Macron exhorte l'Europe à réduire sa dépendance stratégique américaine

La rédaction avec
13:344/05/2026, lundi
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Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (au centre) sort d'un fleuriste lors d'une visite organisée à l'occasion de la Fête du Travail à Saint-Julien-Chapteuil, dans le centre-sud de la France, le 1er mai 2026.
Crédit Photo : LUDOVIC MARIN / AFP
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (au centre) sort d'un fleuriste lors d'une visite organisée à l'occasion de la Fête du Travail à Saint-Julien-Chapteuil, dans le centre-sud de la France, le 1er mai 2026.

Le chef de l'État français a appelé lundi à Erevan à une accélération de l'autonomie stratégique européenne face aux États-Unis, la Russie et la Chine. Emmanuel Macron a également annoncé la préparation d'une initiative multiforme pour garantir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, tout en soulignant le positionnement unique de l'Europe comme médiateur entre Washington et Téhéran.

Une critique virulente de la dépendance atlantique

Lors de la huitième réunion de la Communauté politique européenne tenue à Erevan, le président français a livré une analyse sans concession des vulnérabilités structurelles du continent.

Emmanuel Macron a explicitement qualifié d'
"intenable"
la relation de dépendance qui lie l'Europe aux garanties sécuritaires américaines, évoquant le
"parapluie"
défensif de Washington comme
"l'éléphant dans la pièce"
des débats stratégiques européens.
Cette dépendance excessive, accumulée dans divers secteurs critiques, expose le Vieux Continent à des risques majeurs selon le locataire de l'Élysée. Les crises sanitaires, énergétiques et géopolitiques récentes auraient révélé l'ampleur des fragilités européennes face aux puissances tierces.

L'élargissement de l'autonomie stratégique

L'autonomie ne saurait se cantonner aux seuls domaines militaire et énergétique. Le chef de l'État français a insisté sur la nécessité d'étendre cette souveraineté aux chaînes de valeur industrielles, notamment dans les semi-conducteurs, le spatial et les technologies d'innovation.

Il a souligné qu'une indépendance défensive reste illusoire lorsque l'approvisionnement en composants électroniques essentiels dépend entièrement de puissances extérieures.

Cette posture implique une stratégie de
"dérisquage"
fondée sur des investissements accrus, une meilleure coordination entre les Vingt-Sept et la relocalisation de certaines productions jugées critiques pour la résilience économique du continent.

Une médiation européenne sur le détroit d'Ormuz

Sur le dossier iranien, Emmanuel Macron a détaillé une initiative collective visant à réouvrir
"librement"
le détroit d'Ormuz. Les Européens pourraient offrir des garanties diplomatiques, militaires et financières pour sécuriser cette voie maritime stratégique essentielle aux flux énergétiques mondiaux. Une planification préliminaire aurait d'ailleurs été amorcée la semaine dernière à Londres.
Cette médiation s'appuie sur un positionnement unique : les Européens restent des alliés dignes de confiance pour Washington tout en maintenant un dialogue respectueux avec Téhéran.
"Nous ne sommes pas naïfs vis-à-vis des Iraniens, mais nous ne sommes pas en guerre avec eux"
, a précisé le président français, affirmant que l'Europe doit se positionner comme
"partenaire fiable"
dans la stabilisation régionale.

L'exemple arménien et le "réveil" européen

La tenue du sommet à Erevan n'est pas anodine. Emmanuel Macron a salué la trajectoire de l'Arménie depuis la
"révolution de velours"
, citant ce pays comme exemple de
"dérisquage"
réussi vis-à-vis de la Russie. Il a comparé cette évolution aux choix similaires opérés par l'Ukraine et la Moldavie, nations ayant décidé de réduire leur dépendance aux grandes puissances pour se tourner vers l'Europe.
Ces dynamiques territoriales s'inscrivent selon lui dans un
"réveil collectif"
amorcé depuis plusieurs années. Face à l'intensification de la rivalité sino-américaine, l'Europe doit accélérer sa transformation pour éviter d'être prise en tenaille entre ces deux géants.

Vers une nouvelle architecture de sécurité

La création en 2022 de la Communauté politique européenne, initiative française, vise précisément à bâtir cette architecture de sécurité élargie. Rassemblant les États membres de l'Union et une vingtaine de pays partenaires, cette instance traite des questions de résilience économique et de coordination diplomatique face aux conflits en Ukraine et au Moyen-Orient.

Pour Macron, l'heure est à l'action concrète : diversification des partenariats extérieurs, intégration des chaînes de valeur européennes et renforcement des capacités industrielles constituent les piliers d'une souveraineté véritable face aux États-Unis, la Russie et la Chine.


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