Comment cette cellule secrète est tombée dans le filet des renseignements turcs ?

10:5010/02/2026, الثلاثاء
MAJ: 10/02/2026, الثلاثاء
Yahya Bostan

L’opération menée par le MIT (renseignements turcs) contre le Mossad figure, par ses résultats rendus publics, parmi les actions de contre-espionnage les plus atypiques de ces dernières années. Elle mérite d’être examinée en détail. Mais revenons d’abord brièvement sur les faits. Selon les informations relayées par la presse, deux citoyens turcs, dont l’un est d’origine palestinienne, ont été arrêtés pour espionnage au profit du Mossad. Il a été établi que ces individus étaient en contact avec les

L’opération menée par le MIT (renseignements turcs) contre le Mossad figure, par ses résultats rendus publics, parmi les actions de contre-espionnage les plus atypiques de ces dernières années. Elle mérite d’être examinée en détail. Mais revenons d’abord brièvement sur les faits.

Selon les informations relayées par la presse,
deux citoyens turcs, dont l’un est d’origine palestinienne, ont été arrêtés pour espionnage au profit du Mossad.
Il a été établi que ces individus étaient en contact avec les services de renseignement israéliens depuis 2012.
Le premier contact du Mossad avec ces personnes s’effectue par l’intermédiaire d’une société écran. Par la suite, une rencontre directe avec les services israéliens a lieu dans un pays européen. Dans un premier temps, le Mossad confie aux deux agents des missions mineures afin de les tester.
Les premières cibles concernent des Palestiniens du monde arabe.
Après l’exécution réussie de ces missions initiales, le Mossad élève le niveau. En 2016, le duo commence à s’impliquer dans le commerce de pièces de drones. Les premiers échantillons sont fournis directement par les services israéliens. L’un des contacts mentionnés dans ce contexte,
Mohamed Zouari
, sera assassiné la même année lors
d’une opération attribuée au Mossad.

Des agents israéliens également identifiés


Cet épisode marque un tournant dans la relation entre le Mossad et cette cellule. Pourquoi ? Parce que l’un des agents est soumis à un test au détecteur de mensonges dans un pays asiatique. Cette étape constitue un signal clair : des missions d’envergure sont envisagées.
Le Mossad cherche à s’assurer de la loyauté des deux citoyens turcs. Le test est franchi avec succès.
S’ensuivent alors de nombreux contacts. Le MIT identifie plusieurs agents israéliens ayant rencontré les suspects en Europe. Des téléphones cryptés leur sont fournis. Les paiements sont effectués en espèces. À ce stade, la nature des informations transmises change.
Les renseignements concernant les Palestiniens laissent place à des données collectées en Türkiye
: cartes SIM provenant de Türkiye et du Liban, modems et routeurs internet, mots de passe, numéros de série et informations de fabrication.

Sociétés écrans en Asie pour des objectifs opérationnels


Une fois ces missions accomplies, le Mossad décide de passer à un niveau supérieur. Mais avant cela, un nouveau test de loyauté est exigé. En 2024, la cellule est de nouveau soumise à un détecteur de mensonges dans un hôtel d’un pays européen. Le test est concluant.

C’est alors que débute la phase la plus sensible de l’opération. En janvier 2026, dans un autre pays européen, le Mossad donne l’instruction de créer des sociétés écrans à l’étranger afin d’infiltrer les chaînes d’approvisionnement internationales.

Le plan est précis. La cellule doit entrer en contact avec trois entreprises situées dans des pays asiatiques. La première se charge de fournir les produits demandés et d’en modifier l’emballage, voire le contenu. La deuxième stocke ces marchandises. La troisième assure leur expédition vers des entreprises désignées par le Mossad. Ce dispositif permettrait aux services israéliens de s’insérer discrètement dans les circuits du commerce international en brouillant toute traçabilité.

C’est à ce stade que le MIT décide d’intervenir. Face à cette ultime manœuvre, les services turcs déclenchent l’opération et démantèlent la cellule.

Une surveillance de 14 ans


Les conséquences de cette opération sont multiples.


Premièrement
, les informations révélées montrent que le MIT disposait d’un accès détaillé aux rencontres organisées par le Mossad en Europe et en Asie. Cela indique que les capacités du renseignement turc dépassent désormais largement le cadre régional. La Türkiye apparaît engagée dans une transformation de son appareil sécuritaire vers une structure de renseignement à dimension globale.
Deuxièmement
, cette affaire s’inscrit dans une temporalité exceptionnelle. Près de quatorze années de suivi continu, qualifié de Monitum Faaliyeti, c’est-à-dire une surveillance systématique et prolongée d’individus ou de structures.
De telles cellules ne se constituent pas du jour au lendemain et sont difficiles à détecter.
Les réseaux du MIT, en Türkiye comme à l’étranger, sont conçus de manière à capter progressivement ces activités. Lorsque la cellule atteint un stade opérationnel avancé, l’intervention est déclenchée. Cette opération illustre les résultats d’une patience stratégique de long terme.

Les précédents libanais et les risques à venir


Un autre élément mérite d’être rappelé. Israël avait déjà recouru à des sociétés écrans lors de l’attaque menée au Liban contre le Hezbollah à l’aide de dispositifs de communication piégés. Il avait alors été révélé qu’une société écran établie en Hongrie avait servi à tromper une entreprise taïwanaise, Gold Apollo, afin d’introduire des appareils modifiés dans les circuits commerciaux. Là encore, les sociétés écrans constituaient le cœur du dispositif.

Enfin, le contexte régional ne peut être ignoré.
Les développements récents montrent qu’Israël perçoit la Türkiye comme l’un des principaux acteurs régionaux susceptibles de contrarier ses intérêts stratégiques.
Les discours officiels tendent à présenter Ankara comme un adversaire. Dans ce cadre, une question demeure centrale : quelle était la cible finale de cette infiltration logistique ? La Türkiye ? Quels produits devaient être modifiés ? Et dans quel but ?
Par cette opération, le MIT a sans doute neutralisé une initiative majeure que les services israéliens préparaient pour les années à venir. Mais la menace est-elle écartée pour autant ?
La réponse est claire : non.
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