Colonisation numérique: Israël et Bold Analytics ciblent l’Afrique

La rédaction
14:2920/02/2026, vendredi
Yeni Şafak

Après le scandale Pegasus développé par NSO Group, une nouvelle entreprise israélienne, Bold Analytics, s’impose sur le marché africain de la cybersurveillance. Officiellement spécialisée dans l’analyse de données, la société proposerait des outils capables de cartographier des réseaux et d’accéder à des communications mobiles. Journalistes et opposants figureraient parmi les cibles potentielles. Cette évolution relance le débat sur la souveraineté numérique des États africains, la dépendance technologique et la protection des données sensibles dans un contexte de compétition géopolitique mondiale.

La colonisation ne passe plus seulement par les territoires. Elle se déploie désormais dans les données. En Afrique, plusieurs États sont aujourd’hui équipés de technologies de surveillance numérique développées par des entreprises israéliennes. Après le
scandale Pegasus
, un nouvel acteur émerge:
Bold Analytics
.

Derrière la promesse d’
"analyse de données"
, ces outils permettent une surveillance avancée des communications. Journalistes, opposants politiques et responsables publics figurent parmi les cibles potentielles. Cette enquête examine les mécanismes de cette nouvelle forme d’influence technologique.

NSO Group et le précédent Pegasus en Afrique


Le
logiciel Pegasus
, développé par
NSO Group
, a marqué un tournant dans la surveillance numérique mondiale. Officiellement vendu à des gouvernements pour lutter contre le terrorisme et la criminalité, il permet l’infiltration silencieuse de smartphones sans interaction de l’utilisateur.

Parmi ses capacités :


  • Accès aux messages et appels
  • Activation du micro et de la caméra
  • Géolocalisation en temps réel
  • Extraction de données chiffrées

Des enquêtes internationales ont révélé son utilisation contre des journalistes et responsables politiques, notamment dans plusieurs pays africains. Le nom de
Cyril Ramaphosa
a été cité dans des investigations médiatisées sur des tentatives de ciblage.

Après des sanctions américaines et une pression internationale accrue,
NSO Group
a vu sa situation fragilisée. Mais le marché de la cybersurveillance ne s’est pas arrêté.

Bold Analytics: la nouvelle génération de surveillance


Bold Analytics se présente comme une société spécialisée dans l’analyse avancée de données. Selon plusieurs sources sécuritaires, elle commercialise des solutions capables de cartographier des réseaux relationnels et d’exploiter des métadonnées à grande échelle.


Deux outils sont évoqués: Robin et Toucan.

Robin: cartographie des réseaux


Ce logiciel analyserait les connexions téléphoniques afin d’identifier :


  • Les relations entre individus
  • Les fréquences d’échange
  • Les structures d’influence

L’objectif affiché est l’analyse prédictive. Mais des ONG alertent sur les risques de profilage politique massif.


Toucan: surveillance à distance


Toucan permettrait l’accès à distance à certaines données d’appareils mobiles. Les démonstrations seraient réalisées auprès de services de sécurité. Les détails techniques restent confidentiels.


Surveillance numérique et souveraineté africaine


La question centrale dépasse la technologie. Elle touche à la souveraineté des États africains et à la protection des données sensibles.


Les logiciels de cybersurveillance reposent souvent sur des mises à jour et des infrastructures contrôlées par leurs fournisseurs. Cette dépendance technique interroge sur le contrôle réel des données collectées.


Des experts en cybersécurité estiment que la maîtrise des infrastructures numériques constitue désormais un enjeu stratégique majeur. Les communications, les métadonnées et les systèmes d’information sont devenus des leviers de pouvoir.


Une nouvelle géopolitique des données


La surveillance numérique s’inscrit dans une compétition mondiale pour le contrôle des flux d’information. Les États investissent massivement dans l’intelligence artificielle et la cybersécurité.


En Afrique, où la transformation numérique s’accélère, la question du choix des partenaires technologiques devient cruciale. La régulation, la transparence contractuelle et la protection des libertés publiques sont au cœur des débats.


La colonisation numérique ne passe plus par des frontières visibles. Elle circule par les câbles, les serveurs et les algorithmes. Reste à savoir si les États africains pourront développer des alternatives souveraines face à ces technologies importées.


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