
Sur les rivages albanais, dans un paysage lagunaire d'une beauté à couper le souffle, des milliers d'oiseaux d'eau s'ébrouent dans leur paradis bleu azur. Mais à quelques encablures de là, les pelleteuses creusent la terre sur le chantier d'un futur aéroport.
À l'unisson de la population locale, le gouvernent soutient que l'infrastructure est indispensable pour développer le tourisme et les emplois dans un pays dont les habitants fuient en masse la pauvreté et le chômage. Il assure que le chantier respecte toutes les règles environnementales et que les oiseaux ne seront pas dérangés.

Tranchées
Pour l'heure, seul le clapotis de l'eau et les pépiements des échasses blanches, chevaliers sylvains et autre avocettes élégantes troublent la quiétude des lieux. Ici on est dans l'estuaire du majestueux Vjosa, l'un des derniers fleuves sauvages d'Europe, classé à grand bruit parc national par les autorités.
Mais à cinq kilomètres plus au nord à vol d'oiseau, les engins de chantier creusent les tranchées du futur aéroport international de Vlora, la grande station balnéaire du coin.
Les travaux menés par le suisse Mabco Constructions ont débuté fin 2021. Selon Tirana, l'infrastructure à 104 millions d'euros ambitionne d'accueillir deux millions de passagers par an à partir de 2025.
Risques de collision
Le gouvernement dément que l'aéroport se situe dans l'aire protégée de Vjosa-Narta et assure que les meilleurs experts de l'environnement ont été consultés.
Ce sera une valeur ajoutée et en aucun cas une menace pour l'écosystème.
Les 1.500 habitants d'Akerni, localité extrêmement pauvre qui accueillera l'aéroport, attendent avec une impatience non dissimulée. Ils espèrent un nouveau souffle pour la région sous la forme d'un afflux de touristes.

Mais justement, les ONG redoutent le tourisme de masse qui a déjà défiguré une partie des côtes, hérissées de resorts et autres immeubles vue sur mer à Vlora ou à Durres, grande ville portuaire.
En 2022, ils avaient constaté une baisse de 25% sur un an du nombre des oiseaux d'eau dans les marais de Divjaka-Karavasta.
Pour Ornold Bazaj, propriétaire d'une agence focalisée sur l'écotourisme, l'aéroport va tuer la poule aux oeufs d'or dans un pays qui a accueilli l'an dernier 7,5 millions de touristes, et de conclure:
Il aura bien à court terme des effets bénéfiques, mais à long terme, on va détruire l'environnement et à son tour le tourisme.









