UA - AES : vers une réconciliation stratégique au Sahel ?

Moussa Hissein Moussa
12:1126/02/2026, jeudi
Yeni Şafak

La rencontre entre Mamadou Tangara et le ministre burkinabè Karamoko Jean Marie Traoré marque un possible tournant dans les relations entre l’Union africaine et l’Alliance des États du Sahel. Après les suspensions consécutives aux coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, l’UA évoque une "réinitialisation" du dialogue. Le bloc sahélien exige toutefois une introspection et un traitement équitable. Ce rapprochement pourrait redéfinir les équilibres institutionnels au Sahel.

Depuis les coups d’État successifs au Mali en 2020 et 2021, au Burkina Faso en 2022 et au Niger en 2023, ces trois pays ont été suspendus des instances de l’Union africaine. Cette décision, conforme aux mécanismes normatifs de l’organisation en matière de changements anticonstitutionnels de gouvernement, avait acté une rupture politique majeure. Elle avait également renforcé la défiance entre les autorités sahéliennes et l’architecture institutionnelle continentale.


Dans ce contexte, la création de l’AES par Bamako, Ouagadougou et Niamey a constitué une réponse stratégique. Le bloc sahélien affirme une ligne souverainiste, axée sur la coopération sécuritaire, la redéfinition des partenariats extérieurs et la consolidation d’une alliance politique régionale alternative.


La récente initiative de l’UA semble indiquer un infléchissement diplomatique.


Un message de “réinitialisation” des relations


À Ouagadougou, Mamadou Tangara a porté un message clair : l’Union africaine souhaite
“réinitialiser”
ses relations avec les trois capitales sahéliennes.

Selon l’émissaire, il s’agit de rompre avec les méthodes du passé et d’adopter une approche plus inclusive, permettant aux pays de l’AES de participer directement aux processus de dialogue.


Cette déclaration intervient dans un contexte où l’UA cherche à préserver son rôle central dans la gestion des crises africaines.


Le Sahel demeure une zone stratégique pour la stabilité du continent, confrontée à des défis multiples : insécurité persistante, transitions politiques militaires, pressions économiques et reconfigurations géopolitiques.


Pour l’organisation panafricaine, maintenir une relation institutionnelle avec l’AES est devenu un impératif pragmatique. Une marginalisation durable de ces États risquerait d’affaiblir davantage l’autorité normative de l’UA et de fragmenter les mécanismes de coopération régionale.


La notion de “réinitialisation” suggère ainsi une volonté d’ouverture, voire d’ajustement doctrinal. Elle traduit la reconnaissance implicite que la gestion purement punitive des transitions sahéliennes n’a pas permis de restaurer rapidement un ordre constitutionnel conforme aux standards de l’UA.


Une réponse sahélienne ferme et conditionnelle


Du côté burkinabè, le ton demeure mesuré mais ferme. Le ministre Karamoko Jean Marie Traoré a dénoncé les stéréotypes et les sanctions imposées aux pays de l’AES. Pour lui, toute normalisation durable passe par une introspection de l’Union africaine et par l’adoption d’un discours sincère, libéré des pressions extérieures.


Cette référence aux pressions extérieures reflète une critique récurrente dans le discours sahélien : l’idée que certaines décisions continentales seraient influencées par des partenaires non africains.


Les autorités de l’AES mettent en avant la souveraineté politique et la nécessité d’un traitement équitable des transitions en cours.


La dynamique actuelle peut-elle déboucher sur une véritable réconciliation stratégique ? Plusieurs paramètres demeurent déterminants.


D’une part, la question des calendriers de transition vers un retour à l’ordre constitutionnel reste sensible. D’autre part, la redéfinition des partenariats sécuritaires et militaires par les États sahéliens modifie les équilibres traditionnels de coopération régionale.


Le Sahel, un espace stratégique


Le Sahel occupe une position centrale dans les équilibres africains. Zone de jonction entre l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique du Nord et l’Afrique centrale, il constitue un espace stratégique où s’entrecroisent enjeux sécuritaires, énergétiques et migratoires. Toute recomposition institutionnelle ou diplomatique dans cette région a des répercussions continentales.


La rencontre de Ouagadougou pourrait donc marquer une étape importante dans la reconfiguration des relations entre l’UA et l’AES. Elle ne signifie pas nécessairement un alignement immédiat des positions, mais elle ouvre un espace de dialogue à un moment où la fragmentation institutionnelle comporte des risques élevés.


L’Union africaine se trouve confrontée à un dilemme : maintenir une posture normative stricte ou adapter son approche pour préserver l’unité politique du continent. De leur côté, les pays de l’AES cherchent à consolider leur légitimité interne et régionale tout en obtenant une reconnaissance institutionnelle.


La question centrale demeure ouverte : assistons-nous à un simple ajustement tactique ou à un véritable tournant diplomatique au Sahel ? Les prochaines initiatives, notamment en matière de coopération sécuritaire et de calendrier politique, permettront de mesurer la profondeur de ce rapprochement.


Dans un environnement géopolitique en mutation rapide, le dialogue engagé à Ouagadougou constitue un signal à observer attentivement.


Le Sahel reste au cœur des équilibres africains, et l’évolution des relations entre l’Union africaine et l’Alliance des États du Sahel pourrait redéfinir durablement les rapports de force institutionnels sur le continent.


Mots-clés optimisés : suspension Mali Union africaine 2020, suspension Burkina Faso UA 2022, suspension Niger UA 2023, Alliance des États du Sahel création, mission Mamadou Tangara Sahel, rencontre Ouagadougou UA AES, sanctions UA Mali Burkina Niger, transitions militaires Sahel, diplomatie Union africaine Sahel


A lire également:




#alliance des états du sahel
#union africaine
#aes
#ua
#sahel
#mamadou tangara
#karamoko jean marie traoré
#mali
#burkina faso
#niger
#ouagadougou
#bamako
#niamey
#coups détat
#transitions militaires
#réconciliation stratégique
#suspensions ua
#souveraineté politique
#diplomatie africaine
#coopération sécuritaire
#relations ua-aes