
Aux premières heures de son interrogatoire au procès en appel des assistants parlementaires d'eurodéputés du Front National, décisif pour sa candidature en 2027, la cheffe de l'extrême droite française Marine Le Pen s'est efforcée mardi de casser l'image d'un "système" institutionnalisé de détournements de fonds européens par son parti.
La justice lui reproche, ainsi qu'au Rassemblement national (RN, alors appelé Front National) et à d'autres cadres d'avoir payé entre 2004 et 2016 des salariés du parti avec de l'argent du Parlement européen - avec les enveloppes normalement dédiées aux assistants parlementaires.
Pugnace, méticuleuse, Marine Le Pen se montre ferme à la barre pour contrer les éléments de l'accusation, marquant sa réprobation de la tête à certaines questions de la présidente du tribunal Michèle Agi.
Son attitude contenue devant les juges tranche cependant avec l'atmosphère houleuse de son interrogatoire au premier procès. Sitôt que l'agacement commence à pointer dans la voix de Mme Le Pen, il se voit aussitôt bridé.
L'interrogatoire de Marine Le Pen est prévu jusqu'à mercredi soir.
Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris l'a déclarée coupable et notamment condamnée à cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate, l'empêchant en l'état de se présenter à l'élection présidentielle prévue en avril 2027.
Un coup de tonnerre au moment où la candidate potentielle survolait les intentions de vote pour le premier tour.
En première instance, les juges ont établi le préjudice économique du Parlement de Strasbourg à 3,2 millions d'euros, une fois déduit 1,1 million d'euros de fonds indûment versés mais déjà remboursés par une partie des prévenus.
Sur les 25 condamnés en première instance, seule la moitié a fait appel.
Relaxée dans une autre affaire
Au moment où l'extrême droite a le vent en poupe, avec le nombre sans précédent de 120 députés RN à l'Assemblée nationale, Mme Le Pen, rattrapée par les pratiques des années de vaches maigres du parti, pourrait voir sa quatrième candidature à l'élection présidentielle empêchée par la justice et devoir céder la place à son poulain Jordan Bardella.
Mardi, la cour d'appel a commencé la journée par l'interrogatoire du député Julien Odoul, mis en grande difficulté sur la réalité de son emploi d'assistant parlementaire d'une eurodéputée frontiste en 2014-2015.
Ayant rejoint le parti d'extrême droite en 2014, le prévenu disposait d'un contrat de travail comme assistant parlementaire de l'eurodéputée Mylène Troszczynski. Et ceci alors que l'organigramme du Front national publié à l'hiver 2015, qui éveillera l'attention du Parlement européen, le présentait comme "conseiller spécial" au cabinet de la présidente du parti, Marine Le Pen.
Dans un télescopage du calendrier judiciaire, au moment même où Mme Le Pen était à la barre, le tribunal correctionnel situé dans le nord-ouest de la capitale l'a relaxée dans une autre affaire.
Une ancienne étudiante la poursuivait pour injure, pour l'avoir associée en mars 2019 dans un tweet à l'"islam radical" en commentaire d'une photographie où elle était voilée.









