Bangladesh: les relations avec l'Inde et la Chine à l'épreuve des élections

La rédaction avec
16:188/02/2026, Pazar
MAJ: 8/02/2026, Pazar
AFP
Cette photo prise le 30 janvier 2026 montre Taslima Akhter (4R), candidate du parti Ganosamhati Andolon, participant à un rassemblement à Dhaka avant les élections générales au Bangladesh.
Crédit Photo : AFP /
Cette photo prise le 30 janvier 2026 montre Taslima Akhter (4R), candidate du parti Ganosamhati Andolon, participant à un rassemblement à Dhaka avant les élections générales au Bangladesh.

Les législatives du 12 février au Bangladesh pourraient remodeler le rapport de forces en Asie du Sud, au moment où la Chine cherche à renforcer ses liens avec Dacca dont les relations avec l'Inde restent tendues, affirment des analystes.

Les 127 millions d'électeurs de ce pays à majorité musulmane sont appelés à désigner un nouveau Parlement, un an et demi après les émeutes meurtrières qui ont précipité la chute de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina en août 2024.

L'ancienne dirigeante autocrate vit depuis en Inde, un exil qui suscite l'ire du gouvernement provisoire bangladais, dirigé par le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, qui s'est rapproché de la Chine et du Pakistan.

Sous l'ère Hasina (2009-2024), Pékin et Dacca entretenaient de solides liens commerciaux et en matière de défense, mais New Delhi restait le partenaire privilégié du Bangladesh.

Cet équilibre est en pleine recomposition.

"Rapprochement" avec Pékin

"Le gouvernement provisoire bangladais et son futur exécutif se tournent résolument vers la Chine",
juge Joshua Kurlantzick, chercheur au Council on Foreign Relations, basé aux Etats-Unis.
"Le Bangladesh est désormais au coeur de la stratégie chinoise dans le golfe du Bengale et Pékin est de plus en plus certain que Dacca adoptera une position favorable à ses intérêts",
assure-t-il.

Signe de ce virage, c'est en Chine que M. Yunus a effectué l'an dernier sa première visite d'Etat.

Les deux pays ont signé en janvier un accord de défense qui prévoit la construction d'une usine de fabrication et d'assemblage de drones sur une future base aérienne dans le nord du Bangladesh, près de la frontière indienne.

"Le pivotement vers Pékin est désormais structurellement ancré",
confirme Eyck Freymann, de la Hoover Institution de l'université de Stanford (Etats-Unis).
Pour Delwar Hussain, professeur à l'université de Dacca,
"quelle que soit l'issue du scrutin",
il semble écrit que les deux capitales
"approfondissent leurs relations".

"Hostilité" avec New Delhi

A l'inverse, les relations entre New Delhi et Dacca sont au plus bas depuis la fin du régime de Mme Hasina.

En décembre, le ministère indien des Affaires étrangères a accusé le Bangladesh "d'hostilité constante à l'encontre des minorités" religieuses (10% de la population bangladaise en grande majorité musulmane), dont la communauté hindoue.

Dacca a aussitôt récusé ces affirmations.

Malgré ces crispations, le gouvernement ultranationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi a multiplié les initiatives de rapprochement avec son voisin.

En décembre, son ministre des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a assisté à Dacca aux funérailles de Khaleda Zia, ancienne Première ministre et cheffe du Parti nationaliste bangladais (BNP), un des favoris des législatives.

M. Modi a envoyé un message de condoléances à son fils, Tarique Rahman, pressenti pour prendre la tête du gouvernement en cas de victoire du BNP.

Mais début janvier, la situation s'est à nouveau tendue quand l'instance dirigeante du cricket indien a ordonné à un club de se séparer d'un joueur bangladais, sous la pression de la droite nationaliste hindoue.

Le Bangladesh a annoncé le forfait de son équipe de la Coupe du monde de cricket disputée en Inde, au motif que la sécurité de ses joueurs n'y serait pas garantie.

"Stabilité plutôt que rupture"

Le rapprochement depuis l'été 2024 du Bangladesh et du Pakistan, ennemi juré de l'Inde, n'a rien arrangé.

Symboliquement, les deux pays, qui se sont séparés à l'issue d'une guerre qui a abouti à l'indépendance du premier en 1971, ont rouvert une desserte aérienne directe après 14 ans de suspension.

Praveen Donthi, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG), anticipe la poursuite de cette normalisation par le futur gouvernement bangladais, en même temps que le maintien des liens avec New Delhi.

"La stabilité plutôt que la rupture", résume-t-il.

Dans le même esprit, l'ancien diplomate bangladais Humayun Kabir juge que le rapprochement de Dacca avec Pékin ne devrait pas affecter ses liens avec New Delhi.
"Il ne s'agit pas de choisir",
estime-t-il.
Son ancien homologue indien Dilip Sinha approuve.
"La Chine fournit des infrastructures que l'Inde n'est pas en mesure de livrer",
mais l'Inde apporte à son voisin
"de l'électricité et du fil pour l'industrie textile",
souligne-t-il.
Malgré les envolées verbales, l'Inde et le Bangladesh semblent condamnés à coopérer.
"La primauté politique de l'Inde décline mais elle reste essentielle au Bangladesh",
conclut Smruti S. Pattanaik, du Manohar Parrikar Institute for Defence Studies and Analyses de New Delhi.
À lire également :

#diplomatie
#Bangladesh
#Pakistan
#Inde
#Chine
#politique
#élections
#économie
#commerce
#Sheikh Hasina
#Muhammad Yunus
#Subrahmanyam Jaishankar
#Khaleda Zia
#Narendra Modi
#Tarique Rahman