
Le Togo a supprimé les visas pour tous les ressortissants africains pour des séjours de 30 jours maximum. Cette décision relance le débat sur la libre circulation en Afrique et les limites actuelles de l’intégration continentale. Malgré les initiatives similaires du Rwanda, du Ghana ou du Kenya, les restrictions migratoires restent importantes sur le continent. L’article revient sur les enjeux politiques, économiques et historiques liés à la mobilité africaine, ainsi que sur le rôle de la ZLECAF dans la construction d’un espace africain intégré.
Le Togo a officiellement supprimé les visas pour tous les ressortissants africains souhaitant entrer sur son territoire pour un séjour de courte durée. Depuis le 18 mai, les citoyens africains titulaires d’un passeport valide peuvent désormais séjourner jusqu’à 30 jours au Togo sans obligation de visa préalable.
Cette mesure, annoncée par les autorités togolaises, s’inscrit dans une dynamique de facilitation de la mobilité africaine déjà engagée par plusieurs États du continent ces dernières années. Elle relance également un débat ancien mais toujours sensible : celui de la libre circulation en Afrique et des limites de l’intégration continentale.
Le Rwanda figure parmi les premiers pays africains à avoir adopté une politique d’ouverture totale envers les ressortissants du continent. Le Ghana, le Bénin, la Gambie, le Kenya, les Seychelles ou encore le Burundi ont également pris des mesures visant à alléger ou supprimer les restrictions de visa pour les Africains.
Malgré ces avancées, voyager en Afrique demeure encore complexe pour de nombreux citoyens africains. Dans plusieurs régions du continent, les procédures administratives restent longues, coûteuses ou restrictives. Certains voyageurs doivent encore obtenir des visas difficiles à délivrer, même pour se rendre dans des pays voisins.
Cette situation contraste avec les discours politiques portés depuis plusieurs décennies autour du panafricanisme et de l’intégration africaine. L’idée d’une Afrique plus connectée, économiquement intégrée et ouverte à ses propres populations occupe une place centrale dans plusieurs projets continentaux.
Une intégration africaine encore fragmentée
La question de la libre circulation est étroitement liée aux ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine, plus connue sous le nom de ZLECAF. Lancée officiellement en 2021 sous l’égide de l’Union africaine, cette initiative vise à créer le plus vaste marché commun du monde en nombre de pays participants.
Au-delà des échanges commerciaux, plusieurs observateurs estiment que la ZLECAF devait également encourager une circulation plus fluide des personnes, des compétences et des investissements à travers le continent.
Pourtant, les politiques migratoires africaines restent encore largement définies au niveau national. Chaque État avance selon ses propres priorités sécuritaires, économiques ou diplomatiques. Cette approche fragmentée ralentit la mise en place d’un espace continental réellement intégré.
Dans certaines régions, les préoccupations liées à la sécurité, au terrorisme, aux trafics transfrontaliers ou à l’immigration clandestine continuent d’alimenter les réticences des gouvernements à ouvrir totalement leurs frontières.
D’autres analystes rappellent également que les frontières africaines actuelles restent largement héritées de la colonisation. Tracées sans prendre en compte les réalités ethniques, culturelles ou historiques des populations locales, elles continuent aujourd’hui encore de structurer les politiques migratoires du continent.
Pour plusieurs défenseurs du panafricanisme, la libre circulation représente pourtant un élément central de la souveraineté africaine et de la construction d’une identité continentale commune.
Le Togo envoie un signal politique fort
Avec cette décision, le Togo cherche également à renforcer son attractivité économique et régionale. Situé en Afrique de l’Ouest, le pays ambitionne de consolider sa position de plateforme commerciale et logistique dans la sous-région.
Cette mesure pourrait aussi favoriser les échanges universitaires, culturels, touristiques et entrepreneuriaux entre les populations africaines.
Plusieurs organisations panafricaines et acteurs de la société civile ont salué cette initiative, y voyant un signal positif dans un contexte où les débats sur la souveraineté africaine, la mobilité et l’intégration régionale prennent une importance croissante.
Toutefois, la suppression des visas par certains États africains ne suffit pas, selon plusieurs experts, à construire une véritable libre circulation continentale. Ils soulignent la nécessité d’une harmonisation plus large des politiques migratoires africaines ainsi qu’une application concrète des accords continentaux déjà existants.
La question reste donc entière: l’Afrique est-elle réellement prête à dépasser les frontières héritées de son histoire pour construire un espace continental ouvert et intégré ?









