Le facteur Türkiye dans la quête de compétitivité de l’UE: que révèle la visite de Kos à Ankara ?

18:0317/02/2026, Salı
MAJ: 17/02/2026, Salı
Ömer Faruk Doğan

À une période où Washington et Bruxelles multiplient les restrictions afin de contenir la pression commerciale exercée par la Chine, la capacité d’Ankara à poursuivre ses propres priorités économiques sans entrer en confrontation avec ces trois acteurs retient particulièrement l’attention. Avec l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis pour un second mandat, la rivalité économique entre les deux grandes puissances que sont les États-Unis et l’Union européenne a atteint un niveau significatif.

À une période où Washington et Bruxelles multiplient les restrictions afin de contenir la pression commerciale exercée par la Chine, la capacité d’Ankara à poursuivre ses propres priorités économiques sans entrer en confrontation avec ces trois acteurs retient particulièrement l’attention.

Avec l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis pour un second mandat, la rivalité économique entre les deux grandes puissances que sont les États-Unis et l’Union européenne a atteint un niveau significatif. L’UE a initialement accueilli favorablement la volonté de Trump d’agir de concert face à la concurrence chinoise et a adopté des mesures parallèles en ce sens.

Toutefois, le coût du conflit russo-ukrainien pour l’UE, les charges supplémentaires qu’il a engendrées et, surtout, les restrictions liées aux sanctions prises à l’encontre de la Russie ont fortement mis à l’épreuve l’économie européenne, en particulier dans le secteur de l’énergie. La crise énergétique, à l’origine d’un ralentissement économique, a empêché l’UE d’atteindre le niveau de compétitivité qu’elle ambitionnait, que ce soit face aux États-Unis ou à la Chine

À la veille de la quatrième année du conflit russo-ukrainien, le fait que le programme de soutien au développement de 100 milliards d’euros, alloué l’an dernier par l’UE afin de relancer l’économie, n’ait pas pu être mis en œuvre au rythme souhaité en raison de débats internes sur ses modalités d’application, a constitué un frein à la compétitivité et à la croissance économique de l’UE.

De fait, les données économiques publiées par Eurostat au début du mois de février confirment l’existence de cette stagnation persistante.

Consciente de l’ensemble de ces évolutions, l’UE a tenu, le 12 février en Belgique, un sommet informel au niveau des chefs d’État afin de débattre des réformes économiques et d’adopter de nouvelles décisions.

Lors de ce sommet, les dirigeants ont évoqué la lenteur et les retards auxquels l’UE est confrontée tant dans ses mécanismes décisionnels que dans la mise en œuvre des politiques. Ils ont souligné que, malgré l’abondance des réglementations adoptées, leur traduction effective dans la pratique demeurait insuffisante, estimant que cette situation contribuait à l’érosion de la compétitivité de l’UE.

Que signifie la visite de Kos en Türkiye ?

À la veille de ce sommet, la commissaire européenne chargée de l’Élargissement, Marta Kos, a effectué une visite officielle à Ankara le 6 février. S’entretenant avec le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, elle a réaffirmé le statut de pays candidat de la Türkiye et a souligné tout particulièrement la valeur stratégique des relations Türkiye-UE dans la promotion de la stabilité régionale et de la résilience économique, dans un contexte géopolitique en rapide mutation.

Dans ce contexte marqué par un ralentissement de la compétitivité de l’UE face aux États-Unis et à la Chine, les deux parties ont salué les interactions réciproques engagées récemment dans leurs domaines d’intérêt commun ainsi que dans leurs relations bilatérales. Elles ont réitéré leur détermination mutuelle à traduire ces échanges en actions concrètes.

Lors de l’entretien, les parties ont souligné que les développements récents aux niveaux mondial et régional renforcent encore la portée stratégique des relations entre la Türkiye et l’UE. Le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a insisté sur la nécessité de surmonter les obstacles entravant les relations bilatérales et a appelé à la mise en place d’un cadre de coopération plus large, institutionnalisé et multidimensionnel.

Les deux parties ont souligné l’importance de renforcer la coopération dans des domaines d’intérêt commun tels que la sécurité et la connectivité, en insistant sur la portée stratégique des relations bilatérales à la lumière des évolutions régionales et mondiales en cours.

L’entretien a également mis en avant la nécessité d’une coordination plus étroite afin de structurer un agenda de connectivité régionale englobant l’énergie, les transports, la numérisation et le commerce, dans le but de contribuer à la stabilité, à la résilience et à une croissance durable en mer Noire, dans le Caucase du Sud et en Asie centrale.

Le fait que les deux parties aient souligné l’importance du rôle que la Türkiye peut assumer en tant qu’acteur géopolitique central dans la région revêt une valeur significative sur le plan mutuel.

La question de l’Union douanière entre la Türkiye et l’UE

Lors de l’entretien, l’importance de l’intégration économique entre la Türkiye et l’UE a également été réaffirmée. À la suite de l’insistance du ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, sur le caractère de plus en plus urgent de l’actualisation de l’Union douanière (UD), au regard de l’évolution des dynamiques du commerce mondial, de la multiplication des accords commerciaux bilatéraux et régionaux dans un contexte d’incertitudes géopolitiques et économiques accrues, des vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement ainsi que des transitions verte et numérique, les deux parties ont convenu de poursuivre leurs travaux en vue d’améliorer la mise en œuvre de l’Union douanière.

