
En Chine, la disparition d'enfants n'est pas un fait divers, c'est un phénomène social structurel.
L'ampleur du désastre: Des chiffres qui donnent le vertige

Taux de résolution : Moins de 0,1% des enfants enlevés retrouvent leur famille biologique (soit moins d'une centaine par an pour des dizaines de milliers de disparus).
Le cas de Wang Ming Qing illustre ce désespoir: sa fille a été kidnappée en 1994 à l'âge de 3 ans. Il lui a fallu 24 ans, après être devenu chauffeur de taxi pour distribuer des avis de recherche à chaque client, pour la retrouver en 2018. Elle vivait à seulement 20 kilomètres de lui.
Les racines du mal: Politique de l'enfant unique et "Gendercide"
Pour comprendre ce marché, il faut analyser la demande. Elle est le fruit direct de l'ingénierie sociale du Parti Communiste Chinois et de traditions séculaires.
1. La préférence pour le fils et l'avortement sélectif
La politique de l'enfant unique (1979-2015), couplée à l'absence de système de retraite rural, a renforcé l'idée qu'un fils est une nécessité économique pour la survie des parents âgés. Cela a conduit à des avortements massifs de fœtus féminins.

Déficit de femmes: Le prix Nobel Amartya Sen estimait déjà en 1990 qu'il manquait 100 millions de femmes en Asie (principalement Chine et Inde).
Ratio de masculinité : La norme biologique est de 105 garçons pour 100 filles. En Chine, ce ratio a explosé, atteignant 120 garçons pour 100 filles dans certaines cohortes.
2. Statistiques par groupes ethniques et régionaux
Le trafic et les déséquilibres ne touchent pas toute la population de manière égale. Les données montrent une corrélation entre l'ethnie majoritaire Han et le déséquilibre des sexes :
Zones Han: Les régions où le peuplement Han est majoritaire sont celles où les filles ont le moins de chances de survie.
Comparaison Internationale: En Inde, les régions riches comme le Pendjab affichent des taux de masculinité de 114, prouvant que la richesse n'arrête pas la discrimination sexuelle.
Le Modus Operandi: Comment on vole un enfant en Chine
- Le Kidnapping pur et simple: Des travailleurs migrants, souvent eux-mêmes précaires, enlèvent des enfants (souvent ceux d'autres migrants) pour les revendre. Le profit d'une vente équivaut à un an de salaire pour le ravisseur.
- Le blanchiment via les hôpitaux: Pour contourner les quotas de naissances, des familles achètent un deuxième enfant et soudoient le personnel hospitalier (pour quelques milliers de yuans) afin de déclarer une naissance de"jumeaux".
- Le retour des"Tongyangxi": Dans des provinces rurales comme le Henan ou le Shaanxi, des familles achètent des bébés filles pour les élever comme futures épouses pour leur fils, les utilisant comme domestiques en attendant la majorité.
Le Parallèle avec le "Système Epstein": Impunité et Complicité
Si Jeffrey Epstein gérait un réseau de trafic sexuel pour l'élite occidentale, le marché chinois des enfants repose sur les mêmes mécanismes de protection systémique et de marchandisation de l'humain.

Conséquences à long terme: La crise des "Branches Mortes"
La conséquence directe de ces décennies de trafic et d'avortements sélectifs est l'émergence d'une classe d'hommes célibataires incapables de trouver une épouse, appelés les Guanggun ("branches mortes"). On estime à 30 à 50 millions le nombre d'hommes chinois qui ne pourront jamais se marier. Cette frustration sexuelle et sociale alimente à son tour le trafic de femmes et d'enfants, créant un cercle vicieux que l'État peine aujourd'hui à endiguer malgré la mise en place de banques ADN et d'opérations de police médiatisées.
Conclusion
Le trafic d'enfants en Chine n'est pas seulement un problème criminel, c'est le symptôme d'une société où la politique a tenté de forcer la nature, brisant les structures familiales. Tant que la sécurité sociale rurale ne sera pas assurée et que la culture de la préférence masculine persistera, le corps de l'enfant restera une marchandise, protégée par le silence des autorités chinoises.










