"Celui qui ne travaille pas est un traître !"

11:2221/02/2026, Cumartesi
Taha Kılınç

Que nous enseigne le Ramadan ? Chacun répondra sans doute à cette question en fonction de ses priorités et de ses sensibilités : "Comment lutter contre mon ego…", "Comment utiliser mon temps de manière plus efficace…", "La beauté de la fraternité…", "La sérénité et la joie de l’adoration…", "Le bonheur de se retrouver en famille…", "La guérison spirituelle que procure l’entraide et le partage…". Toutes ces réponses sont, en même temps, justes et pertinentes. Depuis des années, je m’efforce de vivre

Que nous enseigne le Ramadan ? Chacun répondra sans doute à cette question en fonction de ses priorités et de ses sensibilités : "Comment lutter contre mon ego…", "Comment utiliser mon temps de manière plus efficace…", "La beauté de la fraternité…", "La sérénité et la joie de l’adoration…", "Le bonheur de se retrouver en famille…", "La guérison spirituelle que procure l’entraide et le partage…". Toutes ces réponses sont, en même temps, justes et pertinentes.

Depuis des années, je m’efforce de vivre le Ramadan à l’écart des regards, dans la discrétion, en consacrant tout mon temps à ma famille et à mes proches. À l’exception d’un ou deux programmes auxquels je suis contraint de participer, je peux dire que je suis presque entièrement en retraite. Je décline les invitations à l’iftar et au sahur en disant : "Onze mois durant, je suis déjà dans une course permanente, laissez-moi ce mois-ci." Dieu merci, ceux qui connaissent l’intensité de mon emploi du temps le reste de l’année comprennent cette attitude. Avec l’âge, on dispose d’une plus grande marge de manœuvre pour organiser sa vie.

Le Ramadan est pour moi une période où je me retrouve davantage face à moi-même. Dans ces conditions, ma réponse à la question "Que nous enseigne le Ramadan ?" est la suivante : "Le goût de la routine et de la quiétude." Le calme et l’abondance du temps ouvrent naturellement davantage d’opportunités pour lire et écrire. C’est ainsi que j’ai pu achever plusieurs de mes livres durant le Ramadan. Cette année encore, plusieurs projets sont en cours sur mon bureau.

Mon principal champ de travail étant le monde islamique, le Ramadan devient également le moment le plus propice pour réfléchir à la situation générale des musulmans, approfondir mes lectures et observer à distance, avec recul. Tandis que je regarde comment le Ramadan est vécu dans différentes régions de notre géographie, je m’interroge aussi sur l’état global du monde musulman.

Ce Ramadan, plus que les autres, Kachgar ne quitte pas mes pensées. Kachgar où la prière en congrégation, les prières de tarawih et de tahajjud, le jeûne, le port du voile et de la barbe sont interdits… Kachgar qui pourrait être considérée comme la ville jumelle de Jérusalem ou de Damas dans le monde islamique tant elle est profonde et multidimensionnelle, et qui s’est aujourd’hui transformée en une cité enchaînée… Kachgar dont la mosquée Id Kah, en son centre, a été transformée en musée, où les appels à la prière et les récitations du Coran se font plus rares dans les rues, où même les pigeons semblent désormais voler tristement, lentement… La ville de Muhammad Yakub Beg, d’Abdulkadir Damolla, de Sabit Damolla, Kachgar où, autrefois, les drapeaux ottomans flottaient sur ses remparts…

Je pense ensuite à la situation en Palestine, à la destruction à Gaza, à la captivité de Jérusalem, à la mélancolie des musulmans rohingyas d’Arakan, aux démunis qui jeûnent à l’ombre de la guerre civile au Soudan, et aux opprimés et aux privés de droits aux quatre coins du monde. Cette phrase qu’un ami libanais m’avait dite il y a des années résonne dans mes oreilles : "Vous, les musulmans qui vivez en La Türkiye, vous ne comprendrez jamais à quel point il est précieux de pouvoir organiser une réunion en toute sécurité sans craindre que des bombes ne s’abattent sur vous."

Je n’évoque pas tout cela pour dresser un "inventaire des oppressions" ni pour me lamenter. Il y a un point sur lequel je souhaite particulièrement insister. Le message le plus clair que le Ramadan adresse peut-être aux musulmans vivant en La Türkiye est celui-ci : nous vivons dans le pays le plus libre du monde islamique à bien des égards. Une liberté qui, parfois, peut même frôler le laisser-aller. Nous disposons d’opportunités sans limites pour vivre l’islam dans toutes ses dimensions, mener des activités islamiques, nous organiser, atteindre différents segments de la société, éduquer nos enfants comme nous le souhaitons, leur offrir l’enseignement que nous estimons juste, etc. Des difficultés existent, ici comme ailleurs, mais ni plus ni moins qu’ailleurs.

Chaque fois que je reviens à Istanbul, physiquement ou mentalement, après un passage dans les régions opprimées et démunies du monde islamique, je ressens la même chose : nous ne travaillons pas suffisamment pour être à la hauteur de toutes ces libertés. La phrase du regretté Abdülmetin Balkanlıoğlu Hoca me revient souvent à l’esprit : "Avec tant de liberté, celui qui ne travaille pas est un traître !" En vérité, il en est ainsi.

Que ce Ramadan nous rappelle aussi cette question difficile :

"Dans la position qui est la nôtre, mobilisons-nous réellement toute notre énergie et accomplissons-nous ce qui nous incombe ? Ou bien faisons-nous simplement semblant d’agir, pour la forme, tout en continuant à vivre comme si de rien n’était ?"

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