Forum Africa 2026: l’Université de Marmara veut bâtir une plateforme internationale durable sur les études africaines

Moussa Hissein Moussa
12:322/06/2026, mardi
Yeni Şafak

Organisé du 20 au 22 mai 2026 à l’Université de Marmara à Istanbul, le Forum Africa 2026 a rassemblé universitaires, diplomates et chercheurs autour des défis structurels africains et des solutions locales. Le Professeur Ali Arı a souligné l’ambition de faire du forum une plateforme académique durable sur les études africaines. Plusieurs interventions diplomatiques, notamment celles du Professeur Ahmet Kavas et de l’ambassadeur rwandais Charles Kayonga, ont mis en avant l’importance des relations Afrique–Türkiye, de la coopération continentale et du renforcement des études africaines.

Pendant trois jours, l’Université de Marmara à Istanbul a accueilli universitaires, diplomates, chercheurs, étudiants, entrepreneurs et acteurs culturels à l’occasion du Forum Africa 2026, organisé sous le thème:
"Structural Challenges and Home-Grown Solutions"
. Organisé du 20 au 22 mai 2026 au sein de l’Université de Marmara en Türkiye, ce forum international et atelier académique s’est imposé comme un espace multidisciplinaire de réflexion autour des grands défis structurels du continent africain et des solutions africaines aux problématiques contemporaines.

Le programme du forum a couvert plusieurs axes majeurs tels que la gouvernance et le développement, la paix et la sécurité, le climat et la durabilité, les relations Afrique-Türkiye, ainsi que les migrations et les diasporas africaines.

À travers des panels académiques, des sessions plénières, des ateliers culturels et des discussions institutionnelles, le Forum Africa a cherché à créer un dialogue transversal entre les mondes académique, diplomatique et sociétal.


“Nous avons voulu organiser un forum beaucoup plus complémentaire”


Président du Comité d’Organisation du Forum Africa et Chef du Département des Sciences Politiques à l’Université de Marmara, le Professeur Ali Arı a expliqué que l’objectif principal de cette initiative était de dépasser les cadres classiques des conférences universitaires.

"Nous n'avons pas voulu organiser un forum seulement sur la diplomatie ou seulement sur l'académie. Nous avons voulu organiser quelque chose de beaucoup plus complémentaire"
, a-t-il déclaré.

Selon lui, la diplomatie, l’université, les étudiants, les chercheurs et les acteurs culturels doivent être pensés comme des espaces interconnectés dans la compréhension des dynamiques africaines contemporaines.

"La diplomatie ne peut pas exister sans l'académie, et l'académie ne peut pas exister sans les gens, sans les étudiants, sans le contact humain"
, a-t-il ajouté.

Cette approche s’est traduite dans la diversité des profils présents au forum. Des diplomates africains, des chercheurs turcs et internationaux, des représentants institutionnels, mais aussi des étudiants en master et en doctorat ont participé aux différentes sessions organisées durant les trois jours du programme.

Parmi les interventions marquantes figurait celle du Professeur Dr. Ahmet Kavas, ancien ambassadeur de la Türkiye au Tchad et au Sénégal et spécialiste reconnu des études africaines. Revenant sur l’évolution des relations entre La Türkiye et le continent africain, il a rappelé que ces liens remontent à plusieurs siècles, même si une nouvelle phase de rapprochement s’est véritablement accélérée à partir de 2005 avec la politique dite
"d’ouverture africaine"
lancée par Ankara.
Selon lui, cette stratégie diplomatique a profondément renforcé la présence turque sur le continent africain.
"Aujourd’hui, la Türkiye dispose de 44 ambassades sur le continent africain. C’est un record en nombre et dans la durée"
, a-t-il souligné.

Ayant lui-même participé à l’élaboration de cette politique africaine, le Professeur Kavas a insisté sur l’importance de renforcer davantage les études africaines et les recherches de terrain afin que les relations développées ces dernières années puissent révéler toute leur portée stratégique.

Pour lui, les dynamiques africaines demeurent insuffisamment comprises malgré leur importance croissante sur les plans géopolitique, économique et social.
"Les dynamiques africaines sont considérables et il est nécessaire de les comprendre"
, a-t-il expliqué.

Le chercheur turc a également insisté sur la nécessité d’une approche fondée sur la coopération et la compréhension mutuelle, loin des logiques historiques de domination. Selon lui, l’objectif ne doit pas être de reproduire des schémas de type colonial comme ceux menés autrefois par plusieurs puissances européennes, mais plutôt de construire une relation équilibrée permettant aux deux parties de mieux se connaître afin de mieux collaborer.