Dans ce cadre, il a été indiqué qu’un accord de principe et une compréhension mutuelle avaient été dégagés afin d’ouvrir la voie à la modernisation de l’Union douanière, dans l’objectif de renforcer la compétitivité des deux parties, d’assurer la sécurité économique, de soutenir l’accroissement réciproque de la résilience économique et de permettre aux relations bilatérales d’atteindre leur plein potentiel.

L’entretien a par ailleurs permis d’exprimer la satisfaction suscitée par la reprise des opérations de la Banque européenne d’investissement (BEI) en Türkiye, ainsi que l’intention de renforcer davantage la coopération avec la BEI afin de soutenir des projets innovants et durables en Türkiye et dans les régions voisines.

Les parties ont par ailleurs salué l’adoption de la décision de la Commission visant à faciliter la délivrance de visas à entrées multiples pour les citoyens turcs.

Faisant référence à la solidarité dont l’UE a fait preuve lors du séisme, le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a souligné sa proposition d’étendre la solidarité entre la Türkiye et l’UE à l’ensemble des domaines, dans l’intérêt de la sécurité, de la stabilité et de la prospérité du continent européen.

Les avantages économiques que la Türkiye peut offrir à l’Union européenne

Dans un contexte de contraction économique, une part significative des États membres de l’UE tend à privilégier ses priorités nationales. Les difficultés à dégager des consensus communs, ainsi que des procédures bureaucratiques qui éloignent les mesures adoptées d’une mise en œuvre effective, engendrent une stagnation manifeste dans la capacité de l’Union à rivaliser avec les États-Unis et la Chine.

Dans ce cadre, la visite de Marta Kos en Türkiye revêt une importance particulière, tant pour l’avenir des relations UE-Türkiye que pour une évaluation pertinente de la contribution que la Türkiye pourrait apporter au renforcement de la compétitivité européenne.

En effet, avant sa visite en Türkiye, Marta Kos a explicitement fait référence à cette situation en déclarant:
"La Türkiye sera un partenaire très important pour nous. Afin de nous préparer à la paix et à la stabilité en Europe, il est nécessaire d’établir un partenariat solide avec la Türkiye".

Cette déclaration peut être interprétée comme le signe de la confiance de l’Union dans la capacité de la Türkiye à apporter une contribution supplémentaire à la stabilité, à la sécurité et à la compétitivité européennes.

À l’inverse de la situation économique observée au sein de l’UE, le rythme de croissance en Türkiye, l’augmentation du commerce extérieur ainsi que l’évolution de l’économie à un niveau plus stable présentent les caractéristiques susceptibles d’ouvrir une nouvelle phase de renforcement des relations entre l’UE et la Türkiye.

Le fait que la Türkiye parvienne à maintenir ses relations économiques à la fois avec l’UE, les États-Unis et la Chine, sans les compromettre, retient particulièrement l’attention dans un contexte où Washington et Bruxelles s’orientent vers diverses restrictions afin de contenir la pression commerciale chinoise. Ankara réussit ainsi à poursuivre ses propres priorités économiques sans entrer en confrontation avec ces trois acteurs.

Cette politique d’équilibre est également perçue, du point de vue européen, comme une réussite significative et digne d’intérêt.

La posture résolue et efficace de la Türkiye dans la région

En effet, au-delà de la discipline et des performances remarquables démontrées par la Türkiye dans le cadre des exercices menés sous l’égide de l’OTAN dans le domaine de la défense, son rôle a été particulièrement déterminant dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne.

En coopération avec les Nations unies, Ankara a contribué à ouvrir la voie à l’acheminement de 45 millions de tonnes de céréales, avec l’accord des deux parties, et a ainsi largement empêché la mer Noire de se transformer en une scène de guerre.

Ces initiatives sont considérées comme l’illustration du fait que la Türkiye occupe une position sérieuse et efficace de médiateur et de facteur d’unité, non seulement sur le plan économique, mais également sur le plan politique.

La Türkiye s’emploie notamment, avec une grande détermination, à prévenir toute dérive vers un scénario de confrontation entre les États-Unis et l’Iran, consciente des risques majeurs d’instabilité qu’un tel conflit ferait peser sur la région.

La capacité de la Türkiye à exploiter, sur le plan économique, les opportunités offertes par sa position géostratégique place Ankara dans une position à la fois privilégiée et singulière pour favoriser l’établissement d’une coopération stable et d’un environnement concurrentiel sain.

L’accent mis par l’UE sur la nécessité d’élargir son réseau d’accords de libre-échange (ALE) afin d’assumer un rôle plus affirmé sur le plan commercial face à la Chine et aux États-Unis constitue un constat pertinent.

Toutefois, l’inclusion directe de la Türkiye dans les ALE conclus par l’UE apparaît comme une exigence naturelle et complémentaire de l’Union douanière (UD) appliquée sans interruption depuis 1996. Le ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a d’ailleurs insisté tout particulièrement sur ce point lors des entretiens, en soulignant l’importance de la mise à jour de l’Union douanière.

Dans cette perspective, il est clair qu’une nouvelle approche de l’Union douanière, visant à approfondir l’intégration économique, à prévenir d’éventuelles entraves à la libre circulation et à éviter les pertes fiscales, apporterait une contribution supplémentaire à la compétitivité de l’UE.

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