Lilian Thuram estime que les joueurs de football doivent prendre la parole sur le racisme

La rédaction avec
13:3313/05/2026, mercredi
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L'ancien international français Lilian Thuram (à droite) a pris la parole lors d'une table ronde organisée au Centre culturel Atatürk dans le cadre du « World Decolonization Forum », organisé en partenariat avec l'Agence Anadolu (AA) et consacré aux causes profondes des crises mondiales et à l'héritage du colonialisme, le 12 mai 2026.
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L'ancien international français Lilian Thuram (à droite) a pris la parole lors d'une table ronde organisée au Centre culturel Atatürk dans le cadre du « World Decolonization Forum », organisé en partenariat avec l'Agence Anadolu (AA) et consacré aux causes profondes des crises mondiales et à l'héritage du colonialisme, le 12 mai 2026.

L’ancien footballeur international français Lilian Thuram a déclaré que les joueurs de football devaient être encouragés à s’exprimer contre le racisme.

Thuram s’est exprimé lors d’une session du « Forum mondial de la Décolonisation » organisée au Centre Culturel Atatürk à Istanbul, pour lequel Anadolu a été le partenaire de communication globale, qui a abordé les causes fondamentales des crises mondiales et l’héritage colonial.

Thuram a insisté sur le lien entre le racisme et l’histoire de l’esclavage :
"J'ai été confronté à l'histoire du racisme à l'âge de 9 ans, et voilà pourquoi, en fait, je me suis intéressé à ces sujets : parce qu'autour de moi, par exemple, ma maman ne savait pas me dire pourquoi les enfants m'avaient insulté de "sale Noir" dans cette classe. Et en m'éduquant à travers les livres, les rencontres, j'ai compris que c'était lié effectivement à l'histoire de la colonisation, à l'histoire de l'esclavage, et que, nous voulions ou non, aujourd'hui, nous sommes le fruit de cette histoire. Et très souvent, on ne se pose pas la question : pourquoi je dis ce que je dis, pourquoi je pense ce que je pense.  Et en règle générale, on dit ce qu'on pense selon l'histoire qu'on nous a racontée. Et très souvent, on ne rappelle pas que les colonisations dont nous parlons aujourd'hui sont liées à une idéologie et cette idéologie est le suprémacisme Blanc".

Le lien entre racisme et football

Évoquant le racisme subi lorsqu’il jouait en Italie, Thuram a ajouté :
"Lorsque nous analysons le football, le racisme que l’on y rencontre reflète l’histoire de la société ; ce n’est pas indépendant. Celui qui m’a formé sur le plan sportif à ce sujet, c’est Muhammad Ali [le célèbre boxeur noir américain]. Le racisme dans le football est aussi un reflet du racisme dans la société. Il faut mettre en place des politiques qui encouragent les joueurs à prendre la parole".
Il a illustré ses propos par des exemples :
"Un gardien nommé Joseph-Antoine Bell a reçu des bananes lors d’un match. Quand j’étais enfant et que je regardais ça à la télévision, ça m’a beaucoup marqué. Tous les Noirs se sentent blessés dans ce genre de situation.
Plus tard, en tant que footballeur professionnel, j’ai joué en Italie et certains supporters faisaient des gestes de singe pendant les matchs. Mes coéquipiers et dirigeants me disaient que ce n’était pas grave et que je ne devais pas m’en occuper. J’ai alors réalisé qu’il y avait beaucoup de Blancs qui ne comprenaient pas l’intensité du racisme et qui ne voyaient pas qu’il ne disparaîtrait pas".
Thuram a insisté sur la gravité du problème :
"Nous parlons d’une situation qui peut aller jusqu’au meurtre. Il faut être réaliste. Tout le monde fait partie du problème, comme nous faisons tous partie de la solution. On ne doit pas penser que seuls les sportifs ou les personnes médiatisées doivent mener ce combat. Nous voyons que ceux qui subissent le racisme ont parfois peur de parler. Tout le monde doit se battre, et c’est ainsi que nous pourrons provoquer le changement".

Une éducation précoce contre les préjugés raciaux et l’héritage colonial

L’ancien footballeur a déclaré qu’il est crucial de former les jeunes dès l’enfance à comprendre le racisme et l’histoire coloniale, afin de déconstruire les préjugés et de mieux saisir les dynamiques de domination dans le monde moderne.

"Il faut une éducation dès le plus jeune âge pour déconstruire ses propres préjugés, pour déconstruire l’histoire de son propre pays et comprendre que la hiérarchie selon la couleur de la peau a façonné le monde moderne"
, a-t-il expliqué.
Selon Thuram, sa fondation, créée après la fin de sa carrière sportive, permet d’entrer en contact avec des intellectuels spécialisés dans la colonisation, la décolonisation et les rapports de domination selon le genre et la sexualité. L’objectif est
"d’enrichir ses informations pour penser différemment"
et permettre aux personnalités publiques, comme les joueurs de football, de prendre la parole de manière éclairée.
Thuram a également souligné que le racisme peut être intériorisé par ceux qui en sont victimes, entraînant une
"mésestime d’eux-mêmes"
. Il a cité des pratiques en Afrique, où certains hommes et femmes noirs s’éclaircissent la peau pour correspondre aux standards de beauté valorisés par la société, illustrant l’intériorisation de la
"pensée blanche".

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