
Des centaines de familles mixtes vivant en Algérie dénoncent un système administratif opaque et incohérent pour l’obtention des cartes de résidence. Refus sans motivation, exigences contradictoires, absence de règles nationales et gestion policière des dossiers plongent conjoints étrangers et familles algériennes dans une précarité durable. Femmes, enfants et couples subissent une instabilité juridique constante, malgré des situations familiales légales. Les familles appellent les autorités algériennes à harmoniser les procédures, garantir la transparence et respecter la dignité humaine.
Derrière les guichets des commissariats algériens, des familles vivent un calvaire administratif qui dure parfois depuis des années. Karine, Louiza, Marie, Fatima… Des prénoms différents, mais une même réalité: celle de conjoints d’Algériens enfermés dans un labyrinthe bureaucratique fait de refus inexpliqués, de délais interminables et d’une précarité juridique permanente.
Ces situations concernent des centaines de familles mixtes établies en Algérie. Elles dénoncent un système opaque, variable selon les wilayas, et profondément déstabilisant pour la vie familiale.
Contactés par ces familles, nos journalistes de Nouvelle Aube se sont longuement entretenus avec ces personnes tombés amoureuses de l'Algérie, mais qui craignent qu'un imbroglio administratif ne les en empêche.
Des parcours administratifs interminables
Sept mois après le dépôt de sa seconde demande, elle attend toujours une réponse.
Fatima, Algérienne mariée à un ressortissant étranger, mère de quatre enfants en bas âge, décrit un parcours similaire. Deux années de démarches, un premier refus sans motivation écrite, plusieurs enquêtes administratives menées à son insu.
Revenus exigés, travail interdit : une incohérence majeure
L’une des incohérences les plus dénoncées concerne l’obligation de justifier de revenus pour obtenir une résidence, alors même que le travail est interdit sans cette carte. Une contradiction qui plonge de nombreuses familles dans l’impasse.
Louiza, Algérienne mariée à un Français, a dû ouvrir un commerce avec local et marchandises pour répondre aux exigences administratives. Elle se retrouve aujourd’hui endettée auprès de la CASNOS et des impôts. Les charges annuelles atteignent jusqu’à 600 euros, pour une activité qu’elle n’a jamais souhaitée exercer.
Imbroglio administratif
La crainte de l'expulsion vers la France
Une absence totale de règles nationales
Les témoignages convergent vers un constat alarmant: l’absence de cadre national unifié. Chaque commissariat applique ses propres règles. Les pièces exigées varient. Les délais sont imprévisibles. La carte de résidence de 10 ans peut être accordée après deux ans, sept ans ou jamais, selon la wilaya.
Dans certaines communes, les services refusent même de fournir les formulaires ou d’instruire les dossiers. Les familles se retrouvent sans recours, sans explication, sans transparence.
Des droits théoriques, rarement appliqués
Des imams locaux refuseraient de délivrer ces certificats, laissant les couples dans une impasse administrative totale.
Marie, Française, mère d’enfants algériens, divorcée de son mari algérien, souhaite rester légalement en Algérie avec ses enfants. Aucune procédure claire n’existe pour son cas, la plaçant dans une insécurité juridique permanente.
Une gestion policière de démarches familiales
Certaines familles doivent signaler leurs déplacements hors wilaya.
Fatima affirme avoir été menacée à plusieurs reprises de non-instruction de son dossier par le commissaire en charge. Une intervention de la wilaya a été nécessaire pour débloquer la situation. Cette approche crée un climat de suspicion et d’humiliation.
Des discriminations persistantes
Les femmes algériennes mariées à des étrangers dénoncent des dossiers plus lourds et plus longs. À partir de 16 ans, les enfants issus d’une précédente union doivent demander leur propre carte de résidence, multipliant les démarches.
Les femmes étrangères divorcées avec enfants algériens se trouvent dans une situation encore plus précaire. Elles souhaitent rester légalement en Algérie avec leurs enfants de nationalité algérienne, mais aucune solution stable ne leur est proposée.
Un impact humain profond
Derrière ces procédures, des drames humains. Des couples séparés. Des enfants vivant dans l’incertitude. Des familles endettées pour satisfaire à des exigences incohérentes.
Certaines personnes, titulaires d’une carte de résidence durant des années, se retrouvent soudainement sous le coup d’une obligation de quitter le territoire, sans notification officielle ni explication.
Les revendications des familles concernées
Les familles demandent des mesures simples, administratives et humaines :
- Un cadre national unifié applicable dans toutes les wilayas
- Une liste officielle et stable des pièces exigées
- Des délais raisonnables et respectés
- Une motivation écrite des refus
- Un traitement civil et non policier
- Une cohérence entre revenus exigés et droit au travail
- La reconnaissance des certificats de conversion locaux
- Une solution pour les femmes divorcées avec enfants algériens
- Le respect de la dignité familiale
Un appel aux autorités algériennes
Propos recueillis par nos équipes de la rédaction.









