Le "modèle militaire turc" va se diffuser en Afrique

09:0926/05/2026, mardi
MAJ: 26/05/2026, mardi
Yahya Bostan

Cela fait un mois que nous avons publié cet article fondé sur des informations de coulisses, dans lequel nous écrivions que les États-Unis et l’Iran étaient presque parvenus à un accord, et que 80 % du projet était déjà constitué ("Les détails fuités du projet d’accord États-Unis-Iran", 21 avril). Durant cette période, nous avons été témoins de la tentative américaine, soldée par un échec, de briser le blocage dans le détroit d’Ormuz ("Projet Liberté"). Téhéran, voyant que Trump n’avait plus la

Cela fait un mois que nous avons publié cet article fondé sur des informations de coulisses, dans lequel nous écrivions que les États-Unis et l’Iran étaient presque parvenus à un accord, et que 80 % du projet était déjà constitué
("Les détails fuités du projet d’accord États-Unis-Iran", 21 avril).
Durant cette période, nous avons été témoins de la tentative américaine, soldée par un échec, de briser le blocage dans le détroit d’Ormuz
("Projet Liberté").
Téhéran, voyant que Trump n’avait plus la force de quitter la table, a également reculé par rapport à ce projet. Il a dit:
"Ouvrons d’abord le détroit d’Ormuz, nous regarderons ensuite le nucléaire."
Pendant ce temps, des sources sécuritaires avaient constaté que l’Iran se préparait à une éventuelle attaque américaine. Entre les États-Unis et l’Iran, les scénarios d’une paix définitive, d’une crise gelée ou d’un approfondissement de la guerre étaient sur la table.

Trump tente de transformer la crise en opportunité


Mais au point où nous en sommes, les options d’une paix définitive ou d’une crise gelée se détachent. La raison n’en est pas les déclarations positives venues du président américain Trump. Elle tient au fait que Trump a rencontré, par téléconférence, plusieurs dirigeants, dont le président Erdoğan, pour discuter de la crise. J’analyse cette réunion sous deux angles.

Premièrement
, Trump cherche à lever les réserves du Golfe concernant le détroit d’Ormuz et d’autres dossiers. Il veut aussi obtenir le soutien des dirigeants régionaux en faveur de l’accord.
Deuxièmement
, et c’est plus important… Il tente de transformer la crise en opportunité. Quelle était la perspective de Trump avant la guerre? Mettre en place une architecture dans laquelle la sécurité d’Israël serait garantie, où un équilibre de puissance serait établi entre Israël, la Türkiye et l’Arabie saoudite, et où la normalisation arabo-israélienne serait placée au centre… Réduire ainsi sa présence au Moyen-Orient. Il veut que la crise iranienne serve cet objectif principal. Après la réunion, Trump a réitéré sa demande concernant les
"Accords d’Abraham".
En ajoutant:
"Qui sait, peut-être que l’Iran voudra aussi y participer!"

Les Accords d’Abraham sont un projet mort-né. Du moins tant que Netanyahu restera au pouvoir, ou tant que la crise de Gaza ne sera pas résolue, il sera difficile d’observer une avancée sur ce dossier.
D’autant que… Le Golfe n’est plus un bloc monolithique. Le duo Arabie saoudite-Émirats arabes unis s’est retrouvé militairement face à face au Yémen. Les Émirats arabes unis se sont retirés de l’OPEP. Le fait que Netanyahu ait annoncé s’être rendu secrètement aux Émirats arabes unis dans les premiers jours de la guerre, et qu’il l’ait fait au moment même où des avions égyptiens étaient déployés aux Émirats, visait à couler du béton sur une éventuelle détente entre le Golfe et les Émirats.
Tel-Aviv ne veut pas que les Émirats sortent des limites qu’il a lui-même tracées.
Car même si la crise iranienne prend fin, les initiatives déstabilisatrices d’Israël se poursuivront dans différentes régions.

La tension se déplace de l’Iran vers l’Afrique


Dans ce cadre, l’Afrique est hautement stratégique. L’un des pays où Israël, avec le soutien des Émirats arabes unis, attise les troubles est la Somalie. Israël a reconnu le Somaliland comme État indépendant. Son objectif est de diviser la Somalie et de créer, dans la Corne de l’Afrique, un État satellite qui lui serait lié. La décision du Somaliland d’ouvrir une ambassade à Jérusalem, ainsi que la réaction ferme de 18 pays de la région, dont la Türkiye, l’Égypte et l’Arabie saoudite, résument cette ligne de fracture.
Lorsque l’on considère l’importance stratégique de la Somalie pour la Türkiye, avec les investissements réalisés depuis quinze ans pour la stabilité du pays, les activités énergétiques, le projet de base spatiale, etc., on comprend aussi pourquoi Ankara a envoyé dans ce pays des avions F-16, des hélicoptères Atak et des véhicules blindés.

Le deuxième pays où les Émirats arabes unis sont directement impliqués, et Israël indirectement, est le Soudan. Comme on le sait, le pays lutte contre les Forces de soutien rapide (FSR). Les Émirats arabes unis fournissent directement des armes aux FSR. Et ils ne s’en tiennent pas là. Depuis une base militaire qu’ils ont établie sur le territoire éthiopien, ils mènent des attaques contre le Soudan. Un développement survenu ces dernières semaines a amené le Soudan au bord de la guerre avec l’Éthiopie. Des drones émiratis, qui avaient décollé d’Éthiopie, ont frappé l’aéroport international de Khartoum. Le Soudan a averti qu’il pourrait riposter militairement. L’Éthiopie est un pays qui entretient de bonnes relations avec la Türkiye. Mais elle navigue en eaux dangereuses. Elle avait auparavant signé un accord portuaire avec le Somaliland, et l’Éthiopie et la Somalie avaient été réunies à Ankara. Le président Erdoğan s’était rendu dans ce pays en février et avait adressé des avertissements amicaux.


La crise n’a pas évolué vers une confrontation militaire entre les deux pays. Mais des développements capables de changer la donne ont eu lieu sur le terrain. Les drones Bayraktar Akıncı dont dispose le Soudan ont commencé à abattre, avec des missiles air-air Eren, les drones émiratis qui menaient les attaques, des appareils bimoteurs d’origine chinoise selon les images. C’est une première dans l’histoire de la guerre. C’est un développement immense.

Lorsque la crise iranienne commencera à s’apaiser, nous verrons Israël et les Émirats arabes unis orienter davantage leur énergie
"déstabilisatrice"
vers l’Afrique. Ils accéléreront leurs efforts pour diviser les pays et créer des États satellites. Cette réalité porte en elle la possibilité de détruire les pays dans lesquels la Türkiye a investi institutionnellement pendant des années, développé des relations amicales, et d’y approfondir les troubles. Alors, que va-t-il se passer? Le
"modèle turc"
, que l’on peut résumer par la formation militaire, la construction de capacités institutionnelles militaires, ainsi que le transfert de technologie et d’expérience, a joué un rôle important dans le développement de l’armée somalienne. Nous avons appris du ministre de la Défense nationale, Güler, que "
quelques autres pays demandent exactement le même modèle que celui que nous avons appliqué en Somalie. Nous évaluons ces demandes."
Je ne sais pas quels sont les pays en question, mais il est clair que le Soudan a besoin en priorité d’un tel soutien.
#Somalie
#Somaliland
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#détroit d’Ormuz