Macron est définitivement plus le président des musulmans de France

09:1519/02/2026, Perşembe
MAJ: 19/02/2026, Perşembe
Fatih Karakaya

Lors de son entretien accordé à Radio J, Emmanuel Macron a fermement rejeté l’idée que des soldats israéliens puissent être qualifiés de génocidaires. "Nous ne devons jamais accepter qu’un de nos enfants soit accusé d’être génocidaire", a-t-il déclaré. Selon lui, une telle accusation constituerait une inversion morale dangereuse et participerait à une dérive antisémite. Ainsi, en plaçant la lutte contre l’antisémitisme au cœur de son argumentation, le chef de l’État a voulu tracer une ligne rouge.

Lors de son entretien accordé à Radio J, Emmanuel Macron a fermement rejeté l’idée que des soldats israéliens puissent être qualifiés de génocidaires.
"Nous ne devons jamais accepter qu’un de nos enfants soit accusé d’être génocidaire",
a-t-il déclaré. Selon lui, une telle accusation constituerait une inversion morale dangereuse et participerait à une dérive antisémite. Ainsi, en plaçant la lutte contre l’antisémitisme au cœur de son argumentation, le chef de l’État a voulu tracer une ligne rouge. De plus, il considère les soldats d'une armée étrangère comme
"ses enfants".

Or cette ligne rouge pose question.

En effet, en assimilant la critique d’opérations militaires à une atteinte contre des citoyens juifs, le président opère un glissement lourd de conséquences. Il ne distingue plus clairement entre la lutte nécessaire et absolue contre l’antisémitisme et l’examen juridique ou politique d’actions militaires documentées. Dès lors, toute critique devient suspecte. Toute dénonciation devient problématique. Toute interrogation devient dangereuse. En réalité, il interdit toute distinction entre une nationalité et une religion.

Pourtant, les faits sont là.

Des soldats ont eux-mêmes diffusé des vidéos montrant des destructions massives à Gaza. Des organisations non gouvernementales ont accumulé des témoignages concordants. Des hôpitaux ont été frappés. Des journalistes ont été tués. L’aide humanitaire a été bloquée ou entravée à de multiples reprises. Par ailleurs, notre chef de la diplomatie se félicite de largages aériens d’aide humanitaire, sans jamais expliquer pourquoi cette aide ne peut être acheminée par voie terrestre normale, ce qui en dit long sur la réalité du blocus.

Et surtout, le cas de Hind Rajab
, cette enfant palestinienne tuée dans une voiture sous les tirs alors qu’elle appelait au secours, est devenu l’un des symboles les plus glaçants de cette guerre.
Ainsi, la question n’est pas idéologique. Elle est factuelle.
De plus, pendant que ces éléments s’accumulent, la France adopte une posture mesurée, voire prudente. Certes, des communiqués sont publiés. Certes, des préoccupations sont exprimées. Cependant, aucune sanction concrète n’a été prise. Aucun mécanisme coercitif n’a été activé.
Aucune condition diplomatique forte n’a été posée. Pire encore, des livraisons d’armements se poursuivent.
En revanche, la France a publiquement demandé la démission de
Francesca Albanese
, rapporteure spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens, pour ses prises de position critiques. Dès lors, une question s’impose :
pourquoi tant de fermeté à l’égard d’une juriste internationale, et une retenue constante face au gouvernement de Benjamin Netanyahu ?

Par ailleurs, l’expropriation des terres en Palestine occupée se poursuit. La reconnaissance d’un État palestinien est rejetée. L’existence nationale palestinienne est niée par une large partie de la société israélienne. Pourtant, jamais Emmanuel Macron n’a adopté un ton véritablement hostile envers ces orientations.

Dès lors, un autre questionnement émerge : les Palestiniens ont-ils le droit de se défendre ? Et si oui, selon quels moyens ? S’ils se défendent politiquement, ils sont marginalisés. S’ils contestent juridiquement, ils sont ignorés. S’ils résistent militairement, seront-ils automatiquement qualifiés de terroristes ?

Cependant, c’est sur le terrain intérieur que la fracture devient la plus visible.

Une République qui protège inégalement


En matière d’antisémitisme, la réaction de l’État est immédiate, structurée, solennelle. Chaque agression antisémite donne lieu à une déclaration présidentielle. Des rassemblements officiels sont organisés. Les poursuites sont rapides. Les victimes reçoivent un soutien clair. Et cela est juste.

