
Le système international, depuis la fin de la Guerre froide, évolue vers une structure de plus en plus incertaine avec la dissolution progressive de l’ordre libéral que l’on avait tenté de bâtir.
La situation actuelle rappelle, à bien des égards, la géopolitique fragile de la période précédant la Première Guerre mondiale. Il y a environ cinq ans, j’avais abordé ce thème avec un responsable politique français, et son analyse était particulièrement éclairante pour comprendre notre époque. Je lui ai demandé comment les États réagissaient à ce retour vers un monde comparable à celui d’avant 1914.
Il m’a répondu :
Cette métaphore résume parfaitement l’état actuel de l’Union européenne : une entité dépourvue d’autonomie stratégique, fragmentée et dont la capacité de décision s’avère très limitée en temps de crise. Les règles et les valeurs partagées ne suffisent plus à produire une politique extérieure unifiée. Lorsque l’on voit une communauté dirigée à tour de rôle par des États petits et sans grande expérience, comme l’administration chypriote grecque, on mesure l’ampleur de sa faiblesse structurelle.
Le contexte de crise n’est pas seulement lié aux insuffisances institutionnelles. Les pratiques ouvertement illégales d’Israël à Gaza, assimilables à un véritable processus de génocide, démontrent que le droit international est aujourd’hui suspendu de fait. Certains se demandaient si cette illégalité resterait limitée à la Palestine. Mais l’enlèvement du président du Venezuela depuis sa propre chambre à coucher pour être conduit aux États-Unis a montré que la souveraineté des États et leur immunité ne sont plus réellement garanties.
Il est aussi apparu clairement que la Chine ne pouvait pas s’imposer comme une puissance hégémonique capable d’équilibrer globalement les États-Unis. L’opération menée au Venezuela prouve que Washington conserve une capacité militaire et politique inégalée et qu’il peut recourir à la force sans ressentir le besoin de rechercher une quelconque légitimité internationale.
La Türkiye se situe au croisement des régions les plus fragiles du monde : Balkans, Caucase, Méditerranée orientale, Moyen-Orient et Afrique. Au cours des quinze dernières années, elle a bâti une solide résilience stratégique grâce à des investissements majeurs dans la défense, les infrastructures, la capacité militaire et la diplomatie. Cette dynamique a transformé la Türkiye en un acteur qui ne subit plus seulement les crises, mais les gère et établit de nouveaux équilibres.
Durant la guerre civile syrienne, la Türkiye avait affronté de fortes pressions venues des États-Unis, ce qui avait provoqué des tensions diplomatiques sérieuses. Pourtant, son rôle stabilisateur lors de la guerre du Karabagh, son soutien au gouvernement légitime en Libye, sa détermination affirmée en Méditerranée orientale et ses actions concrètes sur le terrain syrien ont montré qu’Ankara avait surmonté cet encerclement et retrouvé une position centrale.
Les politiques expansionnistes d’Israël, la reconnaissance du Somaliland, la guerre civile au Soudan, l’équilibre précaire en Libye et l’attitude agressive des Émirats arabes unis portant atteinte aux intérêts saoudiens au Yémen poussent la Türkiye, l’Égypte et l’Arabie saoudite à se retrouver sur un même terrain stratégique.
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