
Depuis le 3 janvier, la Guinée équatoriale a officiellement transféré sa capitale de Malabo à Ciudad de la Paz. Ce choix stratégique marque un tournant politique, territorial et symbolique pour un État d’Afrique centrale confronté aux défis de la gouvernance, de l’aménagement du territoire et de la diversification économique.
Un changement de capitale aux implications historiques
Depuis le 3 janvier, la Guinée équatoriale a officiellement changé de capitale. Ciudad de la Paz remplace Malabo, située sur l’île de Bioko, mettant fin à plusieurs décennies d’un système politique et administratif centré sur un espace insulaire éloigné du continent.
Ce transfert constitue un tournant historique pour ce pays d’Afrique centrale, dont la géographie fragmentée a longtemps influencé l’organisation du pouvoir et la répartition des services publics. Il s’agit d’une décision à forte portée symbolique, mais également stratégique, visant à repenser l’équilibre territorial de l’État.
Ancienne colonie espagnole devenue indépendante en 1968, la Guinée équatoriale a hérité d’une organisation institutionnelle largement concentrée sur l’île de Bioko. Malabo, capitale politique et administrative, est longtemps restée le centre névralgique du pays, alors même que la majorité de la population vit sur le continent.
Cette centralisation a contribué à accentuer les déséquilibres territoriaux, en marginalisant les régions continentales, notamment la province de Djibloho, en matière d’infrastructures, de services publics et d’opportunités économiques.
Le pétrole, moteur économique et facteur de transformation
La trajectoire du pays bascule profondément dans les années 1990 avec la découverte et l’exploitation du pétrole. Les hydrocarbures transforment radicalement l’économie nationale, propulsant la Guinée équatoriale parmi les pays au PIB par habitant les plus élevés d’Afrique.
Cependant, cette croissance rapide s’accompagne de fortes inégalités sociales et d’une dépendance structurelle à la rente pétrolière. Dans ce contexte, les autorités cherchent à inscrire le développement du pays dans une logique plus durable et plus équilibrée sur le plan territorial.
C’est dans ce cadre qu’émerge Ciudad de la Paz, située au cœur du territoire continental, dans la province de Djibloho. Anciennement appelée Oyala, la ville a été conçue comme une capitale moderne et fonctionnelle, dotée d’infrastructures administratives, institutionnelles et sociales de grande envergure.
Le projet comprend notamment des bâtiments ministériels, un palais présidentiel, une université, un hôpital, ainsi qu’une proximité stratégique avec l’aéroport international de Mengomeyén. L’ambition affichée est de créer un centre politique capable de structurer le développement du territoire continental.
Un projet politique porté par le pouvoir en place
La construction de la nouvelle capitale a été lancée en 2008 par le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au pouvoir depuis près d’un demi-siècle. Ciudad de la Paz est appelée à accueillir, à terme, environ 200 000 habitants et à concentrer l’ensemble des institutions gouvernementales.
L’objectif officiel est multiple : désengorger Malabo, rapprocher l’État des citoyens, améliorer la couverture territoriale des services publics et renforcer l’unité nationale à travers un recentrage continental du pouvoir.
Malgré des infrastructures modernes et des investissements importants, le défi de Ciudad de la Paz reste immense. Le transfert effectif de l’administration, l’occupation réelle de la ville par la population et la création d’une dynamique économique autonome constituent des enjeux majeurs.
Par ailleurs, la diversification de l’économie au-delà du pétrole demeure une priorité stratégique. Sans une base économique productive et inclusive, la nouvelle capitale risque de rester un centre administratif déconnecté des réalités sociales du pays.
Une capitale entre ambition nationale et contradictions
Ciudad de la Paz incarne à la fois les ambitions de modernisation de la Guinée équatoriale et les contradictions d’un modèle de développement encore largement dépendant des ressources extractives. Elle symbolise la volonté de rééquilibrer le territoire et de redéfinir l’architecture de l’État, tout en révélant les limites structurelles d’un projet étatique porté par le haut.
Au-delà de son inauguration officielle, l’avenir de Ciudad de la Paz dépendra de sa capacité à devenir un espace vivant, fonctionnel et intégré, au service d’un développement durable et inclusif pour l’ensemble de la population équato-guinéenne.









