
Le procès de François Burgat, poursuivi pour apologie du terrorisme, relaxé et cité de nouveau en appel par les associations pro-israéliennes, n’est pas un procès isolé.
C’est un test : celui de notre capacité à nommer un génocide pendant qu’il a lieu.
Dans cet ouvrage, il évoque notamment les élections législatives palestiniennes de 2006, remportées par le Hamas. Ces élections avaient été reconnues comme globalement libres par les observateurs internationaux, y compris européens. Elles avaient placé les acteurs internationaux face à une contradiction : traiter comme interlocuteur politique un mouvement par ailleurs qualifié de terroriste.
Ce qui est poursuivi aujourd’hui, ce n’est pas une incitation, ni un appel, ni un soutien opérationnel. C’est l’écriture d’un fait historique, et la possibilité de le replacer dans une analyse politique.
Il n’y a donc aucune exagération à parler d’une tentative d’effacement de l’histoire.
Cette tentative concerne une population aujourd’hui soumise à un massacre de masse, accompagnée de l’exécution extrajudiciaire de ses dirigeants politiques et d’assassinats ciblés de celles et ceux qui peuvent témoigner : journalistes, travailleurs humanitaires, soignants.
Il commence pendant.
Il existe alors dans sa forme la plus brute, parce que ceux qui commettent le crime disposent du pouvoir nécessaire pour en contrôler le récit.
Aujourd’hui, nous voyons se dérouler ce qui se passe à Gaza en direct, sur nos écrans. Les images circulent, fragmentées, répétées, disséquées.
Un génocide sans mots devient un flux d’images sans mémoire.
Ce qui compte, pour les auteurs de crimes de masse et leurs alliés, ce ne sont pas seulement les actes. Ce sont les traces.
Ce qui ne peut pas être nommé ne peut pas être transmis.
Si la condamnation intervient, ce ne sont pas seulement des textes qui disparaîtront. Ce sont des sujets de recherche que l’on évitera, des articles que l’on ne publiera pas, des travaux que l’on n’entreprendra pas.
Et ce processus est déjà à l’œuvre. Depuis le début du génocide à Gaza, des journalistes, des chercheurs, des étudiants ont été criminalisés ou, plus discrètement, écartés de leur poste parce qu’ils avaient osé décrire les faits.
C’est aussi, sur les lieux mêmes où se déroule le crime, l’assassinat et la traque de tous ceux qui peuvent témoigner.
Le processus négationniste ne commence pas par les chercheurs.
Il commence par celles et ceux qui sont perçus comme proches des victimes, par leur origine, leur religion ou leur position politique, et qui prennent la parole.
Des imams ayant dénoncé la situation à Gaza ont fait l’objet de pressions et de tentatives de fermeture de lieux de culte. Des militants ont été dissuadés, surveillés, perquisitionnés, poursuivis.
Ce n’est qu’ensuite que vient le tour des chercheurs.
Victor Klemperer, linguiste juif persécuté par le régime nazi, écrivait dans son journal des années génocidaires, de manière répétée, cette phrase :
Il parlait de l’extermination des Juifs d’Europe.
Cette formule décrit avec précision le fonctionnement du négationnisme en temps réel. L’information circule, mais elle est neutralisée. Elle est visible, mais elle ne devient pas un savoir.
Mais si les mots sont interdits, si les analyses sont disqualifiées, si les voix sont criminalisées, alors ce savoir reste fragmenté, isolé, inopérant.
Pour certains, militants, chercheurs, observateurs engagés, il est encore possible de nommer ce qui se passe.
Le rôle de chercheurs comme François Burgat est précisément de donner des outils de lecture.
Les regards se tournent donc vers d’autres sources d’information : chercheurs, journalistes indépendants, productions académiques.
Le procès de François Burgat s’inscrit dans une dynamique plus large : étendre le champ du délit d’apologie du terrorisme et restreindre les possibilités d’analyse, notamment lorsqu’elles mobilisent des comparaisons historiques.
Or, interdire la comparaison, c’est empêcher la compréhension. Ce procès ne porte pas seulement sur un homme.
Si la réponse devient négative, alors ce n’est pas seulement une parole qui est condamnée.
C’est la possibilité même de produire une mémoire fidèle des faits.
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