
L’OTAN, partie dissimulée de la guerre Ukraine-Russie qui dure depuis des années, mais que l’on veut aussi entraîner vers le Pacifique, comment poursuivra-t-elle sa vie dans le nouvel ordre, sous quel format, ou la poursuivra-t-elle seulement ?
Les problèmes de l’alliance sont nombreux, mais la question principale est de savoir comment l’Europe maintiendra l’OTAN, ou quelle forme elle voudra lui donner, dans un contexte où les États-Unis partent ou réduisent leur présence — et ceux qui suivront le sommet chercheront d’abord la réponse à cette question…
En Europe et au sein de l’UE, les initiatives visant à créer rapidement, avec de très grands investissements, une nouvelle "architecture de sécurité" sont devenues tangibles. Pour l’instant, cela n’exclut pas l’OTAN. Mais on en parle. Cela se manifeste surtout dans les investissements dans l’industrie de défense et dans les démarches de l’UE pour englober sa périphérie…
Nous observons un processus concentré en particulier sur l’Europe de l’Est, les Balkans et le volet britannique, mené par Paris, Londres et Berlin. Et ce même processus désigne la Russie comme motivation et menace fondamentales…
Ces pas sont-ils également faits en direction de la Türkiye ? Malheureusement. Alors que les initiatives facilitant l’adhésion pleine et entière de certains pays à l’UE sont réorganisées, la Türkiye est une nouvelle fois tenue à distance…
D’un côté, la Türkiye soutient le renforcement de l’existence et de la puissance de l’OTAN ; de l’autre, elle cherche à devenir partie prenante des initiatives de sécurité européennes. Comme ces deux architectures de sécurité ne sont pas encore complètes, on peut dire qu’elles sont incomplètes, pas définitives ni fiables, et qu’elles ne répondent pas non plus à l’ordre auquel nous étions habitués…
C’est pourquoi, même si ce n’est pas à la même échelle, nous nous tournons vers des regroupements capables de prendre en compte certains de nos intérêts stratégiques : agir, voire prendre l’initiative, avec des pays comme le Pakistan, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte, etc., dans ce qui commence à se dessiner au Moyen-Orient ; développer rapidement l’Organisation des États turciques en y ajoutant des volets de sécurité et de renseignement ; rendre active et efficace notre influence héritée de l’histoire dans les Balkans ; former un autre ensemble dans le bassin caspien avec l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Géorgie. Et, si possible, synchroniser tout cela…
Par ailleurs, nous établissons des relations particulières avec les acteurs critiques des alliances. Par exemple avec le Royaume-Uni, par exemple avec l’Arabie saoudite. Et, dans le même temps, nous nous évertuons à maintenir la région en paix…
Tout cela relève d’un élargissement de rôle, de position et d’espace : d’un côté, nous essayons d’attirer sur nous les parapluies de sécurité ; de l’autre, nous promettons de la sécurité à chacun d’eux…
La situation de l’OTAN et de l’UE est claire, et nous l’avons écrite. L’Organisation des États turciques continue de porter de grands espoirs, mais les attentes différentes des pays membres ralentissent le processus. Ces pays possèdent aussi, du fait de leur histoire commune avec la Russie, des liens contraignants dont l’effet se poursuit encore aujourd’hui. Comme les États-Unis et l’Occident veulent aussi prendre place ici, une concurrence dure crée de l’instabilité. Ils prennent aussi, de temps à autre, des décisions qui attristent la Türkiye. Comme à Chypre du Sud, ou dans les relations avec Israël…
Les pays du Moyen-Orient et du Golfe sont encore dans la guerre. Leur sécurité, qu’ils avaient liée aux États-Unis, est désormais contestée. Ils veulent diversifier leurs économies, mais les conditions ne le permettent pas non plus. Ils ne semblent pas non plus certains de pouvoir porter le poids d’une alliance régionale, autant que des tiraillements d’Israël et des États-Unis…
Dans les Balkans et en Europe de l’Est, la rivalité entre l’Europe centrale et la Russie se fait sentir. Leur désir de devenir membres de l’UE les rend aveugles au risque que cela puisse aussi les transformer en zone tampon.
Voilà précisément les morceaux et les fractures que la Türkiye essaie de recoller.
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