Les bases américaines protègent-elles le Golfe ou en font-elles une cible ?

16:207/03/2026, samedi
Yasin Aktay

Nous sommes au huitième jour de l’attaque sioniste contre l’Iran. Quelle que soit l’opinion que l’on adopte, la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël en tuant 168 petites filles ne peut en aucun cas être considérée comme légitime. Rappeler sans cesse, au moment même de cette agression sioniste, la politique ouvertement confessionnelle menée par l’Iran en Syrie, en Irak, au Yémen et au Liban — une politique qui ne peut bien sûr pas être justifiée — n’a guère de sens. Les États-Unis et Israël

Nous sommes au huitième jour de l’attaque sioniste contre l’Iran. Quelle que soit l’opinion que l’on adopte, la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël en tuant 168 petites filles ne peut en aucun cas être considérée comme légitime.

Rappeler sans cesse, au moment même de cette agression sioniste, la politique ouvertement confessionnelle menée par l’Iran en Syrie, en Irak, au Yémen et au Liban — une politique qui ne peut bien sûr pas être justifiée — n’a guère de sens. Les États-Unis et Israël n’attaquent pas aujourd’hui l’Iran pour lui demander des comptes pour les crimes qu’il aurait commis dans ces quatre pays.

D’ailleurs, lorsque l’Iran faisait couler le sang des musulmans en Syrie, les États-Unis ne s’en sont jamais véritablement préoccupés. Quant à Israël, il a manifesté un haut degré de satisfaction face à cette situation et l’a clairement montré en lançant une série d’attaques contre la Syrie précisément au moment où Assad est tombé et où Ahmed al-Charaa lui a succédé.

168 PETITES FILLES : POUR LE SALUT DE QUI ET AU NOM DE QUOI ?

Ce type de comptes devra évidemment être réglé dans un autre cadre et dans un autre contexte. L’objectif des États-Unis ou d’Israël n’a jamais été d’empêcher les injustices au sein du monde musulman ni de mettre fin au sang versé entre musulmans. Cela n’a jamais été leur préoccupation.

Les États-Unis ont toujours tenté de légitimer leurs guerres d’occupation au nom de la démocratie, des droits humains et, surtout, des droits des femmes. En Afghanistan, ils ont utilisé la question de la scolarisation des petites filles et d’innombrables drames humains pour vendre au monde entier leur intervention à travers les médias.

Pourtant, le scandale Epstein a révélé comment des milliers de petites filles, parfois d’âge primaire, ont été victimes d’une perversion sordide.

Aujourd’hui, ce même pays qui prétend depuis des années protéger le monde — en réalité uniquement Israël — contre l’arme nucléaire iranienne, commence son intervention en tuant 168 petites filles. Que montre un tel acte ? Savons-nous au nom de quelle cause, ou de quelle déviation théologique, ces 168 enfants ont été sacrifiés par une puissance mondiale dont chaque action semble porter d’un côté une perversion sexuelle et de l’autre une dérive théologique ?

UNE AGRESSIVITÉ NÉE D’UNE PERVERSION SEXUELLE ET THÉOLOGIQUE

Dans l’attaque menée aujourd’hui contre l’Iran par cette puissance mondiale marquée par la perversion et la déviance théologique, il n’existe évidemment aucun élément qui puisse être considéré comme légitime.

En réalité, l’objectif de ces attaques est la possibilité que l’Iran constitue une menace pour Israël. Et aujourd’hui, cette possibilité est pratiquement le seul élément qui, dans le monde musulman, joue encore en faveur de l’Iran.

Car aujourd’hui, la plus grande menace pour le monde — et pas seulement pour le monde islamique — est Israël. Le principal danger pour l’unité, la stabilité et l’avenir du monde musulman est le projet sioniste lui-même.

L’ordre mondial qui a planté Israël au Moyen-Orient comme un couteau dans la région a également créé un système politico-économique permettant sa survie. Et ce système est, depuis un siècle, la cause principale des souffrances, de l’instabilité, des guerres, des guerres civiles, des coups d’État et des dictatures qui frappent les peuples de la région.

Au cours des premières heures de la guerre lancée contre l’Iran, l’assassinat de plusieurs dirigeants iraniens de très haut niveau — notamment des responsables religieux — a été interprété comme la preuve d’une extrême faiblesse iranienne face à une puissance extraordinaire du camp américano-israélien.

