
Depuis des décennies, la Somalie est dépeinte comme un État failli, synonyme d’instabilité, de piraterie et de dépendance à l’aide humanitaire. Ce récit masque pourtant une réalité stratégique explosive: ses eaux offshore regorgent de réserves de pétrole et de gaz estimées à des dizaines de milliards de barils, l’un des sous-sols maritimes les plus prometteurs d’Afrique. Ces richesses ont attiré plus de convoitises que de partenariats équitables. Mais un virage s’amorce en 2026, avec la Turquie en tête de course pour exploiter ce potentiel énergétique en Somalie.
Ce n’est pas un coup opportuniste : il s’appuie sur une relation stratégique Turquie-Somalie forgée depuis plus d’une décennie.
Une Alliance Stratégique Turquie-Somalie: Au-Delà du Pétrole
Depuis 2011, Ankara a investi plus d’un milliard de dollars en aide humanitaire, formé près d’un tiers de l’armée somalienne via une base militaire, et géré des infrastructures vitales comme l’aéroport et le port de Mogadiscio.
Un accord de défense turco-somalien, valable dix ans, protège les eaux somaliennes contre les ingérences étrangères. Il a torpillé un projet d’accord EAU-Somalie en 2023. Ce partenariat inclut transferts de compétences, sécurisation maritime et partage des revenus énergétiques, pour une Somalie souveraine.
Les Rivaux: Émirats Arabes Unis et Israël en stratégie indirecte
Face à cette avancée, les Émirats arabes unis (EAU) et Israël sont accusés de mener une offensive indirecte. Ils soutiendraient des entités régionales comme le Somaliland et le Puntland, contournant l’État central somalien.
Les EAU auraient installé un radar israélien ELM-2084 à l’aéroport de Bosaso, officiellement anti-Houthis. Des talks visent une base israélienne au Somaliland, en échange de reconnaissance politique. Financement émirati de 440 millions de dollars pour le port de Berbera.
Une vision géopolitique: Fragmentation vs Souveraineté
Pour les analystes régionaux, cela s’inscrit dans une stratégie israélienne plus large : utiliser des relais comme les EAU pour remodeler l’équilibre en Corne de l’Afrique. L’objectif ? Maintenir des États faibles, contrôler les routes maritimes de la mer Rouge au golfe d’Aden, et bloquer toute souveraineté énergétique.
Le partenariat turco-somalien défie ce modèle. En pariant sur un État fort et un contrôle national des ressources, Ankara oppose souveraineté et développement à la fragmentation et l’ingérence.
Perspectives: Une nouvelle ère pour la Somalie
Cette confrontation dépasse le pétrole Somalie : elle oppose deux visions pour le Moyen-Orient et l’Afrique de l’Est. L’une mise sur la division et la dépendance ; l’autre, sur l’autonomie. Avec les forages de 2026, la Somalie pourrait émerger comme puissance énergétique, redessinant la carte régionale.











