France: une nouvelle plainte relance l’affaire du bombardement de Bouaké

La rédaction avec
13:3016/05/2026, samedi
MAJ: 16/05/2026, samedi
AFP
Vingt-deux ans après le bombardement de Bouaké en Côte d’Ivoire, une nouvelle plainte a été déposée en France par des survivants et proches de victimes afin de relancer les investigations sur la fuite des suspects impliqués dans l’attaque. Le dossier vise notamment d’éventuelles complicités ayant permis l’exfiltration de mercenaires biélorusses arrêtés au Togo après le raid.
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Vingt-deux ans après le bombardement de Bouaké en Côte d’Ivoire, une nouvelle plainte a été déposée en France par des survivants et proches de victimes afin de relancer les investigations sur la fuite des suspects impliqués dans l’attaque. Le dossier vise notamment d’éventuelles complicités ayant permis l’exfiltration de mercenaires biélorusses arrêtés au Togo après le raid.

Près de vingt-deux ans après le bombardement de la base française de Bouaké en Côte d’Ivoire, dix survivants et proches de victimes ont déposé une nouvelle plainte devant la justice française afin d’obtenir des éclaircissements sur les circonstances ayant permis la fuite des pilotes impliqués dans l’attaque.

Selon leur avocat, Me Patrick Ramaël, cette plainte a été déposée début mai et vise notamment des faits d’entrave à la saisine de la justice et de recel de malfaiteurs. Le parquet de Paris doit désormais décider des suites judiciaires à donner au dossier.

Le 6 novembre 2004, un avion de l’armée ivoirienne avait bombardé une position de la force française à Bouaké, provoquant la mort de dix personnes, dont neuf militaires français, et faisant 38 blessés.

Une enquête marquée par des zones d’ombre

Après dix-sept années d’instruction judiciaire, la cour d’assises de Paris avait condamné en 2021 à la prison à perpétuité un pilote mercenaire biélorusse, Yury Sushkin, ainsi que deux copilotes ivoiriens.

Le procès s’était toutefois déroulé en leur absence, les accusés étant restés introuvables, tandis que les commanditaires de l’attaque n’avaient jamais été identifiés.

La nouvelle plainte cherche notamment à déterminer comment certains responsables auraient pu faciliter l’exfiltration des mercenaires impliqués dans le raid aérien.

Les débats devant la cour d’assises avaient déjà mis en lumière les difficultés rencontrées par les enquêteurs français, notamment après l’arrestation au Togo, quelques jours après l’attaque, de huit mercenaires biélorusses soupçonnés d’avoir participé au bombardement.

Selon les éléments évoqués lors du procès, les autorités togolaises avaient proposé de remettre les suspects à la France, mais plusieurs ministères français ainsi que la DGSE auraient donné pour instruction de ne pas intervenir.

Les mercenaires avaient finalement été relâchés par le Togo, permettant notamment à Yury Sushkin de disparaître.

Des responsables français de l’époque mis en cause

Lors du procès de 2021, plusieurs responsables politiques français avaient été entendus comme témoins, parmi lesquels Dominique de Villepin, Michel Barnier et d’anciens conseillers de l’Élysée.

Les différents témoignages avaient révélé des divergences sur la gestion du dossier et sur le niveau d’information des autorités françaises à l’époque.

L’ancienne ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie avait reconnu avoir été informée de l’arrestation des mercenaires, tout en affirmant que son cabinet lui avait indiqué qu’il était juridiquement impossible de procéder à leur arrestation.
Les plaignants souhaitent également que la justice examine le rôle de Robert Montoya, ancien gendarme de l’Élysée installé au Togo et présenté comme une figure de la
"Françafrique".
Ils l’accusent d’avoir participé à l’organisation de l’exfiltration des suspects.

Les familles des victimes demandent aussi que d’éventuelles responsabilités de hauts fonctionnaires français soient identifiées.

Selon Me Patrick Ramaël, les proches des victimes considèrent que cette affaire reste marquée par de nombreuses zones d’ombre malgré les engagements pris à l’époque par le président français Jacques Chirac.

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