L’ambassadeur du Rwanda à Ankara, Charles Kayonga, a également livré une intervention remarquée lors du forum. Revenant sur les défis auxquels le continent africain continue de faire face, il a néanmoins insisté sur les progrès importants réalisés dans plusieurs pays africains.

Le diplomate rwandais a notamment pris l’exemple de son pays pour illustrer les capacités de résilience et de reconstruction du continent africain. Il a rappelé que le Rwanda avait traversé l’un des génocides les plus tragiques de l’histoire contemporaine africaine avant d’engager un processus de transformation profonde.

Selon l’ambassadeur Kayonga, le développement du Rwanda a été rendu possible grâce à un leadership responsable, rassembleur et orienté vers le service public. Il a estimé que malgré les difficultés auxquelles l’Afrique reste confrontée, plusieurs expériences africaines démontrent aujourd’hui que le continent possède également ses propres capacités de transformation et de développement.

Pour le diplomate rwandais, l’avenir du continent dépend largement du renforcement de la solidarité africaine et de la coopération entre les États africains.
"L’Afrique ne peut amorcer un développement durable que par une collaboration franche et une solidarité"
, a-t-il affirmé.

Plusieurs autres panels ont abordé des questions liées à la gouvernance, à la sécurité régionale, aux migrations, aux enjeux énergétiques, à l’économie africaine ou encore aux relations Afrique-Türkiye.

Le forum a également accordé une place importante à la jeunesse africaine et aux initiatives diasporiques. Une session spéciale consacrée à
"La vision de la jeunesse africaine et les approches de coopération durable"
a réuni plusieurs représentants associatifs et acteurs engagés dans les dynamiques panafricaines.

Combler le retard académique sur les études africaines en Türkiye


Pour le Professeur Ali Arı, l’organisation de ce forum répond également à un besoin académique croissant en La Türkiye.

"Vous savez très bien que la Turquie s'intéresse de plus en plus à l'Afrique. Il y a de plus en plus d'investissements financiers et économiques en Afrique, il y a la politique qui s'intéresse, il y a les entreprises qui s'intéressent à l'Afrique. Par contre, on voit que l'académie est en retard"
, a-t-il affirmé.

Selon lui, malgré l’intensification des relations diplomatiques et économiques entre Ankara et les pays africains ces dernières années, les études africaines demeurent encore insuffisamment structurées dans le milieu universitaire turc.

"Nous, on a voulu remplir cette lacune qui existe dans ce milieu universitaire ou dans le milieu académique"
, a-t-il expliqué, en soulignant la volonté d’encourager davantage de jeunes chercheurs à travailler sur les questions africaines.

Cette ambition dépasse cependant le cadre ponctuel d’un événement académique. Les organisateurs souhaitent transformer le Forum Africa en une plateforme durable et annuelle.

"On va essayer de rendre ce forum traditionnel en l'organisant chaque année à peu près à la même période"
, a indiqué le Professeur Ali Arı.

L’objectif affiché est de construire progressivement un réseau académique international réunissant universités, centres de recherche et chercheurs travaillant sur l’Afrique à travers différents continents.

"On voudrait inclure de plus en plus des chercheurs internationaux à travers des accords et des partenariats avec différentes universités dans différents pays européens, américains ou africains"
, a-t-il précisé.

À moyen et long terme, les organisateurs ambitionnent même de faire émerger une véritable plateforme intellectuelle de référence sur les études africaines.

"Cette plateforme va devenir une sorte de think tank sur les études africaines"
, a estimé le responsable académique.

Le forum pourrait également ouvrir la voie à la création d’un Institut des études africaines à l’Université de Marmara.

"À l'université de Marmara, on a l'institut des études européennes, on a l'institut sur le Moyen-Orient, mais il nous manque cet institut sur l'Afrique"
, a expliqué Ali Arı.

Selon lui, ce futur institut aurait vocation à accueillir chercheurs africains, universitaires internationaux et étudiants souhaitant approfondir leurs travaux sur les réalités politiques, économiques et géopolitiques du continent.

À travers cette initiative, l’Université de Marmara cherche ainsi à inscrire durablement les études africaines dans le paysage académique turc tout en renforçant les passerelles intellectuelles entre l’Afrique et la Türkiye.


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