtés.
De même, en septembre 2024, une série d’assassinats successifs visant Hassan Nasrallah et plusieurs responsables de haut rang du Hezbollah n’aurait pas pu être menée sans des fuites d’informations venues de l’intérieur.
Des hypothèses sérieuses et crédibles suggèrent même que certaines de ces informations provenaient directement d’Iran.
Quant à l’accident d’hélicoptère qui a coûté la vie au président iranien Ebrahim Raïssi et au ministre des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian le 19 mai 2024,
il semble déjà avoir été relégué à l’arrière-plan dans le tumulte de l’actualité.

Dans chaque État, il peut exister de petites brèches dans les systèmes de renseignement. Des incidents peuvent survenir. Les États rivaux exploitent parfois les faiblesses de leurs adversaires, recrutent des informateurs, financent des réseaux ou mènent des opérations d’influence. Tout cela arrive.

Mais lorsque l’on observe l’Iran aujourd’hui, l’image qui apparaît est bien plus complexe et chaotique.

Mossad, les rivalités régionales et le jeu des provocations


Il y a deux jours, lorsqu’une attaque de drones a visé la raffinerie pétrolière de Ra’s Tannûra appartenant à Saudi Aramco, ma première réaction a été simple :
"Cela ne peut pas être l’Iran."

Quiconque suit attentivement la région sait que l’évolution actuelle des relations entre l’Arabie saoudite et l’Iran ne permettrait pas une telle provocation. D’ailleurs, les autorités iraniennes ont rapidement affirmé :

Nous n’avons pas attaqué la raffinerie.

La question demeure alors entière : qui a appuyé sur le bouton ?

C’est précisément à ce moment qu’apparaît la seconde réalité évoquée au début.

Israël, accompagné des États-Unis qu’il entraîne derrière lui comme un allié docile, ne se contente pas d’attaquer l’Iran. L’État hébreu semble également avoir dans son viseur plusieurs pays arabes du Golfe pourtant alliés de Washington.

L’Arabie saoudite et le Qatar ont commencé à identifier des agents du Mossad qui planifiaient des opérations sur leur territoire.
À titre d’hypothèse personnelle, mais presque au niveau d’une conviction, je pense que certaines des frappes de drones et de missiles lancées "depuis l’Iran" vers différentes parties du monde arabe pourraient en réalité être déclenchées par des acteurs liés au Mossad ou manipulés par lui.
Il ne s’agit pas de se perdre dans des théories complotistes.
Mais il est difficile d’ignorer l’idée que l’appareil étatique iranien, aujourd’hui profondément infiltré, pourrait offrir à Israël un terrain d’action considérable.
Les observateurs dotés d’une bonne mémoire se souviendront qu’en 2014 un réseau travaillant pour Israël avait été démantelé au sein même du Hezbollah.
L’un des agents israéliens avait même réussi à s’infiltrer jusqu’à l’équipe de protection rapprochée de Hassan Nasrallah.

Et il n’est même pas nécessaire de rappeler l’histoire célèbre d’Eli Cohen, l’agent du Mossad qui, jusqu’à son exécution à Damas en 1965, avait réussi à influencer les mécanismes décisionnels de l’État syrien et à transmettre à Israël des informations parmi les plus sensibles.


Vers un repositionnement stratégique dans le Golfe


Si Israël mène discrètement des attaques contre des alliés arabes des États-Unis afin de créer un front commun contre l’Iran, et si Washington se montre incapable de protéger ces mêmes alliés contre des missiles tirés
"depuis l’Iran",
tout en concentrant exclusivement ses efforts sur la sécurité d’Israël, cela pourrait provoquer d’importants changements de paradigme dans le Golfe.
Dans ce contexte, il n’est pas exagéré d’envisager que l’Arabie saoudite se rapproche davantage des réalités géopolitiques de la région, renforce ses liens avec la Türkiye et prenne progressivement ses distances avec Israël.

Le processus avait déjà commencé, notamment en raison de l’hostilité ouverte des Émirats arabes unis envers Riyad. À partir de ce point, un retour en arrière semble peu probable.

Les autres dimensions de cette crise brûlante continueront d’être analysées dans les jours à venir.
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