Cloud souverain: Amazon étend son emprise sur l'UE

17:3916/01/2026, vendredi
AFP
Amazon Web Services lance un cloud dit souverain pour l’Union européenne, une initiative critiquée alors que l’UE cherche à affirmer sa souveraineté numérique.
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Amazon Web Services lance un cloud dit souverain pour l’Union européenne, une initiative critiquée alors que l’UE cherche à affirmer sa souveraineté numérique.

Le géant mondial de l’informatique dématérialisée Amazon Web Services (AWS) a annoncé jeudi le lancement d’un "cloud souverain et indépendant" pour l’UE, renforçant sa domination dans le secteur au moment où les Européens cherchent à bâtir leur souveraineté numérique.

Les États européens veulent progressivement se défaire de leur dépendance à l’égard des grands groupes américains, mais le retard accumulé dans les hautes technologies rend cet objectif difficile à atteindre.

Présenté par la filiale d’Amazon comme un cloud séparé, à la fois physiquement et sur le plan informatique, des autres activités d’AWS dans le monde, ce nouveau service vise à répondre
"aux besoins des gouvernements et des entreprises européennes en matière de données sensibles"
, selon un communiqué.

L’offre, de dimension européenne, est déployée depuis un centre en Allemagne, dans le Brandebourg (est), avec une extension prévue progressivement dans d’autres centres au sein de l’UE, à commencer par la Belgique, les Pays-Bas et le Portugal.

"Les clients veulent le meilleur des deux mondes: pouvoir utiliser l’ensemble du portefeuille de services cloud et IA d’AWS tout en respectant des exigences strictes de souveraineté"
, a déclaré Stéphane Israël, directeur général de l’AWS European Sovereign Cloud.

Le dispositif prévoit que les opérations, la gouvernance et la gestion des accès soient assurées exclusivement par des résidents de l’UE, aux commandes de sociétés constituées en Allemagne.


Ces annonces relèvent d’un cas de
"souveraineté washing"
(simulacre de souveraineté), estime auprès de la presse Harald Wehnes, professeur en informatique à l’université de Wurtzbourg, dans le sud de l’Allemagne.

Il cite notamment la loi américaine
"Cloud Act"
, qui stipule que
"les données sensibles des Européens peuvent se retrouver entre les mains de l’administration américaine dès qu’elles sont confiées à des entreprises américaines de cloud, même si elles sont stockées sur des serveurs européens"
.

"Cela ne s’applique pas lorsque l’on recourt à un fournisseur européen de cloud, comme IONOS, Hetzner ou Noris Network"
, conclut-il.

Interrogé par la presse, AWS a répondu que ce cloud était protégé par des
"restrictions d’accès, de sorte que personne, y compris les employés d’AWS, ne puisse accéder aux données"
, et que les clients pouvaient recourir à un outil de
"chiffrement avancé"
afin de les protéger encore
"davantage"
.

Pour ses activités de cloud à long terme, Amazon prévoit d’investir plus de 7,8 milliards d’euros en Allemagne, soutenant ainsi environ 2.800 emplois.

Cette annonce intervient alors que l’Europe, encore dépendante de géants technologiques comme Nvidia, Google, Amazon ou OpenAI, est appelée à reprendre la main sur son destin numérique.


Les offres européennes restent toutefois fragmentées ou encore à l’état de projet. En Allemagne, le groupe Schwarz, maison mère de Lidl et Kaufland, a lancé en novembre la construction d’un méga-centre de données, avec un investissement de 11 milliards d’euros.

Le géant allemand des logiciels SAP prévoit de son côté d’investir 20 milliards d’euros sur dix ans afin de renforcer son offre de cloud ancrée en Europe.


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