Négrophobie: Bouna M. dénonce un traitement médiatique à deux vitesses

David Bizet
19:1324/04/2026, Cuma
Yeni Şafak

Après une altercation avec le journaliste d’extrême droite Jordan Da Rocha lors d’une manifestation contre la négrophobie, Bouna M. dénonce un traitement médiatique déséquilibré. Le militant affirme n’avoir reçu aucun espace d’expression dans les médias, contrairement à son opposant. Il accuse également le média Frontières d’avoir contribué à la diffusion de contenus ayant généré des milliers d’insultes racistes à son encontre. Une plainte a été déposée. L’affaire relance le débat sur la responsabilité médiatique et la banalisation du racisme en France.

Une manifestation sous tension contre la négrophobie


Présent à une manifestation contre le racisme et la négrophobie début avril, le militant antiraciste Bouna M. affirme avoir interpellé un journaliste d’extrême droite, Jordan Da Rocha. Celui-ci s'est alors présenté en victime sur les différents médias français sans aucun contradicteur. Bouna M. Il dénonce aujourd’hui un déséquilibre médiatique et annonce avoir déposé plainte après la diffusion de contenus racistes.


Le samedi 4 avril, une manifestation organisée contre la négrophobie et le racisme s’est tenue en soutien à des élus noirs, dont Bali Bakayoko, visés par des propos racistes diffusés notamment sur CNews.


Sur place, Bouna M., militant engagé contre la négrophobie, affirme avoir constaté la présence de membres d'extrême-droite, dont les comportements sont en contradiction avec l’objet du rassemblement.


"Des gens qui non seulement acceptent qu'on compare les personnes noires à des singes, mais en plus les incitent"
, déclare-t-il, dénonçant une banalisation de propos racistes.

Une confrontation directe avec Jordan Da Rocha


Au cœur de l’incident, une altercation entre Bouna M. et Jordan Da Rocha, journaliste du média d’extrême droite Frontières.


Selon le militant, cette interpellation visait à obtenir des réponses sur plusieurs sujets, notamment l’absence de condamnation de propos racistes visant des élus noirs, mais aussi certaines publications controversées.


"Il n’a pas voulu répondre et a même appelé la police"
, affirme Bouna M., évoquant une confrontation tendue mais sans violence physique.

Un traitement médiatique biaisé


Bouna M. insiste sur ce qu’il considère comme un déséquilibre majeur dans le traitement de l’affaire.


Selon lui, aucun média français ne lui a donné la parole pour exposer sa version des faits, alors que Jordan Da Rocha a multiplié les interventions sur les plateaux télévisés, notamment sur CNews.


"On assiste à un traitement médiatique totalement déséquilibré"
, dénonce-t-il, regrettant l’absence de contradictoire dans l’espace public.

Des accusations sur des pratiques controversées


Dans son témoignage, Bouna M. évoque plusieurs éléments qu’il juge problématiques.


Il accuse notamment le journaliste d’avoir relayé par le passé des informations erronées visant une personne d’origine maghrébine, en diffusant son identité sur les réseaux sociaux avant de supprimer les contenus.


Il pointe également les liens avec certaines figures médiatiques, notamment la présence régulière du journaliste sur les plateaux de Jean-Marc Morandini, malgré la condamnation de ce dernier pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel.


Polémique autour des méthodes du média Frontières


Le militant met aussi en cause les méthodes du média Frontières, anciennement Livre Noir, notamment en matière d’infiltration de mouvements militants.


Il évoque le cas d’une journaliste ayant porté plainte pour agression sexuelle contre un responsable du média, soulevant des interrogations sur les pratiques internes.


Références à Quentin Deranque, militant néonazi


Bouna M. critique également la manière dont certains médias ont présenté Quentin Deranque, militant d’extrême droite décédé à Lyon.


Selon lui, cet individu, parfois décrit comme
"bienveillant"
, était en réalité un militant néonazi assumé, ayant diffusé des propos racistes, comparé des personnes noires à des singes et fait l’apologie d’Hitler via des comptes anonymes.

Il dénonce une omission de ces éléments dans certains récits médiatiques.


Plainte après des milliers d’insultes racistes


Point central de son témoignage: une action judiciaire engagée.


Bouna M. indique avoir déposé plainte après la diffusion de vidéos le visant sur les réseaux sociaux du média Frontières. Selon lui, ces publications ont généré "des milliers de commentaires racistes et négrophobes", dont certains le comparant à un singe.


Il affirme que ces contenus n’ont jamais été supprimés.


"La responsabilité ne se limite pas aux auteurs, mais aussi à ceux qui laissent ces contenus en ligne"
, insiste-t-il.

La plainte vise à la fois des internautes identifiés et les responsables du média, pour des faits présumés d’incitation à la haine publique.


Accusations de stratégie médiatique et de victimisation


Le militant dénonce également une stratégie de communication qu’il qualifie de victimaire.


"Ces gens-là vivent de la pleurniche victimaire"
, affirme-t-il, accusant certains acteurs médiatiques de mettre en scène leur exposition pour alimenter leur audience.

Il évoque également des montages vidéo tronqués, ne retenant selon lui que les séquences favorables au journaliste.


Une analyse plus large de la négrophobie


Au-delà de l’incident, Bouna M. propose une lecture plus globale du phénomène.


Selon lui, la négrophobie ne se limite pas à des groupes marginaux, mais s’inscrit dans une dynamique plus large impliquant des acteurs politiques, médiatiques et intellectuels.


"Ce sont des gens ordinaires, M. Tout le monde"
, insiste-t-il, évoquant une banalisation progressive du racisme dans la société.

Un débat toujours sensible


Cette affaire intervient dans un contexte de fortes tensions autour des questions de racisme, de liberté d’expression et de responsabilité des médias.


Si les faits avancés par Bouna M. relèvent de son témoignage et devront être examinés par la justice, ils soulignent néanmoins les fractures persistantes du débat public français.


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