RDC : Le "mille-feuille" diplomatique face à la crise sécuritaire dans l'Est

La rédaction avec
17:3422/01/2026, الخميس
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Le président Trump se joint au président Kagame du Rwanda et au président Tshisekedi de la République démocratique du Congo pour la signature des accords de Washington, un accord de paix majeur, à l'Institut Donald J. Trump pour la paix à Washington, DC, le 4 décembre 2026.
Crédit Photo : @WhiteHouse / X
Le président Trump se joint au président Kagame du Rwanda et au président Tshisekedi de la République démocratique du Congo pour la signature des accords de Washington, un accord de paix majeur, à l'Institut Donald J. Trump pour la paix à Washington, DC, le 4 décembre 2026.

La crise dans l'Est de la RDC continue de mettre à l'épreuve les efforts internationaux en début de l'année 2026.​​​​​​​ Alors que les États-Unis ont intensifié leur médiation, un fossé persiste entre les engagements diplomatiques signés et la réalité opérationnelle sur le terrain.

Chronologie du Conflit

La situation dans les Grands Lacs demeure particulièrement fragile, en raison de l’intensification rapide du conflit en 2025, période durant laquelle les efforts diplomatiques ont été dépassés par l’évolution du terrain militaire.
Si la période 2021-2024 avait déjà marqué, selon l'ONU, le retour en force du Mouvement du 23-Mars (M23) et la conquête de larges zones du Nord-Kivu, le début de l'année 2025 a vu le mouvement M23 gagner en épaisseur stratégique en prenant le contrôle, entre janvier et février, des villes clés de Goma et Bukavu.
Face à cette détérioration, le calendrier diplomatique s'est intensifié pour tenter d'instaurer un cadre de stabilisation. Après une signature préliminaire à Washington le 27 juin instaurant un cessez-le-feu théorique, suivie le 15 novembre à Doha d'un "
Cadre pour un accord de paix global"
incluant le gouvernement congolais et le M23, le processus a atteint son point d'orgue le 4 décembre 2025. À cette date, sous l'égide de Donald Trump, les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont ratifié solennellement l'Accord de Washington.

Pourtant, cette séquence politique a été immédiatement percutée par la réalité du terrain. À peine six jours après, l'Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) ont pris le contrôle d’Uvira le 10 décembre, une ville stratégique du Sud-Kivu donnant accès à des zones aurifères.

Le 17 décembre, l’AFC/M23 a déclaré s’être retiré unilatéralement de la ville, affirmant avoir répondu à une requête de la médiation américaine, une version formellement contestée par Kinshasa. Les dirigeants régionaux ont appelé au déploiement d’une force neutre pour en vérifier l’effectivité.
Mi-janvier, l’AFC/M23 a officialisé son désengagement dans une lettre adressée au Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Le mouvement, qui confirme se conformer à sa décision de retrait du 15 décembre 2025, déclare placer la ville d’Uvira
"sous responsabilité internationale"
. Par la voix de Corneille Nangaa, le groupe exhorte la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) à protéger les civils, alertant sur la menace que représentent, selon lui, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et l'armée burundaise dans la zone.

Une diplomatie à deux vitesses

La résolution du conflit dans l'Est du Congo ne suit plus une ligne droite. C'est devenu un labyrinthe diplomatique complexe, où de nombreux acteurs interviennent, chacun suivant son propre agenda constituant un "mille-feuille" diplomatique.

  • La négociation inter-Étatique, Processus de Luanda & Washington :

Au sein d'un processus de paix multidimensionnel, cette phase se distingue en isolant la dimension strictement interétatique du conflit. Contrairement aux volets traitant des groupes armés locaux, ce processus piloté par l'Angola et supervisé par l'administration Trump se focalise exclusivement sur le face-à-face entre la RDC et le Rwanda. Il vise à normaliser les relations entre Kinshasa et Kigali en échangeant la neutralisation des FDLR (exigence rwandaise) contre le retrait des troupes rwandaises du sol congolais.

