
Les divergences s’accentuent ces derniers temps entre la France et l’Allemagne, puissances motrices d'une Union européenne (UE) bâtie sur les leçons de la Seconde Guerre mondiale et citée en exemple pour sa réussite en matière d'intégration.
Si l'arrivée de l'administration Trump aux États-Unis et la persistance de la guerre russo-ukrainienne incitent les dirigeants des deux pays à revitaliser le lien franco-allemand, les désaccords éclatent au grand jour, allant des dossiers liés à l'Ukraine jusqu'à l'accord de libre-échange avec les pays d'Amérique du Sud.- Le dossier des avoirs russes gelés : point de rupture
Effritement stratégique
Face à la persistance du conflit russo-ukrainien et au retour de l'ère Trump aux États-Unis, la France a tenté de surmonter ses inquiétudes quant à la fiabilité de ses alliés en insufflant un nouveau dynamisme à ses relations avec l'Allemagne.
En août 2025, les deux dirigeants ont défini une feuille de route commune couvrant de nombreux domaines, de l'industrie à la souveraineté technologique, en passant par l'énergie et la défense, afin de revitaliser le couple franco-allemand et de placer cette proximité au cœur de l'UE.
Cependant, ce rapprochement de premier plan n’a pas su empêcher l'effritement stratégique en coulisses.
La France et l'Allemagne se sont opposées sur l'utilisation des avoirs russes gelés pour la reconstruction de l'Ukraine, un sujet qui a largement dominé l'agenda européen l'an dernier.
Alors que l'Allemagne manifestait une volonté d'utiliser ces actifs, quitte à frôler l'illégalité, la France, bien que silencieuse publiquement pendant un temps, a freiné le processus lors des négociations à huis clos.
"Trahison de Macron envers Merz"
Désaccord sur le dialogue avec Poutine
L'investiture de Donald Trump et l'intensification des contacts diplomatiques sur l'axe Kiev-Moscou-Washington pour mettre fin à la guerre russo-ukrainienne ont suscité une vive inquiétude chez les pays européens. Ceux-ci craignent d'être tenus à l'écart de la table des négociations, redoutant qu'un éventuel cadre de paix en Ukraine ne desserve leurs intérêts et n'affaiblisse les outils de dissuasion face à la Russie.
Cette approche a été accueillie favorablement par Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, affirmant que Vladimir Poutine était lui aussi disposé à dialoguer avec son homologue français.
L'Accord avec le MERCOSUR
Les dissensions apparues sur l'utilisation des avoirs russes se sont aggravées avec le dossier de l'accord de libre-échange entre l'UE et le Marché commun du Sud (MERCOSUR), en négociation depuis 25 ans.
L'Allemagne, faute d'avoir trouvé un terrain d'entente avec la France sur la ligne à tenir face à la Russie, a donné son feu vert à cet accord commercial auquel Paris s'opposait fermement.
Dans certains cercles diplomatiques, cette signature est interprétée comme une contre-offensive de l'Allemagne face à une France qui avait bloqué ses ambitions sur le dossier ukrainien.
Le fossé de la "Préférence Européenne"
Alors que les positions de la Première ministre italienne et du Chancelier allemand convergent au sein de l'Union, le duo semble adopter, contrairement à Macron, une politique industrielle plus prudente et moins protectionniste, soucieuse de ne pas effaroucher les investisseurs internationaux.
Visions antagonistes des relations transatlantiques
Outre les dossiers intra-européens, la fracture s'élargit sur la conception même du lien transatlantique.
Tandis que le chef de l'État français réitère ses appels à une défense européenne indépendante de l'OTAN, le Chancelier allemand, soucieux de la prospérité européenne et des liens profonds en matière de défense, privilégie une approche plus mesurée avec Washington.
Interrogé par Anadolu, Paul Maurice, Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) au sein de l'Institut français des relations internationales (Ifri), rappelle que l'énergie et la défense sont les deux écueils historiques des relations bilatérales.
Concernant l'Ukraine, le chercheur souligne que le positionnement de l'Allemagne est intrinsèquement lié au changement de leadership aux États-Unis :
Il note par ailleurs que Friedrich Merz, à l'instar d'Olaf Scholz, conserve une vision traditionnellement atlantiste, s'appuyant sur les États-Unis pour la défense et espérant que l'OTAN demeure le garant de la sécurité européenne.
S'agissant des dissensions sur l'accord commercial avec le MERCOSUR, l'expert de l'Ifri précise que l'opposition catégorique de la France s'explique par des enjeux de politique intérieure et la pression des agriculteurs, tandis que pour l'Allemagne, cet accord est perçu comme une opportunité vitale pour revitaliser son secteur automobile et contrer la concurrence chinoise.
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