Nouvelles alliances géopolitiques régionales et solidarité institutionnelle

10:266/01/2026, mardi
MAJ: 6/01/2026, mardi
İhsan Aktaş

Le système international, depuis la fin de la Guerre froide, évolue vers une structure de plus en plus incertaine avec la dissolution progressive de l’ordre libéral que l’on avait tenté de bâtir. Aujourd’hui, la politique mondiale ne se façonne plus autour de valeurs et de règles communes, mais bien à travers les équilibres de puissance, la dissuasion et les capacités de contrainte. Ce contexte affaiblit les acteurs traditionnellement porteurs de stabilité et favorise au contraire ceux qui produisent

Le système international, depuis la fin de la Guerre froide, évolue vers une structure de plus en plus incertaine avec la dissolution progressive de l’ordre libéral que l’on avait tenté de bâtir.


Aujourd’hui, la politique mondiale ne se façonne plus autour de valeurs et de règles communes, mais bien à travers les équilibres de puissance, la dissuasion et les capacités de contrainte.
Ce contexte affaiblit les acteurs traditionnellement porteurs de stabilité et favorise au contraire ceux qui produisent des crises, suspendent le droit et légitiment l’usage de la force. Nous sommes face à un environnement de crise globale à plusieurs niveaux.

La situation actuelle rappelle, à bien des égards, la géopolitique fragile de la période précédant la Première Guerre mondiale. Il y a environ cinq ans, j’avais abordé ce thème avec un responsable politique français, et son analyse était particulièrement éclairante pour comprendre notre époque. Je lui ai demandé comment les États réagissaient à ce retour vers un monde comparable à celui d’avant 1914.


Il m’a répondu :


"En réalité, tous les États sont engagés dans une recherche fébrile d’alliances. Chacun tente de trouver des partenaires pour se protéger face aux risques possibles. Et dans cette quête, l’Union européenne se trouve dans la position la plus impuissante. Vous pouvez jeter un enfant à la mer, il essaiera de nager pour se sauver. Mais si vous attachez vingt enfants ensemble et que vous les jetez à l’eau, chacun fera couler l’autre et ils se noieront tous. Les États-Unis ont placé l’Union européenne exactement dans cette situation."

Cette métaphore résume parfaitement l’état actuel de l’Union européenne : une entité dépourvue d’autonomie stratégique, fragmentée et dont la capacité de décision s’avère très limitée en temps de crise. Les règles et les valeurs partagées ne suffisent plus à produire une politique extérieure unifiée. Lorsque l’on voit une communauté dirigée à tour de rôle par des États petits et sans grande expérience, comme l’administration chypriote grecque, on mesure l’ampleur de sa faiblesse structurelle.


Un nouvel axe régional face au chaos mondial


Le contexte de crise n’est pas seulement lié aux insuffisances institutionnelles. Les pratiques ouvertement illégales d’Israël à Gaza, assimilables à un véritable processus de génocide, démontrent que le droit international est aujourd’hui suspendu de fait. Certains se demandaient si cette illégalité resterait limitée à la Palestine. Mais l’enlèvement du président du Venezuela depuis sa propre chambre à coucher pour être conduit aux États-Unis a montré que la souveraineté des États et leur immunité ne sont plus réellement garanties.


Cet événement a créé un climat d’insécurité profonde, en particulier pour les pays de petite et moyenne taille.

Il est aussi apparu clairement que la Chine ne pouvait pas s’imposer comme une puissance hégémonique capable d’équilibrer globalement les États-Unis. L’opération menée au Venezuela prouve que Washington conserve une capacité militaire et politique inégalée et qu’il peut recourir à la force sans ressentir le besoin de rechercher une quelconque légitimité internationale.


Dans cet environnement de chaos global, la position géopolitique de la Türkiye prend une importance particulière.

La Türkiye se situe au croisement des régions les plus fragiles du monde : Balkans, Caucase, Méditerranée orientale, Moyen-Orient et Afrique. Au cours des quinze dernières années, elle a bâti une solide résilience stratégique grâce à des investissements majeurs dans la défense, les infrastructures, la capacité militaire et la diplomatie. Cette dynamique a transformé la Türkiye en un acteur qui ne subit plus seulement les crises, mais les gère et établit de nouveaux équilibres.


La solidarité des États face aux menaces communes


Durant la guerre civile syrienne, la Türkiye avait affronté de fortes pressions venues des États-Unis, ce qui avait provoqué des tensions diplomatiques sérieuses. Pourtant, son rôle stabilisateur lors de la guerre du Karabagh, son soutien au gouvernement légitime en Libye, sa détermination affirmée en Méditerranée orientale et ses actions concrètes sur le terrain syrien ont montré qu’Ankara avait surmonté cet encerclement et retrouvé une position centrale.


Le génocide lancé à Gaza a accéléré une normalisation visible des relations entre la Türkiye et l’Égypte. Après la crise Khashoggi, les liens entre la Türkiye et l’Arabie saoudite ont également connu une amélioration graduelle. Pour les États dotés d’une véritable tradition institutionnelle, les crises temporaires n’entraînent pas une rupture définitive.
Au contraire, les menaces communes obligent à un rapprochement.

Les politiques expansionnistes d’Israël, la reconnaissance du Somaliland, la guerre civile au Soudan, l’équilibre précaire en Libye et l’attitude agressive des Émirats arabes unis portant atteinte aux intérêts saoudiens au Yémen poussent la Türkiye, l’Égypte et l’Arabie saoudite à se retrouver sur un même terrain stratégique.


Un rapprochement entre ces trois pays pourrait produire un nouvel axe d’équilibre capable de favoriser la stabilité régionale.
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