Mais parallèlement, face aux actes islamophobes, la posture est sensiblement différente.
Depuis plusieurs années, les musulmans de France subissent des attaques répétées. Pourtant, la réaction politique apparaît souvent plus timide, plus tardive, parfois diluée dans des déclarations générales contre
"toutes les formes de racisme"
.
Le mot islamophobie lui-même est contesté, affaibli, disqualifié.
D'ailleurs,
Ismaël Aali, 20 ans, poignardé en 2023 dans un contexte raciste,
n’a jamais donné lieu à un discours présidentiel qualifiant son assassinat d’attaque contre la République. Aucune séquence nationale comparable à celles observées lors d’agressions antisémites.

Des mosquées ont été vandalisées. À Bayonne, une bombe artisanale a été découverte près d’un lieu de culte musulman. Pourtant, aucune déclaration solennelle affirmant que ceux qui attaquent les musulmans attaquent la République.

Après le 7 octobre 2023, les actes islamophobes ont fortement augmenté. Femmes voilées agressées. Commerces halal dégradés. Élèves harcelés. Les condamnations officielles sont restées globales, sans désigner clairement l’islamophobie comme fléau spécifique. Un ministre s'est même permis de déclarer
"A bas le voile!"
Cette asymétrie se retrouve également dans le traitement judiciaire.
Le cas d’Aboubakar Cissé
demeure emblématique. Lors de son procès,
les circonstances racistes ont été relativisées et la peine jugée clémente.
Ainsi, le message implicite devient préoccupant : toutes les victimes ne provoquent pas la même mobilisation.
Par ailleurs, les discours sur
"l’islam en crise"
, les
"séparatismes"
,
"l’entrisme"
ou
"le frérisme"
ont contribué à installer un climat de suspicion généralisée. Les associations musulmanes ont été dissoutes ou surveillées. Dans le même temps, les appels à la haine anti-musulmans bénéficient d’une tolérance de fait plus large.
Progressivement, une fracture s’installe.

Deux poids, deux mesures


On ne peut invoquer l’universalité républicaine tout en appliquant des standards variables. D’un côté, une protection forte, visible, immédiate. De l’autre, une reconnaissance hésitante, prudente, parfois silencieuse.

Les musulmans de France ne demandent pas de privilèges. Ils demandent l’égalité et que leurs morts soient nommés. Que leurs lieux de culte soient protégés. Que leurs souffrances ne soient pas relativisées.
Dans ce contexte, lorsque le président refuse certaines qualifications juridiques tout en réprimant vigoureusement les voix pro-palestiniennes,
la perception d’un double standard se renforce.

La République ne peut être à géométrie variable.


La question posée au président demeure simple : quand dénoncera-t-il avec la même force ceux qui attaquent les musulmans, au nom de la même République qu’il invoque ailleurs ?

Mais au-delà de cette interpellation intérieure, une autre interrogation s’impose, tout aussi centrale : que proposent concrètement les autorités françaises aux Palestiniens pour qu’ils soient enfin libres ?

On répète souvent, comme une formule définitive :
"Rendez les otages et tout s’arrête."
Or, les faits contredisent cette simplification. Des otages ont été libérés. Pourtant, loin de s’améliorer, la situation s’est aggravée. Les bombardements ont repris. Le blocus persiste. Et, surtout, la colonisation en Palestine occupée se poursuit méthodiquement.

Dès lors, il devient difficile de soutenir que tout dépendrait exclusivement du mouvement palestinien Hamas. Car si l’on impute à ce dernier l’intégralité de la responsabilité, encore faut-il expliquer pourquoi, indépendamment de toute confrontation militaire, l’expropriation des terres en Palestine occupée continue, pourquoi les implantations s’étendent, et pourquoi la reconnaissance pleine et effective d’un État palestinien demeure repoussée.

Autrement dit, la question ne se limite pas à Gaza. Elle concerne l’ensemble du cadre politique imposé aux Palestiniens depuis des décennies.
Ainsi, si
Emmanuel Macron
souhaite véritablement défendre une solution durable,
il ne peut se contenter d’appeler au calme ou de répéter des principes généraux.
Il doit clarifier sa position sur la colonisation, sur l’autodétermination palestinienne, et sur les moyens concrets permettant de garantir l’égalité des droits.

Car, à défaut, l’argument consistant à tout mettre sur le dos du Hamas apparaît comme une échappatoire diplomatique plus que comme une analyse structurelle.

#Macron
#Radio J
#Gaza
#Palestine occupée
#islamophobie
#antisémitisme
#musulmans de France
#Hind Rajab
#Aboubakar Cissé
#République