  • La négociation entre Kinshasa et le M23, Processus de Doha :

Pour contourner le refus initial de Kinshasa de négocier avec le M23 qualifié de « terroriste », un canal parallèle a été ouvert au Qatar. Ce processus, facilité par le Président togolais Faure Gnassingbé mandaté par l’Union Africaine, a visé à traiter les revendications politiques et l’intégration de AFC/M23.

L'Angola relance la piste du dialogue national

Après des tentatives de médiation entre 2021 et 2023, l’Angola cherche à reprendre une place centrale dans la gestion de la crise congolaise.

En ce début d’année, le président congolais Félix Tshisekedi a intensifié ses échanges diplomatiques à Luanda avec son homologue angolais Joao Lourenco, dans un contexte marqué par l’urgence de trouver une issue à la crise politique et sécuritaire persistante dans l’est de la RDC.

En l’espace d’une semaine, les deux chefs d’État se sont rencontrés à deux reprises, les 4 et 8 janvier, à l’initiative du président angolais, également président en exercice de l’Union africaine. Ces contacts rapprochés traduisent une volonté de relancer les efforts de médiation et d’éviter l’enlisement des initiatives diplomatiques précédentes.

Selon des sources officielles, plusieurs pistes ont été évoquées, dont celle d’un dialogue national inclusif, présenté comme un mécanisme de désescalade susceptible de favoriser une sortie durable de crise.
Après des démarches menées dans d’autres capitales aux résultats jugés limités, Luanda s’impose désormais comme un nouveau centre de gravité diplomatique, renforcé par le rôle régional et continental de Joao Lourenco.

Cette orientation suscite toutefois des réserves. Des acteurs de la société civile congolaise estiment que les accords antérieurs entre Kinshasa et Kigali ont montré leurs limites et mettent en garde contre un dialogue perçu comme inadapté dans un contexte de conflit toujours actif. Luanda attend désormais la position définitive de Félix Tshisekedi sur cette option.

Sur le plan international, le soutien à l’idée d’un dialogue s’élargit. Après les Églises catholique et protestante, ainsi que plusieurs figures de l’opposition, la France et la Belgique ont publiquement plaidé en faveur d’un dialogue national inclusif. Paris y voit un levier de concorde politique et d’unité nationale, en complément des processus diplomatiques en cours.

À Davos, en marge du Forum économique mondial, le roi Philippe de Belgique s’est également entretenu avec le président congolais sur la situation sécuritaire et politique du pays. Bruxelles continue d’encourager l’ouverture d’un dialogue, jugé essentiel pour s’attaquer aux causes profondes de la crise congolaise.

Absente jusqu’ici des résolutions concrètes, l’union africaine à travers son médiateur désigné Faure Gnassingbé, président du Togo a placé tous les processus en cours au bas de l’échelle, se faisant patron de toutes les médiations en cours.

Situation sur le Terrain : doutes et crise humanitaire

La situation opérationnelle reste toutefois extrêmement volatile, tranchant avec l'optimisme des salons diplomatiques. Selon l'ONU, la reprise des combats a provoqué le déplacement de plus de 200 000 personnes dans le Sud-Kivu entre le 2 et le 12 décembre, soulignant la fragilité immédiate du cessez-le-feu.

Sous une pression diplomatique des États-Unis, le M23 a annoncé son retrait. Cependant, selon plusieurs sources locales et sécuritaires, des colonnes de combattants ne se dirigeraient pas vers le Rwanda pour se démobiliser, mais se repositionneraient vers le nord, sur l’axe Uvira-Kamanyola.

Si Bertrand Bisimwa, cadre politique du M23, présente ce mouvement comme un
"gage de bonne volonté"
, Kinshasa redoute une manœuvre tactique. La méfiance est totale : le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a publiquement évoqué des risques de "militaires déguisés en civils" et s'est inquiété de l'existence potentielle de fosses communes laissées par le M23.

Sur le terrain, des sources locales affirment que ce vide sécuritaire plonge la population dans l'angoisse. Joint par Anadolu, l'abbé Albert Mutwale décrit la crainte d'une "zone sans maître" livrée au pillage avant le retour effectif des Forces Armées de la RDC (FARDC). Face à ce flou, les dirigeants régionaux appellent désormais au déploiement d'une force neutre pour vérifier la réalité de ce retrait controversé.


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