La capitale de la compréhension et de la modération, à nouveau : une prière du vendredi à la Mosquée des Omeyyades de Damas et des annonces porteuses d’espoir

09:3118/02/2026, Çarşamba
MAJ: 18/02/2026, Çarşamba
Yasin Aktay

C’était ma quatrième visite à Damas depuis la révolution. J’avais déjà prié à plusieurs reprises à la Mosquée des Omeyyades de Damas, mais, pour la première fois, j’y accomplissais une prière du vendredi. Cette fois-ci, je l’ai voulu délibérément. Non pas parce que prier un vendredi dans cette mosquée revêtirait en soi une signification particulière, mais parce qu’il était essentiel de voir de mes propres yeux ce lieu retrouver son identité originelle. Pendant des années, sous l’ombre de manifestations

C’était ma quatrième visite à Damas depuis la révolution. J’avais déjà prié à plusieurs reprises à la Mosquée des Omeyyades de Damas, mais, pour la première fois, j’y accomplissais une prière du vendredi. Cette fois-ci, je l’ai voulu délibérément. Non pas parce que prier un vendredi dans cette mosquée revêtirait en soi une signification particulière, mais parce qu’il était essentiel de voir de mes propres yeux ce lieu retrouver son identité originelle.

Pendant des années, sous l’ombre de manifestations chiites instrumentalisées, la mosquée avait été arrachée à son atmosphère historique et spirituelle.
Or, la voir redevenir un espace rassemblant les fidèles, les unissant, s’adressant à l’humanité entière par une symbolique inclusive et enveloppante, est d’une importance majeure.
À l’intérieur, toutes les écoles juridiques de l’islam disposent de leurs mihrabs et de leurs espaces distincts. Le maqam de Yahya s’y trouve, et les traces de l’ancienne Rome n’ont pas été effacées. Le visiteur a le sentiment que l’histoire elle-même lui parle.
Des espaces beaucoup plus vastes et accessibles que dans nombre de nos mosquées sont réservés aux femmes.
Bien qu’ils se situent à l’arrière, ils ne sont séparés ni par des murs ni par des rideaux, préservant ainsi l’unité du lieu.

La mosquée était comble à l’heure de la prière. Grâce à l’amabilité des responsables, nous avons trouvé place au premier rang, juste derrière l’imam. Là, nous nous sommes retrouvés, par hasard, côte à côte avec l’ambassadeur de Türkiye à Damas, Nuh Yılmaz. Deux jours plus tôt, nous avions eu un échange approfondi sur la Syrie, les évolutions régionales et les relations entre la Türkiye et la Syrie. Son expérience bureaucratique et diplomatique, conjuguée à une vision lucide, laisse entrevoir des contributions importantes à ce tournant décisif des relations bilatérales.


Un sermon lu par des yeux perdus : la Syrie libre à l’orée du Ramadan


Le sermon était prononcé par Ibrahim Şaşo, imam de la Mosquée des Omeyyades d’Alep, en visite à Damas. Il a perdu la vue lors des bombardements du régime Assad. Il a commencé en évoquant l’arrivée du Ramadan, soulignant le sens de l’épreuve traversée par la Syrie désormais libérée et rappelant que cette épreuve préparait le peuple à de plus grandes responsabilités.

Il a appelé à remercier Dieu pour cette délivrance, à se souvenir des martyrs qui ont payé le prix fort, à ne pas oublier les Syriens vivant encore dans les camps et sous les tentes, et à travailler davantage pour le développement du pays.

Après la prière, nous avons rejoint le salon d’apparat situé à gauche de l’entrée de la mosquée, où se trouvaient l’imam, les muezzins et des représentants de l’État syrien. Les muezzins, vêtus de leurs habits traditionnels, ont récité des chants religieux avec une maîtrise remarquable.
La question s’est posée, presque naturellement, de savoir si une lecture salafiste n’aurait pas pu considérer ces pratiques comme une innovation blâmable.
Dès les premiers jours, cette interrogation avait été soumise à la direction de
Ahmed al-Charaa
. Contre toute attente,
Al-Charaa et ses proches ont affirmé que ces traditions faisaient partie de l’héritage pluriséculaire de l’islam et qu’elles donnaient saveur et couleur à la pratique religieuse.
Elles ne seraient pas supprimées. Cela, sans renoncer pour autant à mettre davantage l’accent sur le Coran et la Sunna. Cette position, à elle seule, méritait d’être constatée sur place.

De l’instrumentalisation du régime à la renaissance de Damas


Je me suis alors souvenu de notre entretien avec Al-Charaa juste après la révolution.
Certains redoutaient qu’en raison de ses origines idéologiques, une vision sectaire de l’islam ne soit imposée à la société.
Je lui avais posé la question en évoquant ses propres discours inclusifs et modérés, ainsi que l’expression de
"l’islam de Damas".
Il avait répondu qu’il avait grandi dans les mosquées de Damas et reçu l’enseignement de certains de ses cheikhs. Il cherchait, disait-il, à atteindre une étape où justice et miséricorde se diffuseraient en Syrie. Le contexte social et historique influence inévitablement ceux qui y vivent. L’atmosphère damascène est, selon lui, pacifique, affectueuse et empreinte de sensibilité.
Le régime avait exploité cette douceur, négligé la ville, humilié sa dignité, l’avait transformée en vaste centre de production de Captagon et converti ses prisons en lieux de torture. Damas, affirmait-il, mérite le meilleur et doit redevenir un centre exemplaire de développement et de guidance.
Le fait que la ville abrite à la fois la tombe de
Ibn Taymiyya et celle de Ibn Arabi
souligne à lui seul la profondeur et la diversité de son héritage intellectuel.
Deux jours plus tôt, une conférence intitulée
"Unité du discours islamique"
, réunissant 1500 savants, s’est tenue à Damas sous l’égide du ministère des Waqfs, en présence d’Al-Charaa. Dans son discours d’ouverture, il a déclaré qu’il n’y avait plus le luxe de se perdre dans des controverses intellectuelles séculaires et qu’il fallait se concentrer sur les priorités. Il a rappelé que la mission de guider la société était partagée avec les prédicateurs, les écoles et les médias.
Ces paroles montrent une conscience claire des obstacles idéologiques qui ont entravé la politique islamique contemporaine et une volonté de les dépasser. Ce qui s’est produit à Karbala appartient à l’histoire ; les événements de l’époque omeyyade relèvent de leur contexte ;
les différends entre les compagnons du Prophète doivent rester dans leur cadre historique. Les transporter dans le présent pour alimenter le sectarisme n’a pas de sens.

Le ministre syrien des Waqfs, Muhammad Abu al-Khayr Shukri, a également annoncé l’élaboration de plans stratégiques visant à faire des mosquées des guides en matière de valeurs morales et de modération. Il a insisté sur l’adoption d’un discours inclusif et équilibré, rejetant la haine, la fitna (discorde interne au sein de la communauté musulmane) et le sectarisme.

La conscience politique qui émerge aujourd’hui de Damas ne se limite pas à éclairer la Syrie.
Même si elle ne revendique pas un tel rôle, elle offre une expérience nouvelle et inspirante pour l’ensemble du monde musulman.

À l’approche du mois béni de Ramadan, puisse cette promesse perdurer et porter des fruits. Que notre Ramadan soit riche en lecture du Coran, en dévotion et en actes d’adoration.

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