Présidentielle en Ouganda: entre continuité autoritaire et peur du changement

Moussa Hissein Moussa
17:3116/01/2026, Cuma
Yeni Şafak

À l’approche de l’élection présidentielle, l’Ouganda entre dans une phase politique décisive marquée par la répression, la peur et le verrouillage de l’espace démocratique. Entre longévité du pouvoir et aspirations populaires au changement, le scrutin interroge l’avenir démocratique du pays.

Un scrutin sous haute tension


À quelques jours de l’élection présidentielle, l’Ouganda traverse une période politique particulièrement sensible. Le climat électoral est marqué par de fortes tensions, une présence sécuritaire massive et un contrôle strict de l’espace public.


Dans les grandes villes comme dans les zones rurales, la campagne se déroule dans un contexte de peur diffuse, où l’expression politique demeure risquée.


Ce scrutin ne se limite pas à un simple rendez-vous électoral. Il cristallise des décennies de pouvoir, de frustrations sociales et de revendications démocratiques portées notamment par une jeunesse de plus en plus mobilisée.


Yoweri Museveni, 38 ans au pouvoir


Arrivé au pouvoir en 1986 à l’issue d’une guerre civile, Yoweri Museveni a progressivement consolidé son autorité.


Présenté longtemps comme un acteur de stabilité régionale, il a, au fil des années, transformé le système politique ougandais en un régime fortement centralisé.


Les révisions constitutionnelles successives ont supprimé les limites sur le nombre de mandats et sur l’âge du président.


Aujourd’hui âgé de 81 ans, Museveni brigue un septième mandat consécutif, incarnant une continuité politique de plus en plus contestée, tant sur le plan démocratique que générationnel.


Une opposition fragmentée mais symboliquement forte


Face au président sortant, l’opposition reste divisée, mais elle conserve une forte capacité de mobilisation populaire. La figure la plus emblématique demeure Robert Kyagulanyi Ssentamu, plus connu sous le nom de Bobi Wine.


Ancienne star de la musique devenue leader politique, Bobi Wine incarne l’espoir d’une jeunesse urbaine confrontée au chômage, à la précarité et au manque de perspectives.


Son discours, axé sur l’alternance, la justice sociale et les libertés publiques, trouve un écho important malgré les obstacles institutionnels.


Répression, arrestations et verrouillage politique


La campagne électorale se déroule dans un environnement étroitement contrôlé. Arrestations d’opposants, interdictions de rassemblements, coupures ponctuelles d’internet et intimidation des militants rythment le processus électoral.


La présence massive des forces de sécurité dissuade de nombreux citoyens de participer activement à la vie politique. Pour une partie de l’électorat, l’abstention ne traduit pas un désintérêt, mais une stratégie de protection face aux risques de représailles.


Privée d’un espace politique réel, l’opposition mise sur des formes de résistance pacifique et symbolique. Le drapeau national ougandais est ainsi devenu un outil central de mobilisation silencieuse.


Lors des élections précédentes, le béret rouge, symbole du parti de Bobi Wine, avait été interdit par les autorités. Depuis, afficher le drapeau national s’est imposé comme un acte politique en soi : une manière d’affirmer son appartenance à la nation sans recourir à la violence.


Une élection qui dépasse les urnes


À l’approche du scrutin, l’Ouganda se retrouve face à un dilemme majeur: la poursuite d’une continuité autoritaire ou l’ouverture, incertaine mais espérée, vers un changement politique.


Cette élection dépasse largement le cadre des urnes. Elle interroge la capacité du pays à organiser une alternance pacifique, à garantir les libertés fondamentales et à répondre aux aspirations d’une population majoritairement jeune.


Dans un contexte régional déjà fragile, l’issue de la présidentielle ougandaise pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières nationales, tant sur le plan démocratique que géopolitique.


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