Notes sur ce qui se passe en Syrie

09:5122/01/2026, jeudi
MAJ: 22/01/2026, jeudi
Süleyman Seyfi Öğün

En Syrie, les développements s’enchaînent à un rythme vertigineux. Le mouvement du PKK a perdu en un instant ses prétendus gains "historiques". Son protecteur, les États-Unis, ou plus précisément le CENTCOM, a littéralement froissé cette organisation comme un simple bout de papier avant de la jeter de côté. Quant à Israël, dont le PKK espérait le soutien, il a ignoré les événements et est resté silencieux. Je dois avouer que je ne m’attendais pas à un tel scénario, et encore moins dans un laps de

En Syrie, les développements s’enchaînent à un rythme vertigineux. Le mouvement du PKK a perdu en un instant ses prétendus gains "historiques". Son protecteur, les États-Unis, ou plus précisément le CENTCOM, a littéralement froissé cette organisation comme un simple bout de papier avant de la jeter de côté. Quant à Israël, dont le PKK espérait le soutien, il a ignoré les événements et est resté silencieux.

Je dois avouer que je ne m’attendais pas à un tel scénario, et encore moins dans un laps de temps aussi court. Je pensais que l’opération, commencée dans quelques quartiers d’Alep, se limiterait au nettoyage des éléments du PKK à l’ouest de l’Euphrate, et que l’armée de Damas rencontrerait à l’est du fleuve une résistance américaine sévère.
Or il n’en a rien été. À ce stade, le PKK s’est replié jusqu’à Haseke et Ayn al-Arab, leur "Kobané".
Ils s’y retrouvent désormais acculés. Plus grave encore, il n’existe plus aucun lien territorial entre ces deux zones. Leur capacité à s’y maintenir reste, elle aussi, incertaine.

Le retrait américain et la marginalisation du PKK


À la lumière des dernières déclarations de Barrack, une chose apparaît clairement: les États-Unis ont mis le PKK hors jeu. Je ne parle pas ici d’un enfouissement définitif du PKK dans l’histoire. Mais, à moyen terme au moins, l’organisation a été rendue largement inopérante au Moyen-Orient. Ils en préserveront sans doute le noyau, mais on peut affirmer sans hésitation qu’ils ne constituent plus un problème existentiel pour La Türkiye.

Ce tableau peut sans difficulté être inscrit comme un point positif au crédit de La Türkiye.
Je le salue comme une réussite d’Ankara et je la félicite.
Il est manifeste que la capitale turque a su évaluer avec une grande justesse les équilibres mondiaux et régionaux, et calculer précisément quand et où placer son poids pour parvenir à ce résultat. Une réussite obtenue sans exposer le Mehmetçik, ce qui, à lui seul, en accroît encore la valeur.

Une recomposition régionale et ses lignes de fracture


Les lecteurs de cette chronique s’en souviendront: dès les premiers jours, j’ai soutenu que le processus entamé à Idlib, qui s’est conclu par la chute d’Assad, l’éviction définitive des éléments iraniens de Syrie et la mise à l’écart, dans une large mesure, de la Russie, relevait d’un projet porté par un consortium international. Je continue aujourd’hui de défendre cette analyse. Les décideurs turcs font partie de ce consortium.
Contrairement à certaines lectures excessives, je ne considère pas que La Türkiye ait mené seule la chute d’Assad.
Cela ne revient nullement à minimiser son rôle, bien au contraire: j’y vois l’expression de la capacité d’Ankara à comprendre et à manœuvrer avec agilité.
Les affrontements internationaux ne ressemblent pas à un match de football où deux équipes s’opposent frontalement sous des couleurs distinctes. Ils reposent le plus souvent sur des coopérations multiples. La Türkiye a agi en ce sens. Trois dimensions critiques étaient en jeu. D’abord, la présence croissante du PKK en Syrie sous Assad constituait un problème existentiel direct. Ensuite, l’installation de l’Iran et de la Russie juste au sud de nos frontières revenait à un encerclement par deux rivaux cherchant à s’étendre vers les "mers chaudes". Enfin, au sein même de l’alliance à laquelle appartient La Türkiye, les États-Unis adoptaient, sous prétexte de la lutte contre
DAECH (organisation terroristes armée active en Irak et en Syrie)
, une approche protégeant le PKK et menaçant ouvertement La Türkiye. Une fois ce prétexte tombé, un scénario encore plus dangereux s’est imposé: la tentative de mise en place d’une Ceinture kurde, via l’axe PKK/KDP/KYP, afin de renforcer la sécurité d’Israël au Moyen-Orient. Une configuration lourde, portée par les Démocrates et certains cercles de l’OTAN.

