Visite historique du pape en Türkiye: ce qu'il faut retenir

David Bizet
10:0928/11/2025, vendredi
Yeni Şafak
Le président turc Recep Tayyip Erdogan accueille le pape Léon XIV lors d'une cérémonie officielle au complexe présidentiel d’Ankara, en Türkiye, le 27 novembre 2025.
Crédit Photo : MUSTAFA KAMACI / Présidence turque
Le président turc Recep Tayyip Erdogan accueille le pape Léon XIV lors d'une cérémonie officielle au complexe présidentiel d’Ankara, en Türkiye, le 27 novembre 2025.

Le pape Léon XIV a entamé son premier voyage apostolique en Türkiye, une visite marquée par la célébration des 1700 ans du concile de Nicée à Iznik. Le pontife a rencontré le président Erdoğan à Ankara, appelant la Türkiye à jouer un rôle stabilisateur dans un contexte mondial tendu. Cette visite historique revêt une dimension œcuménique majeure et souligne le dialogue interreligieux entre chrétiens et musulmans. Les deux dirigeants ont abordé la question palestinienne et Gaza, exprimant leur volonté de collaborer pour la paix.

Un événement sans précédent à Iznik


Pour la première fois de l'histoire, un pape participe à une célébration à Iznik, ancienne Nicée, où se tint le premier concile œcuménique en 325, qui réunit environ 300 évêques de l'Empire romain. Ce rassemblement fondateur établit le Credo de Nicée et définit la nature de Jésus-Christ, posant les jalons de la foi chrétienne telle qu’elle est encore professée aujourd’hui.


La visite à Iznik coïncide avec le 1700e anniversaire de ce concile, qui constitue la motivation principale du voyage de Léon XIV en Türkiye. L’événement réunit catholiques et orthodoxes dans une démarche œcuménique inédite, avec la participation du patriarche de Constantinople Bartholomée Ier, figure majeure de l’orthodoxie.


Léon XIV devient donc le premier pape catholique à participer à une messe à Iznik.
Un évènement sans précédent rendu possible par le président turc Recep Tayyip Erdogan et sa politique d'ouverture. L'Histoire avec un grand H retiendra que c'est celui qui est qualifié
"d'islamiste"
par ses détracteurs occidentaux qui a permis cela.

La Türkiye avait auparavant accueilli plusieurs papes: Paul VI en 1967, Jean-Paul II en 1979, Benoît XVI en 2006 et François en 2014.


Un accueil protocolaire de chef d’État


Ironiquement et paradoxalement, ce ne sont pas les groupes qualifiés
"d'islamistes"
par l'Occident qui ont été les plus opposés à la venue du pape à Iznik, mais l'opposition laïque et kémaliste. Dans ses critiques virulentes sur les réseaux sociaux, celle-ci arguait que Mustafa Kemal, fondateur de la République de Türkiye, avait refusé la venue du pape à Iznik un siècle plus tôt et que le président Erdogan opérait donc une rupture, voire une soumission envers l'un des chefs de la chrétienté.

Outre le fait qu'aucune mention d'un quelconque refus de Mustafa Kemal d'accueillir le pape Iznik n'est à signaler, il est ironique que ce soit l'opposition la plus christianisante, celle qui met des sapins et des illuminations de Noël dans les rues des villes où elle est au pouvoir, qui a repris à son compte les codes culturels de la chrétienté au nom du modernisme et qui crie à la laïcité quand on le lui rappelle, celle là même qui se vante de voir des père Noël dans les centre commerciaux d'Anatolie, se faire la défenseuse de la Türkiye musulmane triomphante de la chrétienté.


Cette même opposition qui déroulé le tapis rouge à l'occidentalisation et la christianisation des mœurs s'indignait soudainement que le tapis bleu du palais présidentiel soit foulé par le souverain pontife.


Contrairement à leurs allégations,
le pape Léon XIV a été accueilli par le président Erdoğan avec tous les égards dus aux chefs d’État
. En tant que chef de l'Etat du Vatican, il bénéficie du protocole appliqué aux dirigeants de nations souveraines reconnues par la Türkiye. Vingt et un coups de canon ont retenti lors de la cérémonie d’accueil au palais présidentiel d’Ankara, tandis que les hymnes du Vatican et de la Türkiye étaient joués.

Cette réception officielle démontre le respect mutuel entre les deux États et invalide les interprétations erronées. Le Vatican maintient sa souveraineté, tandis que la Türkiye affirme son rôle de pont entre Orient et Occident.


