France: un code de bonne conduite pour musulmans?

La rédaction
10:1324/02/2026, mardi
Yeni Şafak

La publication du guide "Musulmans en Occident" par le recteur de la Grande Mosquée de Paris a déclenché une polémique nationale. En cause : la pertinence d’un code de bonne conduite spécifique aux musulmans et la participation de personnalités controversées à sa rédaction. Le débat interroge la conception de la laïcité, le traitement médiatique de l’islam et la place des musulmans dans la société française. Entre volonté d’apaisement et accusations de stigmatisation, la controverse dépasse largement le cadre du livre.

Le 10 février, le recteur de la Grande Mosquée de Paris a publié un ouvrage intitulé "Musulmans en Occident", présenté comme un guide de bonne conduite destiné aux musulmans vivant en France et plus largement en Occident. L’initiative, rapidement relayée par plusieurs médias nationaux, a déclenché une vive polémique.


Au cœur des critiques: la légitimité même d’un "code" spécifique aux musulmans et la composition des personnalités associées au projet.


Dès l’annonce de la publication, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer ce qu’elles perçoivent comme une démarche problématique. Pour ses défenseurs, il s’agirait d’un travail pédagogique visant à clarifier la compatibilité entre pratique religieuse et cadre républicain. Pour ses détracteurs, le principe même d’un tel guide pose question.


Un "code" qui interroge sur le fond


Pourquoi proposer un code de bonne conduite destiné uniquement aux musulmans de France ?


La question revient de manière récurrente dans le débat public. En France, aucune autre confession religieuse ne fait l’objet d’un tel encadrement symbolique. Ni les catholiques, ni les protestants, ni les juifs ne se voient proposer un guide destiné à définir leur manière d’être citoyens.


Pour certains observateurs, l’existence même de ce guide véhicule un message implicite : celui d’une communauté perçue comme devant justifier son intégration. Or, les musulmans sont présents en France depuis plusieurs générations et participent pleinement à la vie économique, sociale et culturelle du pays.


Le débat renvoie également à la conception française de la laïcité. Juridiquement, la laïcité repose sur la neutralité de l’État et la liberté de conscience. Elle n’implique pas l’effacement des croyances dans l’espace privé ni l’abandon des pratiques religieuses autorisées par la loi.


Pour les critiques du guide, parler de "bonne conduite" revient à suggérer qu’une partie des citoyens serait en situation d’évaluation permanente.


Une rédaction controversée et un traitement médiatique clivant


La controverse s’est accentuée lorsque la liste des personnalités sollicitées pour participer à la réflexion a été rendue publique.


Abdallah Zekri, président de l’Observatoire national de lutte contre l’islamophobie, a exprimé sa stupéfaction en découvrant certains noms. Parmi eux figurent Louis Alliot, figure du Rassemblement National, Philippe Val, qui s’est publiquement revendiqué islamophobe, et Richard Malka, connu pour ses positions très critiques à l’égard du texte coranique.


Pour les opposants au projet, la participation de ces personnalités est perçue comme contradictoire avec l’objectif affiché du guide. Comment élaborer un document destiné aux musulmans avec des contributeurs considérés comme hostiles à l’islam ?


La polémique s’est également déplacée sur le terrain médiatique. La chaîne CNews a consacré un article au sujet en mettant en avant des thèmes régulièrement associés aux controverses: le voile, l’abaya, le halal ou encore l’expression "Allahu Akbar".


Ces sujets, bien que médiatiquement récurrents, ne font pas l’objet d’interdictions générales en droit français. Le traitement de ces thèmes contribue, selon certains analystes, à entretenir une focalisation sur des marqueurs religieux plutôt que sur des enjeux juridiques précis.


Par ailleurs, le recteur de la Grande Mosquée de Paris s’est déjà retrouvé au centre de débats publics. Il a notamment entretenu des relations étroites avec le grand rabbin Haim Korsia, qui a soutenu publiquement les actions de l’armée israélienne à Gaza. Il a également déclaré par le passé que
"le voile ne devrait pas exister en France"
, une position qui a suscité des réactions au sein d’une partie des fidèles.

Ces éléments nourrissent une fracture plus large dans le débat public français. D’un côté, ceux qui estiment qu’un dialogue institutionnel est nécessaire pour apaiser les tensions. De l’autre, ceux qui considèrent que multiplier les injonctions spécifiques aux musulmans alimente un sentiment de stigmatisation.


Au-delà des prises de position individuelles, la polémique autour de ce guide révèle une interrogation persistante : la place de l’islam dans la société française est-elle encore pensée comme une question à résoudre ?


Le débat reste ouvert et dépasse largement la seule publication d’un ouvrage.


A lire également:




#france
#musulmans en france
#grande mosquée de paris
#laïcité
#islam en france
#code de bonne conduite
#polémique religieuse
#intégration
#stigmatisation
#abdallah zekri
#louis alliot
#philippe val
#richard malka
#rassemblement national
#islamophobie
#cnews
#traitement médiatique
#voile
#haim korsia
#débat public
#liberté de conscience
#communauté musulmane