Ankara a d’abord cherché à équilibrer la situation dans le cadre d’Astana (processus de négociation sur la Syrie réunissant La Türkiye, la Russie et l’Iran). Les événements du 15 juillet ont profondément détérioré les relations entre Washington et Ankara. Profitant des espaces ainsi ouverts, l’armée turque a mené une série d’opérations et réussi à créer certaines zones d’influence en Syrie. Même si ces tentatives ont rencontré des limites, elles ont constitué des étapes importantes. Avec le temps, la contradiction Israël-Iran s’est accentuée. La Russie s’est retrouvée prise entre les deux et a progressivement laissé les éléments iraniens seuls face aux frappes israéliennes. Les événements à Gaza et au Liban ont placé l’Iran de manière de plus en plus explicite dans le viseur. L’alliance États-Unis-Israël a alors approfondi sa coopération en Syrie sur une ligne clairement anti-iranienne. Le bloc anglo-saxon a décidé de lâcher Assad. Idlib et le Hayat Tahrir al-Cham (HTS), ont été choisis comme épicentre de cette phase. Mais ils ont compris que rien ne serait possible sans La Türkiye. C’est précisément là qu’Ankara a su intervenir et peser. La suite est connue: Assad a été renversé en très peu de temps. La Türkiye y a joué un rôle décisif et est passée au premier plan, un fait que Trump ne se lasse pas de souligner.

Israël, en revanche, a adopté une attitude de mauvais joueur. On aurait pu s’attendre à ce qu’il se réjouisse de la chute d’Assad et de l’élimination de l’influence iranienne. Il n’en a rien été. Son maximalisme irrationnel s’est étendu à la Syrie. Israël a occupé l’ensemble du plateau du Golan, mené d’innombrables frappes aériennes pour affaiblir les capacités militaires du nouveau régime à Damas, puis soutenu les Druzes afin d’ouvrir un front au sud du pays.
Dans son esprit, il s’agissait d’ouvrir un "corridor de David" reliant le PKK à l’est de l’Euphrate, jusqu’à Erbil et Souleimaniyeh. Israël redoutait également que La Türkiye, avec une armée puissante, ne remplace l’Iran en Syrie.

Ankara avait réussi à écarter l’Iran et la Russie de Syrie. Mais une phase bien plus critique s’ouvrait. La Syrie constituait un tampon entre La Türkiye et Israël, tampon qui avait disparu après Assad. Une rivalité frontale entre La Türkiye et Israël s’engageait désormais. La clé se trouvait à Washington. Les diplomaties juive et turque s’y sont livrées une bataille acharnée. Ces derniers mois, les allers-retours entre Ankara et Washington, comme entre Tel Aviv et Washington, ont été incessants. À première vue, le poids de Tel Aviv semblait dominant.

Les États-Unis ont longtemps hésité sur leur ligne en Syrie, comme en témoignent les déclarations contradictoires de Barrack. Mais, à la fin, l’extrémisme sioniste est devenu si incontrôlable qu’il menaçait les plans globaux de Washington. Les États-Unis ont tranché. Leur décision répond largement aux thèses et aux exigences de La Türkiye. La patience d’Ankara a porté ses fruits. Pour l’instant, le tableau est limpide: Israël s’est replié, le PKK a perdu, La Türkiye a gagné.

J’ai bien sûr des réflexions sur la suite. Leur maturation demandera du temps. J’ai également certaines inquiétudes, que j’évoquerai progressivement.

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