Rôle de la Türkiye d'Erdogan salué par le pape Léon XIV


La rencontre entre les deux dirigeants a été l'occasion d'un discours à la bibliothèque du complexe présidentiel. Dans son discours d'ouverture, la souverain pontife a mis en garde contre les conflits mondiaux alimentés par des stratégies de pouvoir militaire, évoquant une troisième guerre mondiale menée par morceaux. Il a valorisé le pluralisme religieux turc, soulignant que ce pays fait office de pont entre Orient et Occident et que l'uniformité constituerait un appauvrissement.


De son côté, Erdogan a qualifié cette visite de
pas important dans un contexte d'instabilité régionale
croissante. Le président turc a salué la position du Vatican sur la question palestinienne et insisté sur la nécessité de
renforcer le cessez-le-feu à Gaza
. Le président Erdogan n'a pas manqué de rappeler que
le gouvernement israélien vise des zones civiles, y compris des églises et des mosquées
, citant l’église de la Sainte-Famille à Gaza.

Le pape a réaffirmé son soutien à la solution à deux États basée sur les frontières de 1967, tout en positionnant la Türkiye comme médiateur régional incontournable, notamment entre la Russie et l'Ukraine. Pour rappel, la Türkiye maintient ses liens avec la Russie tout en soutenant l’Ukraine, et participe avec l’Europe aux négociations pilotées par les États-Unis.


Notons que le pape a également salué l’accueil par la Türkiye de plus de 2,5 millions de réfugiés, majoritairement syriens.


Ainsi, le pape a exhorté Ankara à accentuer son rôle de médiateur dans un monde en crise, déclarant que
la Türkiye doit être une source de stabilité et de rapprochement
.

Le président Erdogan a déclaré que la Türkiye, où 99 % des citoyens sont musulmans, encourage le respect de toutes les confessions, y compris les communautés chrétiennes, et ne permet aucune discrimination envers ses citoyens. Cette déclaration répond aux accusations récurrentes de persécution des minorités religieuses.


Musulmans et chrétiens, unis face aux défis mondiaux ?


Alors que certains discours occidentaux opposent islam et christianisme, cette visite démontre le potentiel d’une collaboration fructueuse. Erdogan a déclaré que les messages délivrés depuis la Türkiye lors de la visite du pape toucheront les mondes turco-islamique et chrétien, ravivant l’espoir de paix mondiale.


Il a dénoncé l’intolérance, la division et la haine alimentées par l’islamophobie et la xénophobie croissantes en Occident. Cette convergence de vues entre le Vatican et Ankara sur les enjeux humanitaires illustre le potentiel d’une coopération interreligieuse au-delà des clivages politiques.


Le voyage du pape, centré sur le dialogue interreligieux, peut être l’occasion d'un rapprochement des communautés de croyants sur ces questions. Une démarche alternative aux rhétoriques identitaires dominantes en Occident.


D'ailleurs, aucun média de la droite identitaire qui a fait de la chrétienté de l'Europe son fonds de commerce n'a salué cette visite du pape. Aucun de ces chrétiens politiques n'a eu un mot pour cette rencontre.


La prise de position de ces éléments perturbateurs, chrétiens uniquement lorsqu'il faut s'en prendre aux minorités musulmane, interroge.


Le Croissant et la Croix


À l’heure où Israël multiplie les initiatives pour rallier les communautés chrétiennes au projet sioniste, la politique menée par Erdogan suit une trajectoire inverse. Ankara insiste sur un dialogue fondé sur la justice, la mémoire historique et la défense des peuples opprimés, refusant toute instrumentalisation religieuse à des fins géopolitiques.


Là où Tel-Aviv tente de créer un front politico-religieux en s’appuyant sur certains réseaux évangéliques occidentaux, le président turc met en avant un rapprochement sincère entre musulmans et chrétiens, fondé sur la paix, la solidarité et la préservation du patrimoine spirituel commun.


Cette stratégie vise à replacer la coopération interreligieuse dans un cadre éthique, loin des agendas identitaires qui dominent aujourd’hui une partie du débat public.


Le message central de cette visite réside peut-être dans cette idée : face aux guerres, injustices et divisions, musulmans et chrétiens peuvent choisir l’unité plutôt que l’affrontement, pour œuvrer ensemble à la résolution des crises mondiales.


A lire également:




#turquie
#erdogan
#pape léon xiv
#chrétien
#palestine
#musulman
#gaza
#conflits mondiaux
#église orthodoxe
#médiation turque
#concile de nicée 325
#vatican
#téhéran
#paix mondiale
#unité religieuse
#cessez-le-feu
#réfugiés syriens
#tensions internationales
#église catholique
#histoire chrétienne
#témoignage religieux