Comme un premier succès, comme un premier piège : le langage de la victoire, la réalité de la défaite pour les États-Unis et Israël

10:016/04/2026, Pazartesi
MAJ: 6/04/2026, Pazartesi
Yasin Aktay

La guerre lancée par l’alliance américano-sioniste contre l’Iran est entrée dans sa sixième semaine. Au terme de ces six semaines, ce qui apparaît du point de vue du camp attaquant n’est pas une progression, mais une mise à nu : cette guerre n’a pas de stratégie, elle n’est qu’un enlisement. La maison gagne toujours, mais cette fois la maison n’est pas Trump Ni Trump ni Netanyahu n’ont encore totalement perdu l’espoir d’obtenir des résultats majeurs à court terme. Ils ressemblent à ces joueurs qui,

La guerre lancée par l’alliance américano-sioniste contre l’Iran est entrée dans sa sixième semaine. Au terme de ces six semaines, ce qui apparaît du point de vue du camp attaquant n’est pas une progression, mais une mise à nu : cette guerre n’a pas de stratégie, elle n’est qu’un enlisement.


La maison gagne toujours, mais cette fois la maison n’est pas Trump


Ni Trump ni Netanyahu n’ont encore totalement perdu l’espoir d’obtenir des résultats majeurs à court terme. Ils ressemblent à ces joueurs qui, après avoir gagné une première main et s’être laissés griser, continuent de jouer pour retrouver cette chance initiale alors même qu’ils perdent toutes les suivantes. Trump, qui a longtemps exploité des casinos à Las Vegas et s’est toujours conditionné à gagner en tant que
"propriétaire de la maison"
, doit cette fois se sentir comme un jouet entre les mains d’une autre banque.

Son discours du matin du 2 avril aurait pu constituer un moment de décision. C’était en tout cas l’attente générale.
Mais l’euphorie d’une victoire précoce, ressentie au début de la guerre, s’est révélée être son plus grand piège.
En répétant
"peut-être cette fois"
, il refuse obstinément de reculer. Cela n’a pas fonctionné. Et au lieu de cela, son discours s’est transformé en un texte édifiant montrant comment un dirigeant parle lorsqu’il est pris entre la guerre et la politique. Les phrases affirmant que la victoire est
"proche"
cohabitent avec les hésitations d’une volonté contrainte de poursuivre le conflit. Ce n’est pas une contradiction, c’est une désagrégation.

Le véritable ennemi de Trump n’est pas l’Iran, mais la politique intérieure américaine


Car aujourd’hui, la réalité à laquelle Trump est confronté ne se situe pas sur le front, mais à l’intérieur. Son véritable adversaire n’est pas l’Iran, mais la politique intérieure et la société américaine.


La contestation qui monte au sein de la société américaine est devenue la dynamique la plus déterminante de cette guerre. La colère qui déborde dans les rues, le soutien politique qui s’effrite, la loyauté qui se fissure même au sein de sa propre base… Tout cela indique qu’une guerre est en train d’être perdue, non pas militairement, mais politiquement. Le coût du conflit ne se limite plus à la politique étrangère : il se fait sentir dans la vie quotidienne.
L’économie, l’ordre social, le sentiment de sécurité, tout s’érode simultanément.

Une guerre est perdue non pas sur le champ de bataille, mais au moment où la société cesse de lui donner un sens. Lorsque Alija Izetbegović affirmait que l’on perd une guerre
"au moment où l’on devient semblable à l’ennemi"
, il désignait, sous un autre angle, cette perte de sens.

Cependant, expliquer ce tableau uniquement par les pressions internes serait insuffisant. Un problème plus profond apparaît : une rupture entre l’acteur de la guerre et celui qui en porte la responsabilité.


Il devient de plus en plus évident que cette guerre ne se déroule pas selon des calculs rationnels de Washington, mais sous la pression d’un autre agenda politique, déjà évoqué ici. Dès lors, Trump n’a pas deux options, mais une seule impasse. S’il recule, il s’effondrera politiquement ; s’il continue, il ne fera que retarder cet effondrement.


La situation qui en résulte correspond à un paradoxe classique du pouvoir : il y a la force de poursuivre la guerre, mais pas la liberté de l’arrêter.

Sur le plan global, cet enfermement se traduit par l’isolement


Les tensions apparues entre l’Amérique et l’Europe ne relèvent pas d’un simple différend diplomatique, mais d’une crise de l’ordre. Une alliance maintenue pendant des années par le discours des
"valeurs communes"
commence à se fissurer dès sa première véritable épreuve, révélant la fragilité de ces valeurs.

Le ton condescendant et méprisant adopté par Trump à l’égard de ses alliés ne détériore pas seulement les relations, il érode également la légitimité de l’ordre que l’Amérique elle-même a construit.
Le silence européen, quant à lui, n’est pas une résistance, mais une forme d’acceptation.

Ce qui émerge n’est pas un monde multipolaire, mais un monde qui a perdu son centre.


Sur le plan militaire, le tableau est similaire :
l’écart entre les succès tactiques revendiqués et les résultats stratégiques ne cesse de se creuser.

Un régime que l’on disait fragile se renforce sous l’attaque


À ce stade, ce ne sont plus seulement les analyses extérieures qui parlent, mais les aveux venus de l’intérieur même de la guerre.


Ehud Barak le dit clairement : cette guerre a échoué et échouera.
Car il n’y a pas de plan, seulement une illusion fondée sur la force. Ses propos expriment la réalité la plus nue du terrain : une guerre bâtie sur des souhaits ne produit pas de résultats. Un régime vieux de 2 500 ans, soutenu par des millions de fidèles nourris d’une culture du martyre issue du chiisme, ne peut être renversé par des bombes. Les attentes d’un effondrement imposé de l’extérieur produisent souvent l’effet inverse à l’intérieur. Et c’est exactement ce qui s’est produit. Un régime qui semblait prêt à s’effondrer
"au moindre choc extérieur"
s’est au contraire durci sous l’effet de la guerre.

Plus important encore, le vide pointé par Barak n’est pas seulement militaire, il est politique : il n’y a pas d’objectif politique, pas de voie diplomatique, pas de plan de sortie. Il n’y a qu’un mouvement qui se poursuit, sans direction clairement définie.


Vouloir être Athènes sans être Sparte


Interrogé sur une sortie de guerre, et sur la possibilité d’un retrait unilatéral à l’image de celui du Liban en 2000, Barak formule une critique sans détour :


"Les zones de sécurité à Gaza, en Syrie et au Liban ne fonctionnent pas, tout cela est absurde. La défense avancée est certes importante, mais elle doit impérativement s’accompagner d’une démarche politique. Or celle-ci fait défaut sur tous les fronts. Nous avons manqué une opportunité de dialogue avec le Liban via l’Arabie saoudite et la France. Il existait aussi une possibilité de négociation politique avec la Syrie, mais elle a été manquée. Benjamin Netanyahu sabote tous les accords et initiatives politiques."

Sa formule,
"on ne peut pas être Sparte sans être aussi Athènes"
, constitue peut-être la critique la plus profonde de cette guerre. Un ordre fondé uniquement sur la puissance militaire n’est pas durable. Si la guerre n’a pas de dimension politique, son efficacité militaire reste limitée. C’est là, sans doute, la faiblesse de tous les pouvoirs qui se croient absolus. Et cette faiblesse, dans le cas de l’alliance américano-sioniste, ouvre une perspective d’espoir pour les peuples opprimés qui subissent ses injustices.
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