L’armure est percée : oui, tu es Israël !

11:1215/04/2026, mercredi
Ersin Çelik

L’hebdomadaire italien L’Espresso, une publication enracinée fondée en 1955, fait partie de la mémoire écrite de l’Europe façonnée après la Seconde Guerre mondiale. À l’époque où la presse imprimée était particulièrement puissante, dans les années 1980 et 1990, il a joué un rôle majeur dans la révélation de grands scandales de corruption en Italie. Malgré la baisse de ses tirages avec la numérisation, il reste aujourd’hui l’un des hebdomadaires politiques influents en Europe. Depuis quelques jours,

L’hebdomadaire italien L’Espresso, une publication enracinée fondée en 1955, fait partie de la mémoire écrite de l’Europe façonnée après la Seconde Guerre mondiale. À l’époque où la presse imprimée était particulièrement puissante, dans les années 1980 et 1990, il a joué un rôle majeur dans la révélation de grands scandales de corruption en Italie. Malgré la baisse de ses tirages avec la numérisation, il reste aujourd’hui l’un des hebdomadaires politiques influents en Europe.


Depuis quelques jours, L’Espresso est également au cœur de l’actualité en Türkiye. En réalité, son dernier numéro a provoqué un écho à l’échelle mondiale. Sa couverture circule massivement sur les réseaux sociaux. Et pour cause : par le choix de sa photographie comme par la force de son analyse, le magazine a fait preuve d’un courage rare en exposant l’occupation israélienne en Cisjordanie.


Le titre de une, un seul mot, “L’ABUSO”, traduit en français par “L'ABUS”, a été accompagné d’une image si frappante que les milieux sionistes et certaines organisations juives ont été contraints d’affirmer, à tort, qu’il s’agissait d’une création générée par intelligence artificielle visant à ternir l’image d’Israël. Face aux accusations d’antisémitisme, le magazine a même publié la vidéo de cette scène.

Sur cette photographie, on distingue un soldat israélien, arme longue suspendue à la taille, le doigt sur la détente. Debout, entièrement équipé, portant un gilet de combat chargé de chargeurs, il filme la scène avec son téléphone portable. Mais ce qui rend cette image publique et saisissante tient à d’autres détails. Il porte une kippa et des papillotes, conformément à la tradition des juifs orthodoxes. Par son apparence, il incarne une religiosité assumée, mais son expression faciale, son sourire laissant apparaître ses dents et son regard chargé de haine captent immédiatement l’attention. Par son attitude et ses gestes, il semble dire :
“Je suis Israël”.

Face à lui, une femme palestinienne voilée. Civile, sans défense, sous la menace d’une arme et d’un regard hostile, son expression figée, saisie de profil, reflète une tension extrême. La scène se déroule dans une oliveraie de Cisjordanie, sur des terres palestiniennes occupées maison par maison.


Une révélation venue du cœur de l’Occident


Dans son analyse, L’Espresso souligne que le nettoyage ethnique entamé à Gaza s’inscrit dans un projet d’occupation globale visant l’ensemble des Palestiniens, voire s’étendant jusqu’au Liban. Le sous-titre de la une est sans ambiguïté :
“Annexion de la Cisjordanie, coopération entre soldats et colons. Gaza détruite. Avancée au Liban. Frontières violées en Syrie. Guerre avec l’Iran. Nettoyage ethnique et massacres. La droite sioniste façonne ainsi le Grand Israël.”

À l’intérieur, le magazine va plus loin avec un titre explicite :
“Le Grand Israël s’est construit sur le massacre de civils”.
Cette formule résonne comme un aveu et une mise à nu d’un réveil occidental longtemps contenu. Le dossier, signé par le journaliste italien Daniele Mastrogiacomo, spécialiste des questions internationales, s’étend sur quinze pages. Il met en lumière une réalité largement connue en Occident, mais souvent tue ou ignorée.

L’analyse se distingue par sa profondeur. Gaza n’y est pas seulement présentée comme une ville victime d’un génocide, mais comme un
“laboratoire accéléré”
d’un projet plus vaste. Depuis le 7 octobre, Israël tente de légitimer, au nom de la sécurité, une politique d’expansion territoriale, de transformation démographique et d’expulsion des Palestiniens de leurs terres.

En Cisjordanie, la violence coloniale et la protection militaire se mêlent dans un système structuré : raids de villages, destructions de maisons, appropriation des ressources en eau, vol de bétail, ciblage des femmes et des enfants. Autant d’étapes d’un mécanisme de pression systématique visant à rendre la vie impossible aux Palestiniens.


Le basculement du langage occidental


Le dossier insiste également sur le fait que l’argument israélien de la libération des otages et de la destruction du Hamas constitue un
“camouflage”
. Pendant que Gaza est dévastée, les colons civils, sous la protection de l’armée, étendent leur présence en Cisjordanie. De nouvelles occupations émergent au sud du Liban, tandis que les territoires saisis en Syrie continuent de s’étendre. L’hebdomadaire italien ne voit pas là une succession de crises isolées, mais les manifestations d’une stratégie cohérente d’expansion territoriale.

La couverture et le dossier de L’Espresso incarnent ainsi un tournant dans la perception mondiale d’Israël. Une fracture de plus en plus visible dans les médias européens et américains. Ce qui était hier qualifié de “conflit” est désormais désigné comme
“annexion”
,
“nettoyage ethnique”
et
“massacre”
. Le récit change, et avec lui, la perception.

Que cela change-t-il concrètement ?


Cela ne suffira pas à arrêter immédiatement Israël. Mais l’armure d’intouchabilité construite par les sionistes dans les sociétés occidentales se fissure chaque jour davantage. Les images autrefois ignorées deviennent aujourd’hui des preuves accablantes pour l’humanité. Le fait que le monde cesse de décrire la réalité en Palestine à travers les concepts imposés par l’industrie mémorielle de l’Holocauste accentuera la panique du camp sioniste.


L’arrogance, le sentiment de supériorité et l’ivresse du pouvoir entraîneront des erreurs répétées. Une colère sociale irréversible continuera de croître. Plus encore, les juifs antisionistes se trouvent à un tournant historique et pourraient entrer en rupture avec leur État et leurs coreligionnaires.


Le dernier numéro de L’Espresso suggère également que l’émergence d’une
“alliance de l’humanité”,
capable de s’opposer au désastre entraîné par Israël sioniste et l’Amérique évangélique, commence à prendre forme. Dans ce contexte, la nouvelle flottille Sumud, partie récemment de Barcelone avec 41 navires et appelée à s’élargir dans les ports méditerranéens, pourrait devenir la plus grande mission civile mondiale, portée par un vent de plus en plus hostile à Israël en Occident.

Enfin, il n’est pas exclu que, dans un avenir proche, la femme palestinienne représentée sur cette photographie en vienne à incarner, aux yeux du monde, l’ensemble de l’humanité confrontée à ces regards chargés de haine.

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