
Que la guerre se termine pendant que vous lisez ces lignes ou qu’elle dure encore des mois, elle produira des conséquences qui, elles, ne changeront pas…
Si l’on demande de résumer simplement l’objectif géopolitique de cette guerre, la réponse est la Chine. Son équivalent éco-politique, à savoir la reconstruction de l’ordre monétaire mondial, doit être cohérent avec cette logique géopolitique. Dans ces deux domaines, une concurrence dure se joue dans notre région…
Depuis environ 55 ans, l’ordre du Moyen-Orient, en particulier celui des pays du Golfe, influence directement l’ordre mondial. Le choc provoqué par la guerre contre l’Iran semble devoir dépasser toutes les crises que la région a connues jusqu’à présent…
Les sommes en jeu, proportionnelles au niveau de sécurité garanti, dépassent largement ce que l’on peut imaginer. Ces masses de dollars sont ensuite réinvesties dans les actifs américains, les fonds, les instruments financiers, ainsi que dans des armes d’origine occidentale.
La guerre contre l’Iran a profondément fragilisé ce système. Les attaques menées par Téhéran contre les pays du Golfe, que Donald Trump lui-même disait ne pas avoir anticipées, ont provoqué un choc durable, alimentant peur et défiance.
Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Oman, Bahreïn, Koweït, et dans une certaine mesure l’Irak, subissent désormais des pertes économiques significatives. Les marchés énergétiques ont été les premiers touchés, mais les conséquences se sont étendues à l’ensemble des secteurs, des investissements au tourisme.
Le véritable choc concerne la croyance dans la protection américaine. Un précédent avait déjà eu lieu lors d’une attaque israélienne contre le Qatar, rapidement contenue par Washington. Mais aujourd’hui, c’est l’ensemble du Golfe qui est exposé, révélant les limites du bouclier américain.
Cette désillusion pousse les pays de la région à revoir leurs équilibres. La valeur des garanties de sécurité américaines est désormais ouvertement questionnée.
Bien avant la guerre contre l’Iran, et même avant la pandémie de Covid, des initiatives visant à construire un monde sans dollar prenaient déjà forme. Sous l’impulsion de la Russie et de la Chine, plusieurs pays avancent dans cette direction, certains effectuant déjà leurs échanges dans d’autres devises.
Le processus était lent, mais les conséquences de la crise iranienne lui donnent désormais une ampleur significative, renforçant la pression sur le dollar.
Des alternatives au système SWIFT (réseau international de messagerie bancaire) commencent également à émerger et sont déjà utilisées par certains pays.
Aujourd’hui, l’Arabie saoudite vend quatre fois plus de pétrole à la Chine qu’aux États-Unis. Les flux énergétiques mondiaux se réorientent clairement vers l’Asie.
Car une hypothèse se renforce : le système pourrait ne pas tenir.
Du point de vue de la Türkiye, ce nouvel ordre mondial ouvre autant de risques que d’opportunités. Les réflexions des pays du Golfe sur l’avenir de leur énergie et de leurs capitaux pourraient inclure la Türkiye.
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