Certains ont même pensé que cette opération mettrait fin à la guerre beaucoup plus rapidement que prévu.

Or, au cours des huit derniers jours, l’Iran a rapidement repris l’initiative et a montré qu’il était capable de mener des contre-attaques de plus en plus efficaces. Chaque riposte venue d’Iran donne l’impression que le pays dispose encore de nombreuses capacités non révélées. Dans ces conditions, il n’est pas exclu que les États-Unis et Israël finissent par épuiser leurs stocks de munitions et soient contraints de demander un cessez-le-feu.

LES ÉTATS-UNIS UTILISENT LES PAYS DU GOLFE COMME BOUCLIER HUMAIN

Au début de l’attaque, certains ont estimé que l’Iran avait réagi de manière irrationnelle en élargissant le front, notamment vers les pays du Golfe. Mais pour comprendre les manœuvres militaires iraniennes, il faut analyser la situation avec davantage d’attention.

Il serait évidemment exagéré de dire que l’Iran considère les monarchies du Golfe comme des pays amis. Les rivalités politiques et géopolitiques sont importantes. Les relations militaires étroites entre certains États du Golfe et les États-Unis sont perçues à Téhéran comme une menace claire.

Cependant, cela ne signifie pas que l’Iran adopte une stratégie d’agression gratuite contre ces pays. Dans les événements récents, l’Iran ne vise pas directement les États du Golfe mais les bases militaires américaines stationnées sur leur territoire et devenues de facto une partie active de la guerre menée contre lui.

Un fait frappant apparaît alors : les bases américaines présentes dans les pays du Golfe sont souvent présentées comme un "parapluie de sécurité" protégeant ces États. Pourtant, les événements récents montrent qu’elles sont loin de remplir ce rôle.

En effet, une grande partie des opérations qui alimentent l’escalade militaire dans la région est liée aux activités menées à partir de ces bases. Si l’on considère les politiques de plus en plus agressives d’Israël ces dernières années — des politiques qui poussent les limites du droit international et accroissent l’instabilité régionale — il apparaît que ces bases font davantage partie du problème qu’elles ne constituent un facteur de protection.

LES PAYS DU GOLFE DOIVENT FAIRE UN CHOIX

Cette situation oblige également les pays du Golfe à réévaluer d’urgence leur position.

D’un côté, la présence de ces bases est présentée comme une garantie de sécurité. De l’autre, elles transforment ces pays en éléments centraux des rivalités militaires régionales et les exposent directement au risque d’être pris pour cibles.

Les événements récents montrent clairement qu’une base militaire étrangère sur le territoire d’un État ne le maintient pas à l’écart de la guerre. Au contraire, elle peut l’intégrer directement dans la dynamique du conflit.

Dans ce contexte, interpréter les actions récentes de l’Iran comme une "attaque contre les pays du Golfe" constitue une lecture simplificatrice. Ce que l’Iran vise, ce ne sont pas ces États eux-mêmes, mais l’infrastructure militaire américaine installée sur leur territoire et utilisée pour mener des opérations contre lui.

Le message stratégique de l’Iran est clair : si des attaques contre l’Iran sont lancées depuis le territoire d’un pays, l’infrastructure militaire qui les rend possibles devient une cible légitime.

Une question plus large se pose alors : la présence militaire américaine dans le Golfe garantit-elle réellement la sécurité régionale ou rend-elle ces pays plus vulnérables tout en les transformant en boucliers humains dans des guerres qui ne sont pas les leurs ?

Les événements récents semblent montrer que la seconde hypothèse est bien plus proche de la réalité.

Les États-Unis ne protègent pas ces pays ; ils contribuent eux-mêmes à créer les menaces auxquelles ils sont confrontés. Et lorsque la guerre éclate, ils ne sont souvent capables de protéger ni ces États ni eux-mêmes.

Car les bases militaires étrangères, loin d’offrir un bouclier de sécurité, ont souvent pour effet de placer les pays qui les accueillent en première ligne des rivalités entre grandes puissances.

L’un des problèmes majeurs auxquels le Moyen-Orient est confronté aujourd’hui réside précisément dans cette réalité. Tant que la sécurité régionale ne sera pas construite sur des équilibres locaux et sur la diplomatie, la présence militaire des puissances extérieures continuera de générer des risques de conflit plutôt que de garantir la paix.

Pour comprendre les dernières actions de l’Iran, il est indispensable de ne pas perdre de vue ce cadre géopolitique plus large.

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